Les puces dauphinoises se font du mauvais sang

Par Luc Renaud

/

L’électronique, un fleuron industriel, plus de dix mille emplois dans la région grenobloise. Et beaucoup d’incertitudes. Un partenaire américain disparu, un projet de développement qui patine, des suppressions d’emplois en cours… pour la CGT, c’est une volonté politique française et européenne qui fait défaut. Dans un monde où les semi-conducteurs ont pris une importance stratégique, l’Europe est le continent de la naïveté. Continent qui dispose pourtant d’atouts réels. Tour d’horizon, état des lieux, propositions.

Image principale
Le président de la République était venu à Crolles en 2022 pour annoncer un développement du site de STMicroelectronics en partenariat avec le groupe américain GlobalFoundries. Côté GlobalFoundries, il ne s'est rien passé depuis.

C’était le 12 juillet 2022. Emma­nuel Macron débarque à Crolles, près de Gre­noble, sur le site de STMi­croe­lec­tro­nics. On allait voir ce qu’on allait voir. Un inves­tis­se­ment annon­cé à 5,7 puis 5,9 mil­liards d’euros – esti­mé aujourd’hui à 7,5 mil­liards. Pro­jet conduit en par­te­na­riat avec une mul­ti­na­tio­nale amé­ri­caine à capi­taux émi­ra­tis, Glo­bal­Foun­dries et béné­fi­ciant de 2,9 mil­liards de sub­ven­tions publiques.

Trois ans et quelques plus tard… il ne s’est rien pas­sé ou presque. « Glo­bal­Foun­dries, on les a vu une fois, avec Macron, depuis, plus rien », témoigne Nadia Sal­hi, délé­guée cen­trale syn­di­cale CGT et ingé­nieure en recherche et déve­lop­pe­ment. Mieux encore, l’accord devait entraî­ner la créa­tion de mille emplois en France chez STMi­croe­lec­tro­nics et, en 2025, l’entreprise annon­çait la sup­pres­sion de mille postes en France, deux mille huit cents dans le monde. En ajou­tant les démis­sions et les départs natu­rels, ce sont près de 5 000 per­sonnes qui pour­raient quit­ter l’entreprise en trois ans – 10 % des effec­tifs – a pré­ci­sé le 4 juin Jean-Marc Ché­ry, le pré­sident du direc­toire de STMi­croe­lec­tro­nics.

Un trou dans la R&D

Com­ment com­prendre un tel bilan ? Les résul­tats éco­no­miques de STMi­croe­lec­tro­nics se sont dégra­dés au cours de ces der­nières années. Un chiffre d’affaires en baisse de 23,2 % en 2024 et de 15 % au cours des neuf pre­miers mois de 2025. Des résul­tats finan­ciers qui suivent : sa marge d’exploitation n’est plus que de 12,6 % en 2024, contre autour de 25 % les deux années pré­cé­dentes.

La consé­quence de plu­sieurs fac­teurs. STMi­croe­lec­tro­nics excelle dans les tech­no­lo­gies matures – micro­con­trô­leurs, élec­tro­nique de puis­sance – notam­ment uti­li­sées par l’industrie auto­mo­bile, pour la moto­ri­sa­tion élec­trique plus par­ti­cu­liè­re­ment. Un mar­ché qui connaît des dif­fi­cul­tés et doit faire face à la concur­rence chi­noise. Mais c’est aus­si le fruit de choix stra­té­giques. « Après la covid, ST et Soi­tec ont levé le pied sur la R&D pour pro­duire du cash ; c’est ce que nous payons aujourd’hui », constate Fabrice Lal­le­ment, délé­gué CGT à Soi­tec et repré­sen­tant du syn­di­cat au sein du comi­té stra­té­gique de filière dédié à la micro­élec­tro­nique.

La len­teur avec lequel se met en place le pro­jet dit « Crolles 300 » – un pro­cé­dé de pro­duc­tion de semi-conduc­teurs plus effi­cient que le pré­cé­dent –, celui-là même qui devait se déve­lop­per en par­te­na­riat avec Glo­bal­Foun­dries. n’est pas faite pour arran­ger les choses. D’autant que l’arrêt, à Crolles, de la pro­duc­tion sur des plaques de 200 mm est pré­vu pour l’année pro­chaine tan­dis que la délo­ca­li­sa­tion à Sin­ga­pour de pro­duc­tions aupa­ra­vant issues de l’usine de Tours pour­rait entraî­ner la sup­pres­sion de quatre cents emplois.

Aides publiques et dividendes

Ces déci­sions s’accompagnent pour­tant du ver­se­ment de fonds publics… et de divi­dendes. En 2023, l’entreprise a ain­si béné­fi­cié de 487 mil­lions d’euros d’aides, dont 331 mil­lions de sub­ven­tions, 122 mil­lions de cré­dit d’impôt recherche et 34 mil­lions d’allègements de coti­sa­tions sociales. Chiffres à rap­pro­cher des 100 000 euros réglés au titre de l’impôt sur les socié­tés – son siège est en Hol­lande, ce qui lui per­met aus­si d’éviter la pré­sence de sala­riés dans son conseil d’administration –, des 212 mil­lions de divi­dendes ver­sés et des 228 mil­lions consa­crés à des rachats d’actions (chiffres issus de la com­mis­sion d’enquête du Sénat sur l’emploi des fonds publics).

Fabrice Lal­le­ment, délé­gué CGT à Soi­tec.

Com­ment faire face à ce qui res­semble à une spi­rale du déclin dans un monde où la guerre éco­no­mique devient la règle ?

« La filière euro­péenne ne manque pas d’atouts, sou­ligne Fabrice Lal­le­ment, pour peu qu’une volon­té poli­tique se mani­feste. » Rompre avec le dogme de la concur­rence pour faire le choix de la coopé­ra­tion, somme toute.

Un rapport taïwanais en phase avec les propositions de la CGT

Aujourd’hui, ST Microe­lec­tro­nics tra­vaille avec une entre­prise chi­noise pour déve­lop­per la tech­no­lo­gie des puces sur car­bure de sili­cium et Infi­neon, groupe alle­mand com­pa­rable à STMi­cro, avec une entre­prise japo­naise sur l’encapsulage – qui elle-même a des accords de par­te­na­riat en Chine. « Ce qui serait moins naïf, explique Fabrice Lal­le­ment, serait de condi­tion­ner les aides euro­péennes à des coopé­ra­tions entre indus­triels euro­péens ; STMi­croe­lec­tro­nics, Soi­tec, Infi­neon, ASML… en asso­ciant la sous-trai­tance. »

Un rap­port pro­duit l’été der­nier par un ins­ti­tut de recherche lié au gou­ver­ne­ment taï­wa­nais ne dit pas autre chose. « Les efforts du gou­ver­ne­ment cen­tral chi­nois en faveur de la conso­li­da­tion et de l’in­té­gra­tion ver­ti­cale, peut-on lire dans ses conclu­sions, montrent com­ment les entre­prises et les gou­ver­ne­ments non chi­nois pour­raient réagir de manière appro­priée. Et, plus loin, avec une pré­oc­cu­pa­tion géo­po­li­tique fort éloi­gnée de l’Europe : « Une pla­ni­fi­ca­tion gérée des capa­ci­tés et une R&D conjointe entre des entre­prises non chi­noises […]seront essen­tielles pour per­mettre aux États-Unis et à leurs alliés de résis­ter au défi chi­nois dans le domaine des semi-conduc­teurs. »

Les opportunités de la sobriété

Pour la CGT, la sobrié­té est une autre piste à explo­rer. « L’industrie euro­péenne est décro­chée dans le domaine des nœuds ultimes, sous les 5 nano­mètres, note Fabrice Lal­le­ment, mais des alter­na­tives à la course à la gra­vure existent, notam­ment grâce à la tech­no FD-SOI ». Le syn­di­ca­liste évoque ici les pos­si­bi­li­tés de la concep­tion des puces plu­tôt que de la course au cal­cul. Des puces moins gour­mandes en éner­gie, des capa­ci­tés de cal­cul accrues dans les machines uti­li­sa­teurs, plu­tôt que des va-et-vient de don­nées via inter­net entre machines et centres de sto­ckage. Une stra­té­gie indus­trielle coor­don­née sur l’ensemble de la filière consti­tuant une alter­na­tive aux concep­tions amé­ri­caines récla­mant tou­jours davan­tage de res­sources minières, d’énergie et de capa­ci­tés de sto­ckage. Autres pistes, les pos­si­bi­li­tés ouvertes par la recherche euro­péenne, sur les mémoires à chan­ge­ment de phase, par exemple.

Au total, la France et l’Europe devraient « défi­nir les domaines clés sur les­quels l’Europe a besoin de ren­for­cer sa com­pé­ti­ti­vi­té et sa sou­ve­rai­ne­té – compo­sants numé­riques avan­cés, mais aus­si et sur­tout sys­tèmes et soft­wares, héber­ge­ment des don­nées, intel­li­gence arti­fi­cielle, robo­tique et demain l’informatique quan­tique… – et condi­tion­ner les aides aux inves­tis­se­ments à ces prio­ri­tés stra­té­giques », conclut Fabrice Lal­le­ment.

STMicroelectronics

STMi­croe­lec­tro­nics compte cinq sites de pro­duc­tion et de recherche déve­lop­pe­ment en France à Crolles, Gre­noble, Tours et Rennes ain­si que deux sites en Ita­lie, à Agrate Brian­za (Lom­bar­die), l’autre à Catane (Sicile). À l’extérieur des fron­tières euro­péennes, ST est implan­tée en Chine, Malai­sie et Sin­ga­pour… pour les plus grosses struc­tures.

L’industriel emploie envi­ron 50 000 per­sonnes dans le monde, dont 11 500 en France. En Ita­lie, il compte 12 700 sala­riés dans ses deux usines.

La gou­ver­nance, inchan­gée depuis la créa­tion de SGS-Thom­son, garan­tit la pari­té entre la France et l’Italie. Cotée en Bourse, à Paris et à Milan, STMi­croe­lec­tro­nics est déte­nue à 27,5 % par une hol­ding contrô­lée à 50–50 par Paris (par BPI France) et Rome (par le minis­tère des Finances). Le reste de l’actionnariat est déte­nu par des petits por­teurs.

16

mil­liards de dol­lars

c’est le mon­tant pré­vu des inves­tis­se­ments de Glo­bal­Foun­dries aux États-Unis. De fait, tou­jours aux abon­nés absents à Crolles, Glo­bal­Fou­dries n’a pour­tant pas dis­pa­ru. En octobre 2025, la socié­té amé­ri­caine à capi­taux émi­ra­tis annon­çait un inves­tis­se­ment de 1,1 mil­liards d’euros en Alle­magne, à Dresde, pour accroître les capa­ci­tés de pro­duc­tion de son usine de semi-conduc­teurs dits matures – des gra­vures supé­rieures à 28 nm. Le tout dans un pro­gramme d’investissement glo­bal de 16 mil­liards de dol­lars, indi­quait l’agence de presse Reu­ters en juin 2025. La dépêche de l’agence appor­tait cette pré­ci­sion : « L’en­tre­prise col­la­bore avec l’ad­mi­nis­tra­tion Trump pour dépla­cer la tech­no­lo­gie et les com­po­sants de fabri­ca­tion de puces vers les États-Unis. »

La valse des milliards

Pen­dant que l’Union euro­péenne se féli­ci­tait de sa loi sur les puces de 2023 mobi­li­sant 43 mil­liards d’euros de fonds publics et pri­vés, la Chine a débu­té dès 2014 un pro­gramme d’investissements publics de 150 mil­liards de dol­lars, pla­ni­fié jusqu’en 2030. Aux­quels s’ajoutent d’autres enga­ge­ments : un rap­port de la Com­mis­sion euro­péenne indi­quait en 2024 que Hua­wei avait consa­cré 20,9 mil­liards d’euros à la recherche déve­lop­pe­ment en 2022.

De leur côté, les Etats-Unis ont adop­té en 2022 – avant la seconde élec­tion de Trump – un pro­gramme, l’US Chips ans Science Act, d’une enve­loppe de 280 mil­liards de dol­lars de sub­ven­tions publiques plus 25 % de cré­dits d’impôt pour les entre­prises concer­nées avec l’objectif de tri­pler la pro­duc­tion de semi-conduc­teurs aux Etats-Unis. En Corée, sous la ban­nière Sam­sung, c’est un inves­tis­se­ment de 229 mil­liards de dol­lars qui est annon­cé d’ici à 2042.

Des pro­grammes qui incitent aujourd’­hui les États euro­péens à revoir leur copie.

43

mil­liards d’eu­ros

c’est l’en­ve­loppe de fonds publics et pri­vés que pré­voyait le Chips Act (loi sur les puces) euro­péen adop­té en avril 2023 pour dou­bler, de 10 % à 20 %, le poids de l’Europe dans la pro­duc­tion mon­diale de semi-conduc­teurs d’ici à 2030. L’objectif ne sera pas atteint, estime la Cour des comptes euro­péenne. Elle rap­pelle que l’Europe met 4,4 mil­liards d’euros sur la table, le reste demeu­rant à la charge des Etats dont les choix ne sont pas tou­jours com­pa­tibles entre eux. Dans ses propres pré­vi­sions, publiées en juillet 2024, la Com­mis­sion euro­péenne annonce elle-même que la part de l’Europe pas­se­ra de 9,8 % en 2022 à 11,7 % d’ici à 2030 d’un mar­ché mon­dial esti­mé à 1400 mil­liards de dol­lars en 2031.

Bru­no Le Maire et l’électronique

Bru­no Le Maire, ministre de l’Économie jusqu’en sep­tembre 2024, est deve­nu conseiller spé­cial du groupe néer­lan­dais ASML, char­gé de conseiller les admi­nis­tra­teurs de cette entre­prise pour aider au déve­lop­pe­ment de l’industrie euro­péenne des semi-conduc­teurs. Il a quit­té ce poste début octobre 2025 avant de deve­nir ministre des Armées du gou­ver­ne­ment Lecor­nu pen­dant… 14 heures.

STMicroelectronics en Chine

En juin 2023, l’entreprise a créé une socié­té com­mune pour la fabri­ca­tion de puces en car­bure de sili­cium (SiC) sur des plaques de 200 mm avec la socié­té chi­noise Sanan Optoe­lec­tro­nics à Chong­qing, dans le Sud-Ouest de la Chine. Ce type de com­po­sant élec­tro­nique est notam­ment uti­li­sé sur les voi­tures élec­triques, le pho­to­vol­taïque, les sys­tèmes de sto­ckage d’énergie et les centres de don­nées d’IA. Le coût de ce pro­jet était annon­cé à 3,2 mil­liards de dol­lars co-finan­cé par les deux socié­tés avec une aide du gou­ver­ne­ment régio­nal notam­ment.

Ce site indus­triel uti­lise les tech­no­lo­gies mises au point par STMi­croe­lec­tro­nics. « En paral­lèle, notre usine de sub­strat SiC (Ber­nin 4) est vide et notre tech­no­lo­gie Smart­SiC, pour­tant pro­met­teuse, revient au sta­tut d’incubateur », dénonce le syn­di­cat CGT de Soi­tec qui sou­ligne que « la Chine pro­gresse très rapi­de­ment et concur­rence nos entre­prises sur la qua­si-tota­li­té des seg­ments des semi­con­duc­teurs, voire écrase car­ré­ment la concur­rence sur le SiC ». Et le syn­di­cat de s’interroger : « est-il vrai­ment rai­son­nable de l’aider dans cette quête tout en se concur­ren­çant au sein de l’Union euro­péenne ? » Car cet accord avec un pays asia­tique n’est pas unique : en sep­tembre 2025, l’allemand Infi­neon, acteur clé du SiC en Europe et concur­rent de STMi­cro, s’est asso­cié avec le japo­nais Rohm pour conce­voir des boi­tiers de com­po­sants SiC. Tan­dis que Rhom a créé plu­sieurs co-entre­prises en Chine, dont, en sep­tembre 2024, un accord avec l’équipementier auto­mo­bile chi­nois UAES (Uni­ted Auto­mo­tive Elec­tro­nic Sys­tems) por­tant sur les com­po­sants de puis­sance à base de car­bure de sili­cium (SiC) équi­pant les véhi­cules à moto­ri­sa­tion élec­trique.

La maquette de l’u­sine d’In­tel annon­cée à Mag­de­bourg, en Alle­magne. Pro­jet aban­don­né en juillet 2025.

Le repli des États-Unis

En juillet 2022, les repré­sen­tants de Glo­bal­Foun­dries venaient à Crolles pour rendre public un pro­jet de 7,5 mil­liards d’euros, dont 2,9 mil­liards de fonds publics. En mars 2022, Intel avait frap­pé plus fort : 30 mil­liards pour la créa­tion d’un site de pro­duc­tion de puces à Mag­de­bourg, en Alle­magne, finan­cée pour un tiers par des fonds publics euro­péens et natio­naux. Tou­jours sous l’égide de la mul­ti­na­tio­nale amé­ri­caine, 4,9 mil­liards d’euros en Pologne pour une usine d’assemblage et de tests. Enfin, TSMC (Taï­wan) annon­çait, en août 2023, 10 mil­liards d’euros (dont la moi­tié de sub­ven­tions publiques) pour éri­ger une usine à Dresde, en Alle­magne. En par­te­na­riat avec des indus­triels euro­péens qui détiennent cha­cun 10 % des parts de la socié­té créée pour l’occasion : les Alle­mands Infi­neon (semi-conduc­teurs) et Bosch (équi­pe­men­tier auto­mo­bile) et le Hol­lan­dais NXP (semi-conduc­teurs, issu de Phi­lips).

Depuis, Glo­bal­Fou­dries et ses machines n’ont pas été vus à Crolles et Intel a annon­cé le 25 juillet 2025 que ses pro­jets en Alle­magne et en Pologne étaient aban­don­nés – en pré­ci­sant aux sala­riés de l’entreprise qu’Intel venait de béné­fi­cier de 3 mil­liards de dol­lars de sub­ven­tions du gou­ver­ne­ment états-unien.

Le chan­tier TSMC a été lan­cé le 20 août 2024. La mise en pro­duc­tion du site est annon­cée pour 2027. L’objectif affi­ché est la pro­duc­tion de plaques de 300 mm notam­ment pour l’automobile, d’une finesse de gra­vure de 10 à 28 nm, pro­duits direc­te­ment concur­rents avec les com­po­sants issus du site de Crolles de STMi­croe­lec­tro­nics.

Données

Le Cloud act amé­ri­cain, en vigueur depuis le 23 mars 2018, per­met aux auto­ri­tés amé­ri­caines d’exiger des opé­ra­teurs amé­ri­cains la com­mu­ni­ca­tion des don­nées qu’ils hébergent, quel que soit le lieu où ces don­nées ont été col­lec­tées dans le monde. Le gou­ver­ne­ment des Etats-Unis peut ain­si se faire remettre les infor­ma­tions sto­ckées par des ser­veurs et centres de don­nées situés aux États-Unis, sans que les entre­prises ou les per­sonnes déten­trices de ces infor­ma­tions n’aient à en être infor­mées.

Construc­tion en novembre 2023 d’une usine TSMC à Phoe­nix, Ari­zo­na, Etats-unis. © Hun­ter Trick, CC BY-SA 4.0, via Wiki­me­dia Com­mons.

TSMC, le maître des puces… et les États-Unis

La créa­tion de TSMC – Tai­wan semi­con­duc­tor manu­fac­tu­ring com­pa­gny – a été finan­cée par le gou­ver­ne­ment de Taï­wan, en 1987, avec le concours d’investisseurs par­mi les­quels le Hol­lan­dais Phi­lips. En 1980, les pou­voirs publics de l’île avaient fon­dé UMC – Uni­ted Microe­lec­tro­nics cor­po­ra­tion – qui est aujourd’hui le troi­sième fabri­quant de puces au monde. Dans l’activité de fon­de­rie – la fabri­ca­tion maté­rielle du semi-conduc­teur – , TSMC détient 70 % du mar­ché mon­dial et 90 % de celui des nœuds infé­rieurs à 5 nano­mètres.

L’entreprise est aujourd’hui confron­tée aux limites des res­sources de l’ile – un peu plus grande que la Bre­tagne – en eau, super­fi­cies dis­po­nibles, mais aus­si main d’œuvre. TSMC a construit des usines en Chine, au Japon et aux États-Unis.

Le 15 jan­vier 2026, les États-Unis ont annon­cé la conclu­sion d’un accord avec Taï­wan qui pré­voit le déve­lop­pe­ment mas­sif de la pro­duc­tion de semi-conduc­teurs aux États-Unis en échange d’une baisse des droits de douane sur les pro­duits expor­tés par le pays. L’accord pré­voit des inves­tis­se­ments « d’au moins 250 mil­liards de dol­lars » aux États-Unis par TSMC et d’autres entre­prises de semi-conduc­teurs, selon le secré­taire d’État au com­merce amé­ri­cain, Howard Lut­nick. « Notre objec­tif est d’amener 40 % de la chaîne d’approvisionnement taï­wa­naise en semi-conduc­teurs ici, aux États-Unis », a‑t-il ajou­té dans un entre­tien accor­dé à la chaîne CNBC, cité par le Monde. Un inves­tis­se­ment de 100 mil­liards de dol­lars par TSMC aux États-Unis avait déjà été annon­cé début 2025 venant s’a­jou­ter à ce qui avait déjà été entre­pris.

Conception américaine, fabrication asiatique

Pour pro­duire une puce élec­tro­nique, deux grandes étapes sont néces­saires.

Il faut d’abord la conce­voir. Ce domaine est lar­ge­ment domi­né par quelques socié­tés amé­ri­caines : NVIDIA, Qual­comm, Broad­com et AMD notam­ment. Toutes les puces haut de gamme sont pro­duites sous pro­prié­té intel­lec­tuelle amé­ri­caine.

La seconde étape est celle de la fabri­ca­tion phy­sique. Inter­viennent alors des entre­prises spé­cia­li­sées, les fon­deurs. Le mar­ché mon­dial est domi­né par Taï­wan avec TSMC et UMD, la Corée du Sud avec Sam­sung, et les Etats-Unis avec Intel et Glo­bal­Foun­dries.

En Chine, c’est une filière com­plète qui a été mise en place autour de Hua­wei – télé­phones por­tables – pour déve­lop­per tout à la fois la concep­tion et la fabri­ca­tion avec notam­ment SMIC (Semi­con­duc­tor Manu­fac­tu­ring Inter­na­tio­nal Corp). La Chine tra­vaille sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Elle com­mence ain­si à déve­lop­per des machines litho­gra­phiques par rayon­ne­ment ultra­vio­let extrême, seules sus­cep­tibles d’une finesse de gra­vure infé­rieure à 5 nano­mètres. Une tech­no­lo­gie dont l’entreprise hol­lan­daise ASML est aujourd’hui l’unique déten­trice au monde et qui se refuse à expor­ter ses pro­duits en Chine, sur pres­sions amé­ri­caines.

Nvidia et STMicroelectronics

Nvi­dia, c’est aujourd’hui l’entreprise la plus chère du monde, avec une capi­ta­li­sa­tion bour­sière de l’ordre de 4000 mil­liards de dol­lars. Et c’est à Gre­noble et Crolles qu’elle a pris son envol, à la SGS-Thom­son, l’ancêtre de STMi­croe­lec­tro­nics. Début 1994, s’appuyant sur les usines et le savoir-faire de SGS-Thom­son, Nvi­dia a lan­cé l’activité qui fera d’elle, trente années et plu­sieurs évo­lu­tions tech­no­lo­giques bien négo­ciées plus tard, l’entreprise que l’on connaît aujourd’hui : tous les moteurs d’intelligence arti­fi­cielle uti­lisent des com­po­sants Nvi­dia.

Les semi-conduc­teurs, à la base de l’élec­tro­nique.

FD-SOI ou FinFet ? Le match

Deux tech­no­lo­gies sont majo­ri­tai­re­ment uti­li­sées dans le monde pour la fabri­ca­tion des semi-conduc­teurs.

Fin­Tet – Fin Field-Effect Tran­sis­tor – est le stan­dard des puces les plus per­for­mantes, dont l’entreprise taï­wa­naise TSMC dis­pose du qua­si-mono­pole mon­dial. La finesse de gra­vure des­cend sous les 5 nano­mètres, jusqu’à 2 – un nano­mètre équi­vaut à mil­lio­nième de mil­li­mètre. Ces puces sont uti­li­sées pour les cal­culs les plus gour­mands, dans l’intelligence arti­fi­cielle – l’informatique aug­men­tée – notam­ment.

Le FD-SOI – Ful­ly Deple­ted Sili­con On Insu­la­tor – est une créa­tion… pure­ment gre­no­bloise. SOI, comme Soi­tec. Cette tech­no­lo­gie a vu le jour au Leti, labo­ra­toire du CEA gre­no­blois, inno­va­tion qui a don­né nais­sance à l’entreprise Soi­tec. Cette tech­no­lo­gie ne per­met pas d’aller à des finesses de gra­vure com­pa­rables à celles des puces Fin­Fet, mais elle est plus éco­nome en éner­gie et matières pre­mières. Et ses pos­si­bi­li­tés répondent à une large gamme de besoins, pour des appli­ca­tions moins gour­mandes en cal­culs infor­ma­tiques (objets connec­tés, ges­tion des flux éner­gé­tiques, des bat­te­ries…). STMi­croe­lec­tro­nics pro­duit aujourd’hui des puces à 28 nano­mètres en FD-SOI. L’objectif annon­cé en juillet 2022 était de des­cendre sous les 20 nano­mètres, en par­te­na­riat avec Glo­bal­Foun­dries – qui pro­duit à 22 nano­mètres.

Ce par­te­na­riat était ren­du néces­saire par l’insuffisance du déve­lop­pe­ment de cette tech­no­lo­gie gre­no­bloise. Aujourd’hui, ce sont Sam­sung (Corée du sud) et Glo­bal­Foun­dries (Etats-Unis) qui sont les plus avan­cés dans le déve­lop­pe­ment de la tech­no­lo­gie gre­no­bloise en appro­chant les 10 nano­mètres. Tan­dis que TSMC et Sam­sung res­tent les cham­pions du Fin­Fet.

Ou com­ment la France et l’Europe laissent échap­per les inno­va­tions de rup­ture aux­quelles elles ont don­né nais­sance.

Partager cet article

Avant de partir

Votre soutien compte pour nous

Le Travailleur alpin vit depuis 1928 grâce à l’engagement de ses lecteurs. Aujourd’hui encore, ce média propose un autre regard sur vos espoirs, vos luttes, vos aspirations. Une voix unique dans la presse d’information départementale.

Pour protéger l’indépendance du Travailleur alpin, assurer son développement, vos dons nous sont précieux – nous assurons leur traitement en partenariat avec la fondation l’Humanité en partage.

Merci d’avance.

Faire un don défiscalisé maintenant

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *