Municipales. Union ou divisions ? La gauche face à un choix à la Métropole de Grenoble
Par Manuel Pavard
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Un « défi existentiel pour la gauche ». Les termes peuvent sembler excessifs mais la fédération de l’Isère du PCF se veut lucide, devant les résultats des municipales. Si l’attention médiatique s’est en effet largement focalisée sur la victoire de Laurence Ruffin à Grenoble, dans le reste de l’Isère, « la gauche est submergée presque partout par une vague bleue marine sans précédent, qui profite très largement à une droite en pleine dérive vers son extrême », déplore Jérémie Giono, secrétaire départemental du PCF, dans un communiqué diffusé ce lundi 23 mars, au lendemain du second tour.

Le responsable communiste détaille ainsi les victoires de la droite, dans le Grésivaudan — où le NFP avait pourtant obtenu des résultats positifs aux législatives -, le Nord-Isère, l’Isère rhodanienne… Avec néanmoins quelques rares motifs de satisfaction, à l’image de la réélection d’Isabelle Flores (divers gauche) à Crémieu ou de celle des maires communistes sortants à Salaise-sur-Sanne (Gilles Vial), Le Péage-de-Roussillon (André Mondange) et Jarcieu (Yann Berhault).
Le niveau de la marée bleue est « encore monté »
« À Saint-Marcellin, la droite macroniste ne conserve la commune face à l’extrême droite que grâce au retrait républicain de la liste conduite par Christophe Ghersinu, un choix salutaire qui oblige », ajoute Jérémie Giono. De même, Julien Polat, réélu au premier tour à Voiron, voit sa « ligne » triompher dans le « Pays voironnais élargi », faisant tomber dans son escarcelle Saint-Jean-de-Moirans, Moirans et Rives. « Seul les socialistes du bas de la vallée de la Fure résistent encore, à Renage et Tullins », nuance le secrétaire départemental du PCF Isère.
Celui-ci constate l’échec du front républicain qui, lors des législatives 2024, avait « contenu la marée bleu marine aux marges de la neuvième circonscription. Avec ces municipales, le niveau est encore monté, emplissant tout l’espace jusqu’aux portes de la métropole », s’alarme-t-il.
Dans la métropole grenobloise, la gauche « tient bon »
De fait, la métropole grenobloise fait de plus en plus office de bastion, voire de citadelle assiégée, pour « la gauche [qui], malgré ses divisions, tient bon et progresse même par endroits ». Outre Laurence Ruffin, qui a su renverser la vapeur ce dimanche 22 mars, après un premier tour décevant, Jérémie Giono cite notamment les maires PCF de Saint-Martin-d’Hères et Échirolles : « David Queiros et Amandine Demore sont réélus triomphalement » — respectivement aux premier et second tours — « malgré une profusion de listes diverses face à eux ».

Succès également pour Catherine Troton, « brillamment réélue » à Vizille, avec le soutien des communistes locaux. Tout comme l’écrasante majorité des maires écologistes (Laurent Amadieu à Saint-Égrève, Nicolas Richard à Eybens) et socialistes (Guillaume Lissy à Seyssinet-Pariset…). Avec une exception : Meylan, de retour à droite après la défaite du maire PS sortant Philippe Cardin, battu par Joëlle Hours — principale déception pour la gauche, avec Fontaine. Pour finir sur une note positive, citons tout de même les conquêtes du Sappey-en-Chartreuse (Gildas Bouffaud, tombeur de Dominique Escaron, figure de la droite métropolitaine) et de Vif (Guillaume Carassio).
Un groupe communiste de 15 ou 16 élus à la Métro
Désormais, les regards sont braqués sur Grenoble Alpes Métropole. La composition du futur conseil métropolitain — qui passe de 119 à 110 élus en 2026 — et la course à la présidence paraissent en effet particulièrement indécises, au regard des nouveaux équilibres, aussi précaires qu’incertains. Pour Jérémie Giono, « la gauche sort renforcée » à la Métropole et « en son sein, le futur groupe ‘communistes & apparentés’ continue de progresser, avec entre quinze et seize élu·e·s dans le futur mandat ».

Quid des projections globales ? Selon nos calculs — susceptibles de modifications, certains élus pouvant changer de groupe -, les écologistes et apparentés obtiendraient vingt-deux élus, le groupe des petites communes (ex-« Notre Métropole commune ») vingt-trois, les socialistes quatorze, les communistes au moins quinze donc, et les insoumis (auparavant membres du groupe UMA avec les écologistes) huit.
De l’autre côté de l’échiquier politique, les centristes et macronistes pourraient avoir onze élus, le RN passerait de un à deux conseillers métropolitains, tandis que la droite était jusque-là divisée en deux groupes, CCM (présidé par Dominique Escaron) et GO-SCDDC (présidé par Alain Carignon), qui seraient crédités respectivement de neuf et cinq élus à ce stade.
« La gauche ne peut plus se payer le luxe d’offrir un tel spectacle, la métropole doit devenir une vitrine positive pour œuvrer à la reconquête du territoire. »
Pour la gauche, majoritaire dans l’absolu, le principal enjeu de mettre fin aux tristes divisions ayant émaillé le dernier mandat. Avec une inconnue concernant le rôle de Christophe Ferrari, élu président de la Métropole grâce aux voix de la droite, en 2020, contre l’écologiste Yann Mongaburu, soutenu par Éric Piolle. Mais cette fois, le maire de Pont-de-Claix n’aura pas forcément la même latitude, idem pour son allié Sylvain Laval. De leur côté, le maire PS de Seyssinet-Pariset, Guillaume Lissy, et son homologue écologiste de Saint-Égrève, Laurent Amadieu, devront composer avec les stratégies de leurs groupes respectifs. Reste aussi à connaître le vote des élus des « petites communes ».

Jérémie Giono en est tout cas convaincu, « la gauche ne peut plus se payer le luxe d’offrir un tel spectacle, la métropole doit devenir une vitrine positive pour œuvrer à la reconquête du territoire ». Le PCF Isère appelle donc « l’ensemble des forces de gauche, écologistes et citoyennes – qu’il s’agisse des partis, mais bien plus largement, de toutes les équipes qui portaient des valeurs progressistes dans ce scrutin – à trouver les temps pour se retrouver dans les territoires d’ici à l’été, afin de construire ensemble des modalités d’échanges d’expériences et d’organisation de la résistance ».
S’unir « autour d’un projet et d’un pacte de gouvernance partagée »
La gauche doit absolument « créer les conditions d’une résistance culturelle locale », affirme le secrétaire départemental, face au discours de repli sur soi porté par la droite et l’extrême droite. Dans ce contexte, « la Foire de Beaucroissant au stand La Terre/Le Travailleur alpin (25 et 26 avril) et la Fête du Travailleur alpin (26 et 27 juin) seront des temps importants », souligne-t-il.
Plus globalement, se projette Jérémie Giono, la gauche n’a plus le choix : « Elle doit s’unir sur la Métropole, autour d’un projet et d’un pacte de gouvernance partagé, pour être capable de soutenir la structuration de cette résistance dans les territoires qui sont tombés ou restés à droite dimanche. » Et de conclure : « Tel est notre responsabilité historique. Soyons-en digne, il est minuit moins une. »


