Comment l’intelligence artificielle transforme nos métiers ?
Par Edouard Schoene
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Le tract d’invitation plantait le décor : « le numérique a envahi nos vies. À sa suite, on nous dit que la déferlante de l’intelligence artificielle, déjà engagée, est inéluctable. Nous l’utilisons quelquefois sans même le savoir. Pour elle, les États dépensent des milliards, des centres de données gigantesques — comme celui d’Eybens — sortent de terre sans aucune concertation des citoyen-ne s. Formidable outil, elle nous permet d’aller plus vite, plus loin, mais au service de quelle idéologie et à quel prix social, écologique, démocratique ? Dans le secteur de la culture, du spectacle et de l’information, rares sont les métiers qui y échappent. Comme dans un film de science- fiction, la machine tend à remplacer l’humain… pour le meilleur ou le pire ? »
Avec Yumi Fujimori, comédienne, qui intervient notamment dans le doublage des films, membre du groupe de travail doublage du SFA-CGT, le public a découvert l’avancée de l’usage de l’intelligence artificielle pour tenter de remplacer les comédiens par des voix artificielles et les actions syndicales pour négocier les cadres conventionnels pour défendre la profession et la qualité du travail.
Clément Pouré, journaliste (notamment à Mediapart), auteur du livre Les Nouveaux contremaîtres a traité, avec des détails passionnants, des questions démocratiques liées à l’arrivée de l’intelligence artificielle.

Claire Boine, professeure en droit des technologies et gouvernance de l’intelligence artificielle à l’institut universitaire européen (Florence) a développé une série de points de vue, d’exemples concrets sur la place du droit, en particulier en Europe, les mobilisations des salariés pour défendre leurs métiers, le droit d’auteur en particulier. Cette juriste a souligné l’offensive libérale monstrueuse des entreprises et pouvoirs politiques des États-Unis contre les protections qui se mettent en place au niveau européen.
Dans un débat riche elle a défendu contre l’avis contradictoire de plusieurs intervenants, l’existence de centre de données construits sur le sol français pour la défense de la souveraineté nationale.
A l’appui de son argumentaire elle a détaillé les sanctions imposées par le pouvoir des États-Unis à des juges de la CPI en leur interdisant l’entrée aux États-Unis et tout accès aux technologies des États-Unis. Conséquences : ces juges n’ont plus de carte de crédit, plus d’accès aux banques et serveurs internets…
Un vaste consensus s’est dégagé pour nier à l’intelligence artificielle la notion d’intelligence en la limitant à des algorithmes permettant de réaliser des taches dans des domaines essentiels de non contribution humaine ; l’IA exclut ainsi le remplacement des métiers manuels, des métiers où l’homme et la femme demeurent indispensables. Un exemple a été cité de perte de compétences de chirurgiens qui s’en remettent trop aux interprétations par l’IA de l’imagerie médicale.
Tous les intervenants (tribune et salle) ont souligné la nécessité que le public le plus vaste comprenne ce qu’est l’intelligence artificielle, la pratique avec esprit critique et intervienne collectivement, en particulier sur le plan syndical, pour la défense et l’extension des droits de salariés.


