Métropole. La gauche fait élire Guillaume Lissy à la présidence
Par Travailleur Alpin
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« La séance est ajournée, rendez-vous la semaine prochaine. » Après deux tours où le maire socialiste de Seysinet-Pariset était arrivé derrière le candidat soutenu par la droite et le centre, de nombreuses suspensions de séances où les tentatives de trouver un accord avec le groupe des « petites communes » s’étaient révélés infructueuses, puis un accord technique de désistement obtenue auprès de la France Insoumise, la fatigue a eu raison de Guillaume Lissy, victime d’un malaise avant le vote du troisième tour. La maire d’Herbeys, doyenne du conseil et présidente de séance, lève le conseil et le reporte au jeudi 30 avril, donnant de facto une semaine supplémentaire aux élus de tous bord pour continuer de mener des tractations.
Une majorité sur le fil pour la présidence… mais pas pour gouverner
Si la gauche était assurée de l’emporter sur le vote de la présidence dans la nuit du 23, elle n’aurait alors rassemblé que 55 voix sur les 110 de l’hémicycle. Et si les élus du RN et ceux proches de l’ancien président et maire de Pont-de-Claix, Christophe Ferrari, s’étaient portés sur son concurrent – au nom d’un pseudo « front anti-LFI » –, Guillaume Lissy n’aurait été élu que grâce à son âge, le socialiste ayant pile un mois de plus que son concurrent…
Dans la foulée, l’élection des vice-présidents aurait vu le même match se rejouer, avec des paramètres différents. Sans parler du vote du budget, qui n’aurait pu aboutir sur autre chose qu’un blocage institutionnel, le soutien de la France insoumise sur la présidence prenant la forme d’un accord « technique » et non d’un accord de gouvernance.
Une photographie du réel qui a poussé Guillaume Lissy – remis sur pied dès le vendredi à la première heure – et ses soutiens à rouvrir les négociations avec Raphaël Gerrero et son « bloc ».
Des négociations pour trouver une majorité
En position de force, le maire de Seysinet-Pariset s’exprime dans les colonnes du Dauphiné libéré, et convoque une conférence des maires le lundi midi. Là, l’issue semble de nouveau bloquée, les élus de droite se montrant particulièrement offensifs après la démonstration organisée devant la mairie de Fontaine le samedi. La fusion-absorption d’une partie non négligeable des petites communes par la droite sera l’un des enseignements de cette séquence, fruit d’un mandat 2020–2026 où le président Christophe Ferrari aura usé et abusé de l’opposition entre petites communes et gauche écologiste grenobloise… pour finalement se faire dépasser par ceux qu’il a contribué à mettre en selle. Une dérive qui n’est pas sans rappeler un épisode marquant de la vie politique nationale, un élu socialiste osant la comparaison : « Sylvain Laval – qui est le vrai stratège derrière la candidature de Raphaël [Gerrero] – a fait à Christophe ce qu’Emmanuel Macron a fait à François Hollande… à trop vouloir jouer sur les ambiguïtés, on s’y brûle les doigts ! »… Les deux camps, la gauche et les « petites communes – conviennent toutefois de se revoir dans un format plus restreint, six de chaque côté, le mardi et le mercredi.

La gauche se réunit en visio le lundi soir pour faire le point, et si l’hypothèse d’une troisième candidature d’un maire « de gauche issu des petites communes » est évoquée, elle est rapidement écartée. En effet, cette carte était poussée par Christophe Ferrari et ses derniers soutiens, et même si d’autres candidatures ont pu être évoquées (comme celle du maire de Venon, Marc Oddon), le discrédit du président sortant auprès des petites communes comme des écologistes rend cette issue morte-née… Là, l’ancien maire de Meylan Philippe Cardin propose de mettre sur la table une proposition équilibrée : Guillaume Lissy à la présidence, et un exécutif partagé à égalité entre le bloc de gauche et l’alliance des petites communes, assortie d’un engagement clair sur le cap politique de l’institution.
La révélation de la séquence : Jérôme Rubes, un négociateur hors-pair
C’est sur ce mandat que la délégation de gauche ferraillera pendant plus d’une quinzaine d’heures de négociations entre mardi et mercredi. Dans cette séquence, un élu distinguera par son talent de négociateur hors-pair : le communiste Jérôme Rubes, artisan aux côtés de Laurence Ruffin de l’accord technique avec la France insoumise – rappelons que Saint-Martin‑d’Hères est la seule commune de la métropole où LFI est « officiellement » dans la majorité municipale. Il conduira les discussions avec ténacité et fermeté, obtenant d’importantes concessions politiques pour faire pencher les équilibres. Et pour cause : pour celui qui s’est donné corps et âme depuis des mois sur le dossier des occupants du siège de la métropole en tant que vice-président à l’Habitat, pas question de laisser une chance à la droite de faire main basse sur l’institution.
Avec les élus échirollois Pierre Labriet et d’Aurélien Farge, ils imposent la « jeune garde » communiste comme actrice centrale, faisant dire à un dirigeant fédéral du PCF que l’« on a là un exemple de l’intérêt de la formation marxiste : analyse concrète de la situation concrète, fermeté sur les principes et souplesse sur les chemins tactiques. On peut être fiers d’avoir de jeunes élus de cette trempe, parce qu’il aurait été facile d’adopter une posture de puristes servant au bout du compte l’adversaire de classe, ou au contraire de céder sur l’essentiel sous la pression ! »
La France insoumise, cible d’anathèmes infondés
Seule ombre au tableau : l’accord trouvé laisse sur le bord la France insoumise, qui avait contre toute attente accepté un positionnement constructif à gauche. La semaine aura vu un déchainement de violence à leur égard de la part des élus de droite, à la fois au sein de la métropole et depuis les territoires alentours. Dans un commentaire Facebook, le secrétaire départemental du PCF Jérémie Giono rappelle pourtant que « c’est quand même rigolo : tout le monde semble oublier que durant le précédent mandat, plusieurs vice-présidents LFI siégeaient dans l’exécutif métropolitain, sans que ça ne dérange les vice-présidents sortants […] ; à un moment donné, la diabolisation qu’ils subissent est juste malhonnête et toxique ».
Si l’accord technique du jeudi 23 avril, qui ne permettait malheureusement pas de l’emporter autrement que par une victoire à la Pyrrhus, est désormais caduc, la gauche devra être au rendez-vous pour garantir que les élus LFI soient traités équitablement au regard de leur poids dans l’hémicycle, et, des échos que nous avons, les communistes resteront ceux qui construisent des ponts pour mener les combats futurs en faveur des solidarités et de l’égalité.
« On a pas le droit de vous parler » : 2026, fruit pourri de 2020
Si une leçon est à tirer de cette séquence, c’est le glissement à droite de nombre d’élus de petites communes, prises dans des liens d’assujettissements nouées en 2020. Comment des figures centristes auront-elles pu prendre aussi facilement la main pour tenter un coup de force bras dessus bras dessous avec les partisans d’Alain Carignon ?
Jusqu’au 23 avril, la sensibilité de gauche au sein des petites communes sera apparue comme particulièrement cadenassée, un élu avouant même que les meneurs du groupe NMC avaient interdit à leurs membres d’avoir des échanges avec la gauche, interdiction assortie de menaces à peine voilées pour garantir une discipline de vote rigide. Cette sensibilité s’est toutefois réaffirmée pour « emporter le morceau » sur un accord de retrait de la candidature de Raphaël Gerrero, et il se murmure qu’un groupe des « petites communes de gauche » pourrait voir le jour durant le mandat, ce qui contribuerait grandement à rééquilibrer le paysage.
Si la gauche demeure gagnante de la séquence, en trouvant le chemin d’une gouvernance qui respecte le suffrage universel et écarte les éléments les plus droitiers – à l’image des carignonistes, qui perdent leur capacité à être charnières des grands équilibres –, une chose est sûre : le mandat qui s’ouvre devra être un mandat de travail et de combats.
Robert W. Wellnes


