Métropole. Une majorité « de territoire », jusqu’à où ?

Par Travailleur Alpin

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La politique du logement dans l'agglomération grenobloise. Elus de droite et de gauche proposent des choix diamétralement opposés.
Alors que les discussions se poursuivent en vue de l’élection du président de la Métropole – qui aura lieu ce jeudi 23 avril –, la question de l’équilibre d’une future majorité est au cœur des échanges. Si certains voudraient dépolitiser les enjeux, le mandat qui s’achève démontre pourtant que les clivages entre la gauche et la droite restent monnaie courante dans l’hémicycle métropolitain. Décryptage.

Une expres­sion qui était atten­due. Ce dimanche 19 avril, Chris­tophe Fer­ra­ri publiait une décla­ra­tion où il confir­mait ne pas être can­di­dat à sa suc­ces­sion à la tête de la Métro­pole.

Un texte qui posait éga­le­ment une pro­po­si­tion de cap : conser­ver une pré­si­dence et des orien­ta­tions clai­re­ment de gauche, tout en ouvrant plus lar­ge­ment la gou­ver­nance aux dif­fé­rentes com­po­santes du ter­ri­toire. Si celui qui avait tenu en 2020 à conser­ver une majo­ri­té et un exé­cu­tif ancrés à gauche incite aujourd’hui à faire un pas vers une forme d’ouverture, il n’en demeure pas moins que cette décla­ra­tion tranche avec l’orientation incar­née par le maire de Jar­rie, lui-même can­di­dat à la pré­si­dence.

Raphaël Ger­re­ro assume en effet de por­ter un pro­jet de « majo­ri­té ter­ri­to­riale » sans réfé­ren­tiel poli­tique, afin d’intégrer aus­si bien la gauche que la droite, comme si ges­tion et poli­tique étaient deux mondes sépa­rés her­mé­ti­que­ment…

Gauche et droite : inventaire de désaccords très politiques

Il suf­fit pour­tant de se pen­cher sur les der­nières années du man­dat pour mesu­rer rapi­de­ment com­bien les valeurs poli­tiques des uns et des autres s’incarnent sur des votes impor­tants.

Pre­mier exemple, hau­te­ment sym­bo­lique dans la socié­té contem­po­raine : l’égalité femmes-hommes. Le 20 décembre 2024, les groupes de droite [CCM et GO, « droite répu­bli­caine » et « droite car­ri­gno­niste », ndlr] refu­saient de voter le plan d’action métro­po­li­tain 2025–2027, tout comme le dis­po­si­tif d’autorisations spé­ciales d’absences « deuxième parent », congés mens­truel » et « inter­rup­tion de grosses », s’alignant de fait sur le posi­tion­ne­ment conser­va­teur des ser­vices de l’Etat.

Second exemple, la poli­tique du loge­ment, dans une agglo­mé­ra­tion qui compte près de 18 000 foyers-deman­deurs en attente de loge­ment social, et où la pres­sion fon­cière fait peser un coût cer­tain. Ici, la droite s’est fron­ta­le­ment oppo­sée au plan local de l’habitat 2025–2030.

« Il faut être amnésique »

Une constance que l’on retrouve dans de nom­breux votes, où les élus de droite refusent de sou­te­nir des pro­jets, éma­nant y com­pris de com­munes de leur propre obé­dience, à l’image de l’opération ini­tiée par l’EPFL (éta­blis­se­ment public fon­cier local) au 2 rue de la Répu­blique à Claix…

Ces élus ont aus­si refu­sé de voter le finan­ce­ment du plan « Loge­ment d’abord », et refu­sé de voter les sub­ven­tions rela­tives à la poli­tique de l’habitat, des­ti­nées à finan­cer les ser­vices assu­rés par l’agence SOLIHA ou encore l’association Un toit pour tous… Au glo­bal, on ne compte plus les déli­bé­ra­tions rela­tives à ces com­pé­tences que les élus de droite n’ont pas votées.

À de très nom­breuses reprises donc, la droite s’est fer­me­ment oppo­sée aux poli­tiques métro­po­li­taines concer­nant l’habitat, fai­sant dire à un élu métro­po­li­tain qu’« il faut être amné­sique pour pen­ser qu’on pour­rait main­te­nant mener ces poli­tiques publiques bras des­sus bras des­sous avec eux : ils s’y opposent sur le fond ! ».

Le RER métropolitain n’a pas besoin d’un coup de frein

Mais l’inventaire des désac­cords mar­qués par des votes impor­tants ne s’arrête pas là, et les ques­tions d’écologie concrète ne sont pas en reste.

En décembre 2025, les élus de droite ont en effet refu­sé l’avenant à la conven­tion de finan­ce­ment rela­tive aux études préa­lables concer­nant le ser­vice express régio­nal métro­po­li­tain (SERM), plus com­mu­né­ment appe­lé RER Métro­po­li­tain.

Tout comme ils n’ont pas voté la créa­tion des réseaux de cha­leur urbains sur les com­munes de Vizille et Varces, lors du conseil métro­po­li­tain du 11 juillet 2025…

Des votes là aus­si constants, incar­nés notam­ment par le rejet du plan cli­mat air éner­gie ter­ri­to­rial (PCAET), docu­ment-cadre réca­pi­tu­lant les ambi­tions et objec­tifs en terme de poli­tiques éco­lo­giques.

Le 23 avril, la Métropole choisit sa voie

Nombre des poli­tiques aux­quelles les élus de droite se sont oppo­sées étaient jusqu’alors conduites par des élus aujourd’hui membres du groupe NMC (« petites com­munes ») – à l’image des sujets rela­tifs au plan local d’urbanisme inter­com­mu­nal, pilo­tés par le maire de Poi­sat, Ludo­vic Bus­tos. Dans ces condi­tions, on peine à voir com­ment l’intégration pleine et entière des élus de droite pro­po­sée par Raphaël Ger­re­ro pour­rait se tra­duire par autre chose que par un renie­ment en actes de nom­breuses poli­tiques publiques conduites ces der­nières années… Sur­tout si la pro­po­si­tion de Raphaël Ger­re­ro dépend, ce qui semble se des­si­ner, du sou­tien du groupe des héri­tiers d’Alain Car­ri­gnon et des deux élus du RN pour déga­ger une majo­ri­té…

A l’inverse, le maire de Seys­si­net-Pari­set, can­di­dat sou­te­nu par des com­munes de gauche de toutes tailles, s’il pro­pose un res­pect des maires élus et de toutes les com­po­santes du conseil métro­po­li­tain, incarne aujourd’hui une conti­nui­té et une ambi­tion col­lec­tive renou­ve­lée sur ce qui fai­sait jusqu’à pré­sent l’ADN des orien­ta­tions de la Métro­pole.

Une Métro­pole qui est donc bel et bien à la croi­sée des che­mins.

Ver­dict dans l’après-midi du jeu­di 23 avril…

Robert W. Wellnes

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