Municipales. Union ou divisions ? La gauche face à un choix à la Métropole de Grenoble

Par Manuel Pavard

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Conseil métropolitain du 12 juillet 2023, une période où la gauche se distinguait tristement par ses divisions étalées au grand jour.
Vague bleu marine dans une bonne partie du département, gauche qui résiste à Grenoble et dans sa métropole, maires communistes largement réélus... La fédération de l'Isère du PCF tire un bilan contrasté du second tour des élections municipales. Et se projette maintenant vers la composition du futur conseil métropolitain, appelant la gauche à en finir avec les divisions, pour s'unir autour d'un "pacte de gouvernance partagée".

Un « défi exis­ten­tiel pour la gauche ». Les termes peuvent sem­bler exces­sifs mais la fédé­ra­tion de l’I­sère du PCF se veut lucide, devant les résul­tats des muni­ci­pales. Si l’at­ten­tion média­tique s’est en effet lar­ge­ment foca­li­sée sur la vic­toire de Lau­rence Ruf­fin à Gre­noble, dans le reste de l’I­sère, « la gauche est sub­mer­gée presque par­tout par une vague bleue marine sans pré­cé­dent, qui pro­fite très lar­ge­ment à une droite en pleine dérive vers son extrême », déplore Jéré­mie Gio­no, secré­taire dépar­te­men­tal du PCF, dans un com­mu­ni­qué dif­fu­sé ce lun­di 23 mars, au len­de­main du second tour.

Gilles Vial, maire de Salaise-sur-Sanne.
Gilles Vial, maire PCF de Salaise-sur-Sanne réélu au pre­mier tour, par­mi les rares lueurs pour la gauche en Nord-Isère.

Le res­pon­sable com­mu­niste détaille ain­si les vic­toires de la droite, dans le Gré­si­vau­dan — où le NFP avait pour­tant obte­nu des résul­tats posi­tifs aux légis­la­tives -, le Nord-Isère, l’I­sère rho­da­nienne… Avec néan­moins quelques rares motifs de satis­fac­tion, à l’i­mage de la réélec­tion d’I­sa­belle Flores (divers gauche) à Cré­mieu ou de celle des maires com­mu­nistes sor­tants à Salaise-sur-Sanne (Gilles Vial), Le Péage-de-Rous­sillon (André Mon­dange) et Jar­cieu (Yann Berhault).

Le niveau de la marée bleue est « encore monté »

« À Saint-Mar­cel­lin, la droite macro­niste ne conserve la com­mune face à l’extrême droite que grâce au retrait répu­bli­cain de la liste conduite par Chris­tophe Gher­si­nu, un choix salu­taire qui oblige », ajoute Jéré­mie Gio­no. De même, Julien Polat, réélu au pre­mier tour à Voi­ron, voit sa « ligne » triom­pher dans le « Pays voi­ron­nais élar­gi », fai­sant tom­ber dans son escar­celle Saint-Jean-de-Moi­rans, Moi­rans et Rives. « Seul les socia­listes du bas de la val­lée de la Fure résistent encore, à Renage et Tul­lins », nuance le secré­taire dépar­te­men­tal du PCF Isère.

Celui-ci constate l’é­chec du front répu­bli­cain qui, lors des légis­la­tives 2024, avait « conte­nu la marée bleu marine aux marges de la neu­vième cir­cons­crip­tion. Avec ces muni­ci­pales, le niveau est encore mon­té, emplis­sant tout l’espace jusqu’aux portes de la métro­pole », s’a­larme-t-il.

Dans la métropole grenobloise, la gauche « tient bon »

De fait, la métro­pole gre­no­bloise fait de plus en plus office de bas­tion, voire de cita­delle assié­gée, pour « la gauche [qui], mal­gré ses divi­sions, tient bon et pro­gresse même par endroits ». Outre Lau­rence Ruf­fin, qui a su ren­ver­ser la vapeur ce dimanche 22 mars, après un pre­mier tour déce­vant, Jéré­mie Gio­no cite notam­ment les maires PCF de Saint-Mar­tin-d’Hères et Échi­rolles : « David Quei­ros et Aman­dine Demore sont réélus triom­pha­le­ment » — res­pec­ti­ve­ment aux pre­mier et second tours — « mal­gré une pro­fu­sion de listes diverses face à eux ».

Aman­dine Demore a été « réélue triom­pha­le­ment » à Échi­rolles, comme David Quei­ros à Saint-Mar­tin-d’Hères.

Suc­cès éga­le­ment pour Cathe­rine Tro­ton, « brillam­ment réélue » à Vizille, avec le sou­tien des com­mu­nistes locaux. Tout comme l’é­cra­sante majo­ri­té des maires éco­lo­gistes (Laurent Ama­dieu à Saint-Égrève, Nico­las Richard à Eybens) et socia­listes (Guillaume Lis­sy à Seys­si­net-Pari­set…). Avec une excep­tion : Mey­lan, de retour à droite après la défaite du maire PS sor­tant Phi­lippe Car­din, bat­tu par Joëlle Hours — prin­ci­pale décep­tion pour la gauche, avec Fon­taine. Pour finir sur une note posi­tive, citons tout de même les conquêtes du Sap­pey-en-Char­treuse (Gil­das Bouf­faud, tom­beur de Domi­nique Esca­ron, figure de la droite métro­po­li­taine) et de Vif (Guillaume Caras­sio).

Un groupe communiste de 15 ou 16 élus à la Métro

Désor­mais, les regards sont bra­qués sur Gre­noble Alpes Métro­pole. La com­po­si­tion du futur conseil métro­po­li­tain — qui passe de 119 à 110 élus en 2026 — et la course à la pré­si­dence paraissent en effet par­ti­cu­liè­re­ment indé­cises, au regard des nou­veaux équi­libres, aus­si pré­caires qu’in­cer­tains. Pour Jéré­mie Gio­no, « la gauche sort ren­for­cée » à la Métro­pole et « en son sein, le futur groupe ‘com­mu­nistes & appa­ren­tés’ conti­nue de pro­gres­ser, avec entre quinze et seize élu·e·s dans le futur man­dat ».

À quoi res­sem­ble­ra le futur conseil métro­po­li­tain (ici le 12 juillet 2023) ?

Quid des pro­jec­tions glo­bales ? Selon nos cal­culs — sus­cep­tibles de modi­fi­ca­tions, cer­tains élus pou­vant chan­ger de groupe -, les éco­lo­gistes et appa­ren­tés obtien­draient vingt-deux élus, le groupe des petites com­munes (ex-« Notre Métro­pole com­mune ») vingt-trois, les socia­listes qua­torze, les com­mu­nistes au moins quinze donc, et les insou­mis (aupa­ra­vant membres du groupe UMA avec les éco­lo­gistes) huit.

De l’autre côté de l’é­chi­quier poli­tique, les cen­tristes et macro­nistes pour­raient avoir onze élus, le RN pas­se­rait de un à deux conseillers métro­po­li­tains, tan­dis que la droite était jusque-là divi­sée en deux groupes, CCM (pré­si­dé par Domi­nique Esca­ron) et GO-SCDDC (pré­si­dé par Alain Cari­gnon), qui seraient cré­di­tés res­pec­ti­ve­ment de neuf et cinq élus à ce stade.

« La gauche ne peut plus se payer le luxe d’offrir un tel spec­tacle, la métro­pole doit deve­nir une vitrine posi­tive pour œuvrer à la recon­quête du ter­ri­toire. »

Pour la gauche, majo­ri­taire dans l’ab­so­lu, le prin­ci­pal enjeu de mettre fin aux tristes divi­sions ayant émaillé le der­nier man­dat. Avec une incon­nue concer­nant le rôle de Chris­tophe Fer­ra­ri, élu pré­sident de la Métro­pole grâce aux voix de la droite, en 2020, contre l’é­co­lo­giste Yann Mon­ga­bu­ru, sou­te­nu par Éric Piolle. Mais cette fois, le maire de Pont-de-Claix n’au­ra pas for­cé­ment la même lati­tude, idem pour son allié Syl­vain Laval. De leur côté, le maire PS de Seys­si­net-Pari­set, Guillaume Lis­sy, et son homo­logue éco­lo­giste de Saint-Égrève, Laurent Ama­dieu, devront com­po­ser avec les stra­té­gies de leurs groupes res­pec­tifs. Reste aus­si à connaître le vote des élus des « petites com­munes ».

Guillaume Lis­sy, maire PS de Seys­si­net-Pari­set, fait par­tie des noms sou­vent évo­qués pour la pré­si­dence de la Métro­pole.

Jéré­mie Gio­no en est tout cas convain­cu, « la gauche ne peut plus se payer le luxe d’offrir un tel spec­tacle, la métro­pole doit deve­nir une vitrine posi­tive pour œuvrer à la recon­quête du ter­ri­toire ». Le PCF Isère appelle donc « l’ensemble des forces de gauche, éco­lo­gistes et citoyennes – qu’il s’agisse des par­tis, mais bien plus lar­ge­ment, de toutes les équipes qui por­taient des valeurs pro­gres­sistes dans ce scru­tin – à trou­ver les temps pour se retrou­ver dans les ter­ri­toires d’ici à l’été, afin de construire ensemble des moda­li­tés d’échanges d’expériences et d’organisation de la résis­tance ».

S’unir « autour d’un projet et d’un pacte de gouvernance partagée »

La gauche doit abso­lu­ment « créer les condi­tions d’une résis­tance cultu­relle locale », affirme le secré­taire dépar­te­men­tal, face au dis­cours de repli sur soi por­té par la droite et l’ex­trême droite. Dans ce contexte, « la Foire de Beau­crois­sant au stand La Terre/Le Tra­vailleur alpin (25 et 26 avril) et la Fête du Tra­vailleur alpin (26 et 27 juin) seront des temps impor­tants », sou­ligne-t-il.

Plus glo­ba­le­ment, se pro­jette Jéré­mie Gio­no, la gauche n’a plus le choix : « Elle doit s’unir sur la Métro­pole, autour d’un pro­jet et d’un pacte de gou­ver­nance par­ta­gé, pour être capable de sou­te­nir la struc­tu­ra­tion de cette résis­tance dans les ter­ri­toires qui sont tom­bés ou res­tés à droite dimanche. » Et de conclure : « Tel est notre res­pon­sa­bi­li­té his­to­rique. Soyons-en digne, il est minuit moins une. »

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