MC2 — Grenoble – Les sœurs Hilton, de Valérie Lesort et Christian Hecq. Un cadeau !

Par Régine Hausermann

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© Fabrice Robin
Jeudi 13 novembre 2025 – Première des deux représentations offertes au public grenoblois par le couple d’artistes Valérie Lesort et Christian Hecq dont la mission est de « traquer l’ennui ». Leur sujet, la destinée tragique des sœurs siamoises anglaises, Daisy et Violet Hilton (1908-1969), nées à Brighton et devenues monstres de foire et de cabaret aux Etats-Unis. Pourtant, on rit beaucoup, on est ému, on applaudit à la fin de presque chaque tableau tant l’inventivité pétille et tant l’empathie pour les « monstres », les « freaks » domine.

La scène de l’accouchement ouvre le spec­tacle devant l’entrée d’un lieu de plai­sir. Rodolphe Pou­lain – au gaba­rit impo­sant — dans le rôle de la par­tu­riente en cos­tume de strip­tea­seuse, implore le secours de sa patronne — sage-femme à ses heures – au gaba­rit plus modeste, en robe rouge, inter­pré­tée par Chris­tian Heck qui nous régale d’un jeu outré, trans­for­mant son corps en marion­nette vivante. L’accouchement est trai­té en théâtre d’ombre et donne lieu à de nom­breux effets comiques qui ne s’embarrassent pas de bien­séance ! Enfin des pleurs se font entendre. Stu­peur ! Deux fillettes appa­raissent. Des jumelles ! Mais non, elles sont liées au niveau de la colonne ver­té­brale : des « monstres » ! des sia­moises !

Chris­tian Hecq dans le rôle de la Tan­tine. © Fabrice Robin

La mère annonce qu’elle ne veut pas de ces créa­tures. Immé­dia­te­ment, Mary Hil­ton la sage-femme y voit une aubaine et les adopte. Deve­nue leur Tan­tine, elle élève les filles pour pou­voir les exhi­ber dans les foires dès l’âge de trois ans, moyen­nant quelques pen­nies.

© Fabrice Robin

Elle les fait édu­quer, leur apprend la danse et le chant. Leur des­tin est tra­cé, d’autant qu’elles deviennent de très jolies jeunes filles. L’Amérique les attend. En ce début de 20ème siècle, les cirques iti­né­rants sont nom­breux. Elles partent en tour­née, sont invi­tées à Broad­way. Le suc­cès est énorme. En 1932, elles jouent leur propre rôle dans le film Freaks de Tod Brow­ning.

D’abord tenues à l’écart du public qui ne peut les voir qu’en payant, leur noto­rié­té et leur pro­gram­ma­tion, leur font décou­vrir les autres. D’autres « monstres » comme elles : l’homme-tronc, Her­cule de foire, et même Hou­di­ni le magi­cien qui leur apprend à se « sépa­rer » men­ta­le­ment, alias Rodolphe Pou­lain ; le péto­mane alias Chris­tian Hecq.

Valé­rie Lesort et Céline Mil­liat-Baum­gart­ner changent de voix, de mimique, de robes, au cours des presque deux heures que durent le spec­tacle. Vient l’époque des pre­mières amours. Vio­let est amou­reuse de Mau­rice. Couple impos­sible ! Beau moment de poé­sie où Mau­rice (Chris­tian Hecq) lui déclare son amour. Les sœurs découvrent aus­si le terme « exploi­ta­tion » car elles sont com­plè­te­ment sous la coupe de leur Tan­tine.

Deux hommes, deux femmes, deux duos éblouis­sants, com­plé­tés au niveau musi­cal par le pia­niste Renaud Crols, per­ché au-des­sus des rideaux de l’entrée, quel­que­fois rejoint par les deux comé­diens pour des airs de jazz, de swing, de char­les­ton sou­vent accom­pa­gnés par les pas de danse des deux sœurs. Les tableaux se suc­cèdent au rythme de la musique et des gags. Le public vibre. Si le dia­logue et les situa­tions évoquent aus­si les souf­frances et les dif­fi­cul­tés psy­cho­lo­giques et sociales des deux jeunes femmes, c’est la joie qui domine, dans un décor de cirque, de fête foraine, de comé­die musi­cale ou de caba­ret. D’autant qu’elles ont gagné leur indé­pen­dance juri­dique et finan­cière.

© Fabrice Robin

Mais le suc­cès s’émousse avec l’arrivée du ciné­ma par­lant et les sœurs en sont réduites à s’exhiber dans une boîte de strip-tease. Puis elles en sont réduites à tra­vailler dans une épi­ce­rie. Tableau où on les voit accom­plir des gestes méca­niques, har­ce­lées par la voix impa­tiente de leur patronne. Jan­vier 1969, elles suc­combent à la grippe de Hong-Kong, Vio­let sur­vi­vant de trois jours à Dai­sy. Der­nier tableau émou­vant.

Valé­rie Lesort a écrit les dia­logues. Chris­tian Heck (de la Comé­die fran­çaise) en a assu­ré la mise en scène. A cinq, ils recréent sur scène un monde en s’inspirant du sur­réa­lisme et du bur­lesque. Sans oublier les technicien·nes du son, de la lumière, du maquillage et du cos­tume qui sont six à venir saluer à la fin de la repré­sen­ta­tion. Un splen­dide tra­vail artis­tique où les indi­vi­dua­li­tés se nour­rissent du col­lec­tif.

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