« Pas touche au 1er Mai » : près de 7000 personnes dans les rues à Grenoble

Par Manuel Pavard

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Banderole de tête de l'intersyndicale Isère (CGT, FSU, Solidaires, CFDT, FO, UNSA, CNT) : "Pour la paix et la justice sociale".
Près de 7000 personnes ont défilé ce jeudi 1er mai à Grenoble, entre l'avenue Alsace-Lorraine et l'anneau de vitesse, à l'occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et des travailleurs. Une manifestation qui revêtait un sens particulier cette année alors que le gouvernement et le patronat, soutenus par la droite et l'extrême droite, tentent de remettre en question le droit du travail sur le 1er Mai, en attaquant les conquis sociaux des salariés.

Juché sur la scène dres­sée à l’an­neau de vitesse, Nico­las Benoit harangue les mani­fes­tants en ren­dant un hom­mage appuyé à Daniel Mayer et Ambroise Croi­zat. C’est en effet sur une pro­po­si­tion du pre­mier, dépu­té socia­liste, et avec le sou­tien du ministre com­mu­niste du Tra­vail que le 1er Mai est deve­nu un jour chô­mé et payé, en 1947 — puis férié, à par­tir de 1948. « Le 1er Mai, c’est leur héri­tage, c’est le nôtre, et nous ne le ren­drons jamais », assène le secré­taire géné­ral de l’u­nion dépar­te­men­tale CGT Isère.

Les occu­pants du siège de la Métro tou­jours mobi­li­sés pour leur relo­ge­ment, après qua­si­ment six mois d’oc­cu­pa­tion.

Une pro­messe en forme de défi à l’in­ten­tion du « camp d’en face ». Autre­ment dit le secré­taire géné­ral de Renais­sance Gabriel Attal, le Pre­mier ministre Sébas­tien Lecor­nu, le Medef et plus glo­ba­le­ment, l’en­semble de la droite et de l’ex­trême droite. Asso­ciées dans leur offen­sive contre les droits des tra­vailleurs, ces forces réac­tion­naires ont « ten­té l’im­pos­sible, nous pri­ver du 1er Mai », accuse Nico­las Benoit. « Mais nous leur avons tenu tête ! »

Le syn­di­cat CGT des gar­diens de trou­peaux réunis­sant ber­gers, vachers, che­vriers.

Mal­gré ce réel suc­cès, l’in­ter­syn­di­cale isé­roise (CGT, FSU, Soli­daires, CFDT, FO, UNSA, CNT) ne crie pas vic­toire. Car si le gou­ver­ne­ment a recu­lé une pre­mière fois, c’est pour mieux reprendre son offen­sive anti­so­ciale. Et la droite macro­niste ne recule devant rien, pas même l’illé­ga­li­té, pour détri­co­ter le code du tra­vail en essayant d’ins­tau­rer des excep­tions, chez les fleu­ristes et bou­lan­gers.

« Un marqueur fort pour notre camp social »

Mais pour les syn­di­cats comme pour la gauche, le 1er Mai est à la fois un sym­bole et un totem dont la remise en cause ne peut que sus­ci­ter l’hos­ti­li­té. Par­mi les quelque 7000 per­sonnes ayant défi­lé ce jeu­di 1er mai dans les rues de Gre­noble, entre l’a­ve­nue Alsace-Lor­raine et l’an­neau de vitesse du parc Paul-Mis­tral, beau­coup témoi­gnaient ain­si de leur atta­che­ment à cette jour­née si par­ti­cu­lière.

Les jeunes com­mu­nistes contre l’en­vo­lée des frais pour les étu­diants.

« Le 1er Mai, c’est un mar­queur fort pour notre camp social. Ça fait par­tie de notre mytho­lo­gie, un peu comme la Com­mune, le Front popu­laire, la guerre d’Es­pagne, mai 68 », égrène Momo, tech­ni­cien spé­cia­li­sé syn­di­qué à la CGT. « Pour moi, c’est un peu notre fête à nous, le peuple de gauche », estime Méla­nie, ensei­gnante. « Je ne sais pas si le terme a encore un sens mais dans une socié­té qui se droi­tise de plus en plus, c’est impor­tant d’a­voir encore ce genre de moment. Des gens sont morts pour ça », sou­ligne-t-elle, en réfé­rence au sang ver­sé à Chi­ca­go ou à Four­mies.

Les « métal­los » de la CGT.

Son com­pa­gnon, Tim, inter­mit­tent du spec­tacle, désigne le cor­tège gre­no­blois : « Regar­dez autour de vous. Il y a des gens qui mani­festent pour la jus­tice sociale, contre les licen­cie­ments, pour la Pales­tine, contre l’im­pé­ria­lisme, contre les hausses de frais d’ins­crip­tion à la fac, pour le droit au loge­ment, les condi­tions de tra­vail des ouvriers agri­coles… Qu’on soit sala­rié, chô­meur, étu­diant, retrai­té, c’est vrai­ment le jour où on peut tous se mobi­li­ser côte à côte. »

La Pales­tine, thème tou­jours mobi­li­sa­teur au regard de l’ac­tua­li­té.

Méla­nie convoque alors ses sou­ve­nirs fami­liaux : « Les pre­mières manifs du 1er Mai que j’ai faites, j’é­tais gamine, sur les épaules de mon père qui était syn­di­ca­liste dans sa boîte. Depuis, je la loupe qua­si­ment jamais et j’es­père trans­mettre ça à mon fils », glisse-t-elle en regar­dant le gar­çon de huit ans à ses côtés. Momo, lui, se pro­jette sur l’an­née pro­chaine. « Le 1er mai 2027, les fas­cistes seront peut-être au pou­voir en France, s’in­quiète-t-il. Si ça arrive, le 1er Mai sera en grand dan­ger mais aus­si plus que jamais vital ! »

De nom­breux jeunes pré­sents dans le cor­tège.
Le vil­lage des stands, sur l’an­neau de vitesse, à l’ar­ri­vée de la mani­fes­ta­tion.

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