Bourgoin-Jallieu. Les communistes célèbrent les 80 ans de la Sécu
Par Didier Gosselin
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« L’exposition, a souligné la secrétaire de section du PCF Frédérique Pénavaire dans son discours d’accueil, retrace notamment les différentes attaques contre la Sécu. Aujourd’hui nous en voyons le résultat à l’œuvre avec le vote du projet de loi de la Sécurité sociale (PLFSS). Vote à l’assemblée qui est le résultat d’autres attaques antérieurs, qui ont conduit à une étatisation, à une confiscation du pouvoir de décision des salariés. Le budget de la Sécu devient un budget comme un autre, avec des objectifs de dépenses décidées par le gouvernement ».
Une attaque en règle contre la plus belle conquête sociale.
Rappelant qu’à l’origine la Sécu était gérée par les salarié·es, qui produisent la richesse permettant de financer la protection sociale, Frédérique Pénavaire a dénoncé « les réformes successives qui ont supprimé les conseils d’administration de la Sécurité sociale » à la faveur « d’un processus continu de transfert du pouvoir au patronat et d’étatisation. (…) Aujourd’hui, a‑t-elle insisté, la Sécurité sociale, qui finance n’a aucun mot à dire, c’est une confiscation démocratique ». Laquelle s’inscrit dans une bataille politique d’ampleur menée depuis les années 1960 par le patronat et les gouvernements successifs visant à remettre en cause les droits garantis par notre système de protection sociale pour faire « main-basse sur les richesses produites par le travail au profit d’une caste d’actionnaires qui s’enrichit ».

Cette question démocratique, dans le cadre d’une reconquête de la Sécurité sociale par celles et ceux qui produisent les richesses, a été au cœur du débat de l’après-midi, auquel ont participé Nicole Grenier-Merico (Commission Santé du PCF), Francis Balay (Alternative Mutualiste) et Pierre Brocard (Union Locale CGT).
Nicole Grenier-Merico a rappelé les grandes étapes de la création de la sécurité sociale en insistant sur le rôle des communistes et de la CGT dans un contexte historique donné, celui de la Libération avec un PCF et une CGT puissants car portés par leur participation à la résistance antinazie, alors que les industriels et les banquiers se sont largement compromis avec l’occupant.

Francis Balay est revenu sur l’origine des mutuelles rappelant que les mutuelles ouvrières avaient été interdites pendant l’occupation alors que la Mutualité française a collaboré avec Vichy. Il a d’emblée placé l’Alternative mutualiste qu’il préside du côté de la Sécu en réaffirmant sa position de défense de la cotisation sociale qui est un salaire différé et qui appartient aux salariés ! « La seule mutuelle qui doit exister, c’est la Sécurité sociale » a souligné avec force Francis Balay. « Lorsque les mutuelles ont été créées c’était pour défendre la Sécurité sociale, mais le constat c’est qu’aujourd’hui la mutualité a été un peu balayé ». Pour autant Francis Balay considère que le personnel des mutuelles de travailleurs est tout à fait apte à intégrer la Sécurité sociale dans le cadre d’une reconquête de cette institution par les salariés et à apporter ses connaissances et compétences notamment dans la prévention où ces mutuelles se sont illustrées (dépistage cancer du sein, amiante etc.).
Les mutuelles pour défendre la sécurité sociale.
L’Alternative mutualiste mène tout un travail d’information et d’éducation populaire sur l’histoire de la Sécu, le rôle de la CGT et du Parti communiste, en participant à des débats comme celui-ci, en finançant par exemple des films comme La Sociale de Gilles Perret et en soutenant des projets comme celui des Fralib. Francis Balay a resitué l’enjeu en insistant sur le mode de financement inventé par les fondateurs communistes, la cotisation prélevée sur les richesses produites, un budget de 680 milliards qui échappent à la prédation du patronat qui n’a que faire de soigner les gens, et sur la gestion démocratique par les assurés eux-mêmes qui a prévalue dès la création et qui a disparue aujourd’hui, à savoir l’élection directe des administrateurs.
Au cours de l’échange il rappellera le rôle néfaste joué par la Mutualité française dans la lutte contre la Sécurité sociale en accompagnant les politiques gouvernementales successives depuis sa compromission avec Vichy jusqu’à l’ouverture de la mutualité aux assurances privées. À ce propos, Francis Balay a rappelé la fameuse phrase de Denis Kessler, l’assureur et ancien vice-président du MEDEF : « Il y a une profonde unité au programme ambitieux du Conseil national de la Résistance. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! (Challenges, 04/10/2007) ». Concernant le nouveau marché des mutuelles communales, Fabrice Balay dénonce l’opacité la plus totale et les mauvaises surprises, à l’instar de la mutuelle Just et de ses accointances avec le Rassemblement national…
Mise en concurrence
Nicole Grenier-Merico rappelle que le projet 100 % Sécu proposé par les communistes ne date pas d’aujourd’hui et que la commission santé du PCF porte ce projet depuis une vingtaine d’années. Il est aujourd’hui d’autant plus pertinent et accessible aux consciences compte-tenu fait que tout le monde peut constater qu’on se dirige vers une prise en charge minimale, et que ça pose problème pour maintenir la santé de tout un chacun. L’idée progresse, précise Nicole Grenier-Merico qui rappelle que ce projet a été élaboré au fil du temps avec les syndicats et les mutuelles.
Il s’agit de reprendre le projet de Sécu aux origines, sachant « qu’en 1945 on n’était pas allé au bout de la démarche, qu’on avait laissé une place à la mutualité pour différentes raisons (…) et que le principe n’était pas celui de la couverture complète sauf pour les affections graves ».
Aujourd’hui, précise-t-elle, les choses se sont aggravées, avec la mise en concurrence via les assurances et la mutualité qui écorne largement le principe de solidarité avec des contrats toujours plus variés et individualisés. C’est le constat de ce recul au niveau de la solidarité, question essentielle, qui appelle la nécessité du 100 % Sécu, insiste Nicole Grenier-Merico. Rejoignant Francis Balay, l’intervenante souligne que les mutuelles n’ont pas su, ou pas pu, échapper aux travers de la mise en concurrence, comme la réduction du bénévolat, les regroupements de mutuelles, la financiarisation (les réserves imposées des mutuelles sont obligatoirement placées sur les marchés financiers) etc., éloignant de fait les mutualistes des instances de décision.
Lorsqu’on dit 100 % Sécu, précise Nicole Grenier-Merico, cela n’a rien à voir avec le 100 % santé de Macron obligeant la participation des mutuelles, donc une augmentation des cotisations… Idem pour le « panier de soins » qui est littéralement limité ; le reste il faudra se le financer…
45 Milliards pour atteindre le 100% Sécu.
De fait, 100 % Sécu, « c’est 100 % sur ce qui est prescrit, sur ce qui est pertinent du point de vue de la qualité de vie des malades, selon les données évolutives de la science, et puis c’est la suppression des dépassements d’honoraires » indique Nicole Grenier-Merico. Si le coût est bien réel du passage à 100%, soit 45 milliards en plus, il est néanmoins finançable. Des économies peuvent être faites sur les médicaments, sur la redondance, sur la financiarisation qui ne sert pas à répondre aux besoins sociaux. « Il faut donc des mesures d’ampleur pour financer la sécurité sociale. On ne peut pas rester à quelque chose de petit, à « il faut faire payer les riches », il faut aller plus loin.
Pour Francis Balay, insistant sur l’héritage du Conseil national de la Résistance et la fierté qu’on doit avoir face à ceux qui se sont compromis dans la collaboration, il faut donc revenir aux trois conditions révolutionnaires : le financement par la cotisation sociale, le retour aux élections et à la caisse unique qui a été explosée en 1967.
Projet de reconquête
Pierre Brocard, de l’union locale CGT de Bourgoin-Jallieu a exprimé l’accord de son syndicat avec le projet de reconquête de la Sécurité sociale, reposant sur les principes suivants : élargissement de la base de calcul des cotisations sociales à toutes formes de revenus et de rémunérations, sur-cotisation pour les entreprises ayant des politiques salariales au rabais, transformation de la CSG en cotisation sociale, création d’une contribution sociale sur tous les revenus financiers, instauration immédiate de l’égalité salariale femme/homme, retour à l’élection des administrateurs de la Sécurité sociale, révision du rapport entre les collèges employeurs et salariés afin que les représentants des salariés redeviennent majoritaires dans les conseils d’administration, renforcement des liens entre les enjeux du travail et de la santé, intégrant la sécurité sociale et la sécurité sociale professionnelle…
Pour Pierre Brocard, et en conclusion, il s’agit de revenir aux principes qui ont guidé la création de la Sécurité sociale : unicité, universalité, solidarité, démocratie.

L’échange qui a suivi avec la salle a montré l’attachement à la Sécu ainsi que la nécessité et l’urgence d’agir pour la reconquérir et lui donner un nouvel élan vers le 100 %. L’initiative s’est terminée dans la convivialité et la discussion autour de l’exposition que la section de Bourgoin-Jallieu tient à la disposition de celles et ceux qui voudraient l’utiliser.



