Grenoble. Près de 200 manifestants en solidarité avec les Iraniens en lutte

Par Manuel Pavard

/

Image principale
Réunis rue Félix-Poulat, les manifestants ont affiché leur solidarité totale avec la lutte des peuples d'Iran contre la dictature théocratique. © Mariano Bona
Près de 200 personnes se sont rassemblées samedi 17 janvier, à l'appel d'associations, syndicats et partis de gauche, pour soutenir la révolte des Iraniens et Iraniennes et dénoncer la répression sanglante de la part du régime des mollahs. Dans leurs prises de parole, les organisateurs ont vivement condamné les crimes de la République islamique, tout en mettant en garde contre les dangers d'une intervention impérialiste.

Exi­lé-es ira­nien-nes, mili­tants aguer­ris, « simples » citoyens… Ils étaient près de deux cents, rue Félix-Pou­lat, à avoir répon­du à l’ap­pel d’un large regrou­pe­ments d’as­so­cia­tions (LDH Iran, LDH Gre­noble, Iran soli­da­ri­tés, Voix d’I­ran, Aiak, AFPS, Amnes­ty Inter­na­tio­nal, Attac, Cisem, Mou­ve­ment de la paix, AFA…), mou­ve­ments fémi­nistes (Femi­nists for Jina…), syn­di­cats (CGT, FSU, Soli­daires, UEG) et par­tis de gauche (PCF, LFI, NPA‑A, Réseau coopé­ra­tif de gauche alter­na­tive, UCL…). Des orga­ni­sa­tions qui, à Gre­noble comme par­tout en France, se mobi­li­saient, same­di 17 jan­vier, pour sou­te­nir le com­bat enga­gé depuis le 28 décembre der­nier par le peuple ira­nien, répri­mé dans le sang par le régime des mol­lahs et les Gar­diens de la révo­lu­tion.

La répres­sion a fait des mil­liers de morts par­mi les mani­fes­tants ira­niens.

Ces mas­sacres auraient fait entre 3 000 et 20 000 morts par­mi les mani­fes­tants, selon les bilans très variables réa­li­sés notam­ment par des ONG — le Guide suprême Ali Kha­me­nei ayant lui-même recon­nu « plu­sieurs mil­liers de morts » dans son allo­cu­tion pro­non­cée le 17 jan­vier. « Un car­nage à huis clos car le régime a cou­pé Inter­net à la popu­la­tion pour la cou­per du reste du monde », a dénon­cé Maria­no Bona (Réseau coopé­ra­tif de gauche alter­na­tive) lors de sa prise de parole.

Des mots et images évo­quant la répres­sion san­glante et à huis clos des mani­fes­ta­tions. © Maria­no Bona

Comme l’a sou­li­gné le mili­tant, « c’est toute la socié­té ira­nienne qui s’est levée contre le pou­voir dic­ta­to­rial ira­nien ». Une révolte mue ini­tia­le­ment par des fac­teurs éco­no­miques, « contre la mal-vie, la pré­ca­ri­té, la misère ». Avant de tour­ner en une véri­table contes­ta­tion poli­tique dénon­çant la cor­rup­tion, les inti­mi­da­tions, les empri­son­ne­ments, les exé­cu­tions mas­sives. Un mou­ve­ment qui s’est éga­le­ment « éten­du à l’ensemble des com­po­santes de la socié­té ira­nienne : femmes, hommes, jeunes, Kurdes, Baloutches, Azé­ris, étu­diants, com­mer­çants, sala­riés, artistes… », a‑t-il insis­té.

« Ni Shah ni mollahs »

« C’est un sou­lè­ve­ment popu­laire mas­sif et pro­fon­dé­ment enra­ci­né dans la réa­li­té du peuple ira­nien », a rap­pe­lé de son côté Auré­lien, de l’As­so­cia­tion isé­roise des amis des Kurdes (Aiak). « Né de la misère, de l’injustice sociale, de la pau­vre­té galo­pante, de l’inflation, de l’effondrement éco­no­mique », celui-ci est « sur­tout le résul­tat de décen­nies de répres­sion poli­tique, sociale et cultu­relle » exer­cée par le régime. Des mobi­li­sa­tions dont « les Kurdes du Roj­hi­lat (Kur­dis­tan d’I­ran) sont plei­ne­ment par­tie pre­nante », aux côtés des autres peuples d’I­ran.

Près de 200 per­sonnes étaient pré­sentes rue Félix-Pou­lat pour écou­ter les prises de parole suc­ces­sives.

Face à un pou­voir aus­si tyran­nique, com­ment réagir ? Dans sa très com­plète inter­ven­tion, Zoh­reh Bahar­mast (LDH) a appe­lé au « ras­sem­ble­ment le plus large » pos­sible, y com­pris donc en incluant les monar­chistes. Sujet qui fait débat au sein des orga­ni­sa­tions repré­sen­tées. Bien que peu nom­breux, les par­ti­sans de Reza Pah­la­vi, le fils aîné du Shah — ren­ver­sé par la révo­lu­tion de 1979 — exi­lé aux États-Unis, étaient néan­moins pré­sents, bran­dis­sant le dra­peau de l’an­cien régime ira­nien. Mais les orga­ni­sa­teurs ont veillé à ce qu’ils n’ac­cèdent pas au micro.

Zoh­reh Bahar­mast, exi­lée ira­nienne et pré­si­dente de la sec­tion gre­no­bloise de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) au micro.

« Face à une cam­pagne per­ni­cieuse, nous affir­mons que la solu­tion n’est ni le retour au régime du Shah ni une inter­ven­tion étran­gère », a en effet lan­cé Maria­no Bona. « Nous n’oublions pas ce que fut le régime du Shah d’Iran qui fut ren­ver­sé à bon droit. Nous n’oublions pas la Savak [NDLR : la redou­table et redou­tée police secrète ira­nienne à l’é­poque du Shah], la tor­ture, les assas­si­nats, les inéga­li­tés mas­sives, la cor­rup­tion », a‑t-il ajou­té. En somme, résume un slo­gan scan­dé à plu­sieurs reprises ce same­di après-midi : « Ni Shah ni mol­lahs ! »

Le régime iranien n’est en rien un allié

Le mili­tant a en outre mis en garde, à l’ins­tar de plu­sieurs autres ora­teurs, contre les récentes menaces agi­tées par Donald Trump, avec le sou­tien de Benya­min Neta­nya­hou. « Il n’y a rien de bon non plus à attendre d’une inter­ven­tion impé­ria­liste des USA ou d’Israël, tou­jours syno­nyme d’oppression des peuples et de mal­heur », a‑t-il affir­mé, poin­tant éga­le­ment le rôle trouble de la Tur­quie.

Pre­nant elle aus­si la parole, Anne Tuaillon, pré­si­dente de l’AFPS, a fait le lien entre les com­bats menés par les peuples pales­ti­nien et ira­nien. Elle a ain­si expli­qué que le peuple pales­ti­nien n’a pas besoin de l’aide d’un régime san­gui­naire comme celui qui sévit actuel­le­ment en Iran, lequel n’est en rien un allié — pour les peuples oppri­més comme pour les pro­gres­sistes. Une posi­tion bien­ve­nue, qui tranche avec les dis­cours cam­pistes que l’on peut mal­heu­reu­se­ment entendre dans cer­tains pans de la gauche et des milieux anti-impé­ria­listes.

« Femme, vie, liber­té », le cri de ral­lie­ment des Ira­niens et Ira­niennes en lutte depuis le mou­ve­ment de 2022.

« Depuis l’assassinat de Jîna Mah­sa Ami­ni, jusqu’aux grèves et aux mobi­li­sa­tions de ces der­niers jours, un même cri tra­verse tout l’Iran : ‘Jin, Jiyan, Aza­dî’ (Femme, vie, liber­té) », a salué Auré­lien. Et le mili­tant d’Aiak de conclure : « Ce slo­gan n’est pas qu’un mot d’ordre. C’est un pro­jet de socié­té, un hori­zon d’émancipation, un appel uni­ver­sel à la digni­té humaine. Nous ne pou­vons pas res­ter sourds. Nous ne pou­vons pas res­ter silen­cieux. »

Partager cet article

Avant de partir

Votre soutien compte pour nous

Le Travailleur alpin vit depuis 1928 grâce à l’engagement de ses lecteurs. Aujourd’hui encore, ce média propose un autre regard sur vos espoirs, vos luttes, vos aspirations. Une voix unique dans la presse d’information départementale.

Pour protéger l’indépendance du Travailleur alpin, assurer son développement, vos dons nous sont précieux – nous assurons leur traitement en partenariat avec la fondation l’Humanité en partage.

Merci d’avance.

Faire un don défiscalisé maintenant

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *