Métropole. La gauche fait élire Guillaume Lissy à la présidence

Par Travailleur Alpin

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Guillaume Lissy lors de la réunion du 23 avril du conseil métropolitain de Grenoble Alpes métropole.
Alors que le conseil du jeudi 23 avril s’était révélé chaotique, et que l’issue était incertaine, une semaine d’intenses négociations aura permis à la gauche d’imposer son candidat à la présidence, assortie d’un accord de gouvernance qui préserve un cap progressiste tout en intégrant l’ensemble des sensibilités du conseil. Retour sur une semaine où l’avenir du territoire s’est joué.

« La séance est ajour­née, ren­dez-vous la semaine pro­chaine. » Après deux tours où le maire socia­liste de Sey­si­net-Pari­set était arri­vé der­rière le can­di­dat sou­te­nu par la droite et le centre, de nom­breuses sus­pen­sions de séances où les ten­ta­tives de trou­ver un accord avec le groupe des « petites com­munes » s’étaient révé­lés infruc­tueuses, puis un accord tech­nique de désis­te­ment obte­nue auprès de la France Insou­mise, la fatigue a eu rai­son de Guillaume Lis­sy, vic­time d’un malaise avant le vote du troi­sième tour. La maire d’Herbeys, doyenne du conseil et pré­si­dente de séance, lève le conseil et le reporte au jeu­di 30 avril, don­nant de fac­to une semaine sup­plé­men­taire aux élus de tous bord pour conti­nuer de mener des trac­ta­tions.

Une majorité sur le fil pour la présidence… mais pas pour gouverner

Si la gauche était assu­rée de l’emporter sur le vote de la pré­si­dence dans la nuit du 23, elle n’aurait alors ras­sem­blé que 55 voix sur les 110 de l’hémicycle. Et si les élus du RN et ceux proches de l’ancien pré­sident et maire de Pont-de-Claix, Chris­tophe Fer­ra­ri, s’étaient por­tés sur son concur­rent – au nom d’un pseu­do « front anti-LFI » –, Guillaume Lis­sy n’aurait été élu que grâce à son âge, le socia­liste ayant pile un mois de plus que son concur­rent…

Dans la fou­lée, l’élection des vice-pré­si­dents aurait vu le même match se rejouer, avec des para­mètres dif­fé­rents. Sans par­ler du vote du bud­get, qui n’aurait pu abou­tir sur autre chose qu’un blo­cage ins­ti­tu­tion­nel, le sou­tien de la France insou­mise sur la pré­si­dence pre­nant la forme d’un accord « tech­nique » et non d’un accord de gou­ver­nance.

Une pho­to­gra­phie du réel qui a pous­sé Guillaume Lis­sy – remis sur pied dès le ven­dre­di à la pre­mière heure – et ses sou­tiens à rou­vrir les négo­cia­tions avec Raphaël Ger­re­ro et son « bloc ».

Des négociations pour trouver une majorité

En posi­tion de force, le maire de Sey­si­net-Pari­set s’exprime dans les colonnes du Dau­phi­né libé­ré, et convoque une confé­rence des maires le lun­di midi. Là, l’issue semble de nou­veau blo­quée, les élus de droite se mon­trant par­ti­cu­liè­re­ment offen­sifs après la démons­tra­tion orga­ni­sée devant la mai­rie de Fon­taine le same­di. La fusion-absorp­tion d’une par­tie non négli­geable des petites com­munes par la droite sera l’un des ensei­gne­ments de cette séquence, fruit d’un man­dat 2020–2026 où le pré­sident Chris­tophe Fer­ra­ri aura usé et abu­sé de l’opposition entre petites com­munes et gauche éco­lo­giste gre­no­bloise… pour fina­le­ment se faire dépas­ser par ceux qu’il a contri­bué à mettre en selle. Une dérive qui n’est pas sans rap­pe­ler un épi­sode mar­quant de la vie poli­tique natio­nale, un élu socia­liste osant la com­pa­rai­son : « Syl­vain Laval – qui est le vrai stra­tège der­rière la can­di­da­ture de Raphaël [Ger­re­ro] – a fait à Chris­tophe ce qu’Emmanuel Macron a fait à Fran­çois Hol­lande… à trop vou­loir jouer sur les ambi­guï­tés, on s’y brûle les doigts ! »… Les deux camps, la gauche et les « petites com­munes – conviennent tou­te­fois de se revoir dans un for­mat plus res­treint, six de chaque côté, le mar­di et le mer­cre­di.

La réunion du conseil métro­po­li­tain du 23 avril avait été ajour­née peu après deux heures du matin à la suite d’un malaise de Guillaume Lis­sy.

La gauche se réunit en visio le lun­di soir pour faire le point, et si l’hypothèse d’une troi­sième can­di­da­ture d’un maire « de gauche issu des petites com­munes » est évo­quée, elle est rapi­de­ment écar­tée. En effet, cette carte était pous­sée par Chris­tophe Fer­ra­ri et ses der­niers sou­tiens, et même si d’autres can­di­da­tures ont pu être évo­quées (comme celle du maire de Venon, Marc Oddon), le dis­cré­dit du pré­sident sor­tant auprès des petites com­munes comme des éco­lo­gistes rend cette issue morte-née… Là, l’ancien maire de Mey­lan Phi­lippe Car­din pro­pose de mettre sur la table une pro­po­si­tion équi­li­brée : Guillaume Lis­sy à la pré­si­dence, et un exé­cu­tif par­ta­gé à éga­li­té entre le bloc de gauche et l’alliance des petites com­munes, assor­tie d’un enga­ge­ment clair sur le cap poli­tique de l’institution.

La révélation de la séquence : Jérôme Rubes, un négociateur hors-pair

C’est sur ce man­dat que la délé­ga­tion de gauche fer­raille­ra pen­dant plus d’une quin­zaine d’heures de négo­cia­tions entre mar­di et mer­cre­di. Dans cette séquence, un élu dis­tin­gue­ra par son talent de négo­cia­teur hors-pair : le com­mu­niste Jérôme Rubes, arti­san aux côtés de Lau­rence Ruf­fin de l’accord tech­nique avec la France insou­mise – rap­pe­lons que Saint-Martin‑d’Hères est la seule com­mune de la métro­pole où LFI est « offi­ciel­le­ment » dans la majo­ri­té muni­ci­pale. Il condui­ra les dis­cus­sions avec téna­ci­té et fer­me­té, obte­nant d’importantes conces­sions poli­tiques pour faire pen­cher les équi­libres. Et pour cause : pour celui qui s’est don­né corps et âme depuis des mois sur le dos­sier des occu­pants du siège de la métro­pole en tant que vice-pré­sident à l’Habitat, pas ques­tion de lais­ser une chance à la droite de faire main basse sur l’institution.

Avec les élus échi­rol­lois Pierre Labriet et d’Aurélien Farge, ils imposent la « jeune garde » com­mu­niste comme actrice cen­trale, fai­sant dire à un diri­geant fédé­ral du PCF que l’« on a là un exemple de l’intérêt de la for­ma­tion mar­xiste : ana­lyse concrète de la situa­tion concrète, fer­me­té sur les prin­cipes et sou­plesse sur les che­mins tac­tiques. On peut être fiers d’avoir de jeunes élus de cette trempe, parce qu’il aurait été facile d’adopter une pos­ture de puristes ser­vant au bout du compte l’adversaire de classe, ou au contraire de céder sur l’essentiel sous la pres­sion ! »

La France insoumise, cible d’anathèmes infondés

Seule ombre au tableau : l’accord trou­vé laisse sur le bord la France insou­mise, qui avait contre toute attente accep­té un posi­tion­ne­ment construc­tif à gauche. La semaine aura vu un déchai­ne­ment de vio­lence à leur égard de la part des élus de droite, à la fois au sein de la métro­pole et depuis les ter­ri­toires alen­tours. Dans un com­men­taire Face­book, le secré­taire dépar­te­men­tal du PCF Jéré­mie Gio­no rap­pelle pour­tant que « c’est quand même rigo­lo : tout le monde semble oublier que durant le pré­cé­dent man­dat, plu­sieurs vice-pré­si­dents LFI sié­geaient dans l’exé­cu­tif métro­po­li­tain, sans que ça ne dérange les vice-pré­si­dents sor­tants […] ; à un moment don­né, la dia­bo­li­sa­tion qu’ils subissent est juste mal­hon­nête et toxique ».

Si l’accord tech­nique du jeu­di 23 avril, qui ne per­met­tait mal­heu­reu­se­ment pas de l’emporter autre­ment que par une vic­toire à la Pyr­rhus, est désor­mais caduc, la gauche devra être au ren­dez-vous pour garan­tir que les élus LFI soient trai­tés équi­ta­ble­ment au regard de leur poids dans l’hémicycle, et, des échos que nous avons, les com­mu­nistes res­te­ront ceux qui construisent des ponts pour mener les com­bats futurs en faveur des soli­da­ri­tés et de l’égalité.

« On a pas le droit de vous parler » : 2026, fruit pourri de 2020

Si une leçon est à tirer de cette séquence, c’est le glis­se­ment à droite de nombre d’élus de petites com­munes, prises dans des liens d’assujettissements nouées en 2020. Com­ment des figures cen­tristes auront-elles pu prendre aus­si faci­le­ment la main pour ten­ter un coup de force bras des­sus bras des­sous avec les par­ti­sans d’Alain Cari­gnon ?

Jusqu’au 23 avril, la sen­si­bi­li­té de gauche au sein des petites com­munes sera appa­rue comme par­ti­cu­liè­re­ment cade­nas­sée, un élu avouant même que les meneurs du groupe NMC avaient inter­dit à leurs membres d’avoir des échanges avec la gauche, inter­dic­tion assor­tie de menaces à peine voi­lées pour garan­tir une dis­ci­pline de vote rigide. Cette sen­si­bi­li­té s’est tou­te­fois réaf­fir­mée pour « empor­ter le mor­ceau » sur un accord de retrait de la can­di­da­ture de Raphaël Ger­re­ro, et il se mur­mure qu’un groupe des « petites com­munes de gauche » pour­rait voir le jour durant le man­dat, ce qui contri­bue­rait gran­de­ment à rééqui­li­brer le pay­sage.

Si la gauche demeure gagnante de la séquence, en trou­vant le che­min d’une gou­ver­nance qui res­pecte le suf­frage uni­ver­sel et écarte les élé­ments les plus droi­tiers – à l’image des cari­gno­nistes, qui perdent leur capa­ci­té à être char­nières des grands équi­libres –, une chose est sûre : le man­dat qui s’ouvre devra être un man­dat de tra­vail et de com­bats.

Robert W. Wellnes

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