Grenoble. Vérité et justice pour les six victimes kurdes assassinées à Paris
Par Maryvonne Mathéoud
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Il y a treize ans, le 9 janvier 2013, Sakine Cansiz, cofondatrice du PKK, Fidan Dogan, responsable du Conseil démocratique kurde en France (CDK‑F), et Leyla Saylemez, responsable de la jeunesse kurde, étaient assassinées au Centre culturel kurde Ahmet-Kaya, rue d’Enghien, à Paris .
L’assassin présumé est décédé avant son procès, mais différents éléments indiquent que le service de renseignements turc, le MIT, est impliqué dans cet assassinat. Grâce à la persévérance des familles des trois victimes, le dossier du triple meurtre a pu être réouvert en 2019 pour « complicité d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste et d’association de malfaiteurs terroriste criminelle ». La justice française a du mal à avancer, des pièces essentielles étant classées « secret défense ».
Deux triples meurtres à dix ans d’écart
Malheureusement, un nouveau crime va frapper des militants kurdes à Paris, presque dix ans plus tard. Le 23 décembre 2022, Mîr Perwer, chanteur et réfugié politique kurde, Abdulrahman Kizil, réfugié politique kurde, vieil habitué du Centre culturel Ahmet-Kaya, et Emine Kara, responsable du mouvement de femmes kurdes en France qui avait combattu et milité durant trente ans dans les quatre parties du Kurdistan (en Turquie, Irak, Syrie et Iran), étaient à leur tour assassinés.

Les autorités françaises ont pourtant retenu la thèse d’un acte raciste isolé, et non la thèse d’un attentat politique organisé. Cela interroge fortement alors que l’assassin a été déposé par une voiture devant le centre culturel, et que les victimes sont des réfugiés politiques kurdes et une responsable internationale du mouvement kurde.
« Nous réclamons la vérité et la justice, la levée du secret défense dans l’enquête de ces assassinats politiques pour pouvoir faire la pleine lumière sur ces crimes ; l’arrêt des mesures d’intimidation et de répression contre les militant.es kurdes opposants au président turc Recep Tayyip Erdoğan », a lancé Mariano Bona, co-responsable de l’Association iséroise des amis des Kurdes (Aiak), lors du rassemblement commémoratif annuel organisé à Grenoble.
Le Rojava menacé
Puis les différentes organisations appelant au rassemblement ont évoqué l’avenir préoccupant pour la Syrie et la région : interventions armées de la Turquie et d’Israël, populations alaouite et druze victimes de massacres commis par l’Armée nationale syrienne (ANS) et une partie des forces gouvernementales, agressions de Daech, quartiers kurdes d’Alep bombardés par les forces militaires relevant du gouvernement de Damas…
Le Rojava (administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie) est menacé. Pourtant c’est un acquis démocratique précieux pour l’avenir de la Syrie. Après avoir combattu et vaincu l’État islamique en 2015, notamment à Kobané, les combattantes et combattants du Rojava ont en effet mis en place sur le territoire libéré une société démocratique, multiethnique, féministe, où les femmes et les hommes sont à parité à tous les niveaux (conseil municipal, administration, armée…), où toutes les personnes vivent à égalité de droits, quelle que soit leur appartenance culturelle, leur langue, leur religion. L’expérience démocratique du Rojava est sans pareille dans tout le Moyen-Orient.

Dans un communiqué, le CDK‑F indique que, depuis plusieurs jours, les quartiers kurdes de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh, à Alep, sont la cible d’attaques militaires intensifiées menées par les forces armées de Damas. Déjà soumis à un blocus sévère, ces quartiers densément peuplés, majoritairement habités par des civils et des personnes déplacées, subissent désormais des bombardements lourds et indiscriminés. Selon l’organisation, ces attaques s’inscrivent dans une logique de punition collective et de mise sous pression d’une population civile, au mépris total du droit international humanitaire.
Appel à la France pour sauver les Kurdes d’Alep
Cette escalade intervient alors même que des discussions politiques sont en cours sur l’avenir de la Syrie et sur les modalités d’une solution durable et inclusive. Face à cette situation, la France ne peut rester silencieuse. En tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, puissance diplomatique majeure et acteur engagé dans la lutte contre le terrorisme en Syrie, la France a une responsabilité politique et morale particulière.
Le CDK‑F appelle les autorités françaises à condamner publiquement et sans ambiguïté les attaques visant les civils à Alep ; agir diplomatiquement pour obtenir l’arrêt immédiat des bombardements et la levée du blocus imposé aux quartiers concernés ; soutenir l’ouverture de corridors humanitaires afin de permettre l’accès aux secours et aux soins ; œuvrer activement, dans les enceintes internationales, à une solution politique fondée sur le dialogue, le respect des droits des peuples et la protection des populations civiles.
Le peuple syrien a trop souffert de la guerre. Les civils kurdes d’Alep, comme l’ensemble des composantes du pays, ont droit à la sécurité, à la dignité et à la paix. Le Conseil démocratique kurde en France restera mobilisé et appelle l’ensemble des forces démocratiques, humanitaires et politiques en France à se saisir de cette urgence.


