Comment l’intelligence artificielle transforme nos métiers ?

Par Edouard Schoene

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Dans le monde du spectacle, l'intelligence artificielle pose des questions existentielles.
Le syndicat CGT spectacle self 38 invitait au débat mardi 21 avril, à la « salle noire » (Grenoble) pour une rencontre débat sur les conséquences actuelles et prévisibles de l’intelligence artificielle sur les métiers de la culture, notamment.

Le tract d’invitation plan­tait le décor : «  le numé­rique a enva­hi nos vies. À sa suite, on nous dit que la défer­lante de l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle, déjà enga­gée, est iné­luc­table. Nous l’u­ti­li­sons quel­que­fois sans même le savoir. Pour elle, les États dépensent des mil­liards, des centres de don­nées gigan­tesques — comme celui d’Ey­bens — sortent de terre sans aucune concer­ta­tion des citoyen-ne s. For­mi­dable outil, elle nous per­met d’al­ler plus vite, plus loin, mais au ser­vice de quelle idéo­lo­gie et à quel prix social, éco­lo­gique, démo­cra­tique ? Dans le sec­teur de la culture, du spec­tacle et de l’in­for­ma­tion, rares sont les métiers qui y échappent. Comme dans un film de science- fic­tion, la machine tend à rem­pla­cer l’hu­main… pour le meilleur ou le pire ? »

Avec Yumi Fuji­mo­ri, comé­dienne, qui inter­vient notam­ment dans le dou­blage des films, membre du groupe de tra­vail dou­blage du SFA-CGT, le public a décou­vert l’avancée de l’usage de l’intelligence arti­fi­cielle pour ten­ter de rem­pla­cer les comé­diens par des voix arti­fi­cielles et les actions syn­di­cales pour négo­cier les cadres conven­tion­nels pour défendre la pro­fes­sion et la qua­li­té du tra­vail.

Clé­ment Pou­ré, jour­na­liste (notam­ment à Media­part), auteur du livre Les Nou­veaux contre­maîtres a trai­té, avec des détails pas­sion­nants, des ques­tions démo­cra­tiques liées à l’arrivée de l’intelligence arti­fi­cielle.

Claire Boine, pro­fes­seure en droit des tech­no­lo­gies et gou­ver­nance de l’intelligence arti­fi­cielle à l’institut uni­ver­si­taire euro­péen (Flo­rence) a déve­lop­pé une série de points de vue, d’exemples concrets sur la place du droit, en par­ti­cu­lier en Europe, les mobi­li­sa­tions des sala­riés pour défendre leurs métiers, le droit d’auteur en par­ti­cu­lier. Cette juriste a sou­li­gné l’offensive libé­rale mons­trueuse des entre­prises et pou­voirs poli­tiques des États-Unis contre les pro­tec­tions qui se mettent en place au niveau euro­péen.

Dans un débat riche elle a défen­du contre l’avis contra­dic­toire de plu­sieurs inter­ve­nants, l’existence de centre de don­nées construits sur le sol fran­çais pour la défense de la sou­ve­rai­ne­té natio­nale.

A l’appui de son argu­men­taire elle a détaillé les sanc­tions impo­sées par le pou­voir des États-Unis à des juges de la CPI en leur inter­di­sant l’entrée aux États-Unis et tout accès aux tech­no­lo­gies des États-Unis. Consé­quences : ces juges n’ont plus de carte de cré­dit, plus d’accès aux banques et ser­veurs inter­nets…

Un vaste consen­sus s’est déga­gé pour nier à l’intelligence arti­fi­cielle la notion d’intelligence en la limi­tant à des algo­rithmes per­met­tant de réa­li­ser des taches dans des domaines essen­tiels de non contri­bu­tion humaine ; l’IA exclut ain­si le rem­pla­ce­ment des métiers manuels, des métiers où l’homme et la femme demeurent indis­pen­sables. Un exemple a été cité de perte de com­pé­tences de chi­rur­giens qui s’en remettent trop aux inter­pré­ta­tions par l’IA de l’imagerie médi­cale.

Tous les inter­ve­nants (tri­bune et salle) ont sou­li­gné la néces­si­té que le public le plus vaste com­prenne ce qu’est l’intelligence arti­fi­cielle, la pra­tique avec esprit cri­tique et inter­vienne col­lec­ti­ve­ment, en par­ti­cu­lier sur le plan syn­di­cal, pour la défense et l’extension des droits de sala­riés.

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