Seyssins. La justice suspend la réquisition des salariés de la clinique du Dauphiné

Par Manuel Pavard

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La CGT santé et action sociale appelait à un rassemblement solidaire devant la clinique du Dauphiné, samedi 16 novembre, pour soutenir les salariés en lutte. © Maryvonne Mathéoud
Saisi en référé par les salariés de la clinique du Dauphiné, à Seyssins, le tribunal administratif de Grenoble a suspendu, samedi 16 novembre, l'exécution de l'arrêté préfectoral de réquisition du personnel. Celui-ci permettait de réquisitionner des infirmiers et aides-soignants durant le mouvement de grève débuté lundi 11 novembre. Une atteinte au droit de grève, selon les requérants, qui savourent cette première victoire et poursuivent leur mobilisation.

Laure Drillat, délé­guée CGT à la cli­nique du Dau­phi­né, ne cachait ni sa joie ni son sou­la­ge­ment à l’é­non­cé du juge­ment, ce same­di 16 novembre, en fin d’a­près-midi. Le tri­bu­nal admi­nis­tra­tif de Gre­noble venait alors de rendre sa déci­sion, quelques heures après l’au­dience devant la juge des réfé­rés, sai­sie par les sala­riés gré­vistes. Et c’est autant une vic­toire pour les requé­rants qu’un réel camou­flet pour la pré­fec­ture de l’I­sère et la direc­tion de l’é­ta­blis­se­ment.

Des sala­riés de la cli­nique du Dau­phi­né réunis sur le piquet de grève, aux côtés de patients et familles, same­di 16 novembre, à Seys­sins. © Mary­vonne Mathéoud

« L’exécution de l’arrêté du 14 novembre 2024 por­tant réqui­si­tion de per­son­nels est sus­pen­due », ordonne en effet le tri­bu­nal. Avec cet arrê­té, rap­pelle-t-il dans son juge­ment, le pré­fet par inté­rim avait « réqui­si­tion­né sept per­son­nels infir­miers et quatre aides-soi­gnants pour assu­rer la conti­nui­té des soins dans le cadre d’un mou­ve­ment de grève ». Lequel avait débu­té le 11 novembre au soir avec une très forte mobi­li­sa­tion (plus de 95 % de gré­vistes).

Pour les sala­riés de la cli­nique psy­chia­trique, il s’a­gis­sait d’une grave atteinte au droit de grève. Un « droit consti­tu­tion­nel qui pré­sente le carac­tère d’une liber­té fon­da­men­tale », ont-ils sou­li­gné, par la voix de leur avo­cat Me Pierre Janot. Dès lors, la « condi­tion d’ur­gence » était bel et bien rem­plie, jus­ti­fiant ain­si ce recours en réfé­ré, selon eux.

Une décision visant les réquisitions à venir et celles passées

Les requé­rants ont éga­le­ment bat­tu en brèche les motifs invo­qués dans l’ar­rê­té pré­fec­to­ral de réqui­si­tion. « Il ne peut être por­té atteinte à ce droit pour assu­rer la conti­nui­té des soins qu’en l’absence de mesures alter­na­tives ; or, quatre éta­blis­se­ments sont en mesure d’accueillir les patients », ont-ils sou­te­nu devant la juge.

Me Pierre Janot, avo­cat des sala­riés, avant de plai­der devant le tri­bu­nal admi­nis­tra­tif. DR

Le pré­fet a par ailleurs « rete­nu que le per­son­nel gré­viste blo­quait l’accès à l’établissement des per­son­nels mis à dis­po­si­tion par le groupe Emeis » (ancien­ne­ment Orpea), rap­porte le tri­bu­nal. C’é­tait même « l’ar­gu­ment prin­ci­pal » de la par­tie adverse, estime Laure Drillat. « On nous accu­sait de ne pas lais­ser entrer les gens, ce qui était faux », assure-t-elle, insis­tant sur les failles du dis­po­si­tif de réqui­si­tion. Une mesure cen­sée s’ap­pli­quer seule­ment « en der­nier recours » et pour laquelle les sala­riés n’ont « pas été aver­tis », affirme la délé­guée syn­di­cale.

Concrè­te­ment, se féli­cite Laure Drillat, la déci­sion du tri­bu­nal admi­nis­tra­tif « annule toutes les réqui­si­tions à venir et déclare caduques celles qui sont pas­sées » — sachant qu’en réa­li­té, une seule per­sonne réqui­si­tion­née est venue tra­vailler. L’É­tat est en outre condam­né à ver­ser à l’en­semble des requé­rants « une somme glo­bale de 1 500 euros au titre des dis­po­si­tions de l’ar­ticle L. 761–1 du code de jus­tice admi­nis­tra­tive » (pour les frais de jus­tice), est-il indi­qué dans le juge­ment.

Phi­lippe Pou­tou aux côtés des sala­riés en grève

Les sala­riés de la cli­nique du Dau­phi­né ont reçu la visite de Phi­lippe Pou­tou sur le piquet de grève, ce lun­di 18 novembre. Venu sou­te­nir les sala­riés gré­vistes de Ven­co­rex, devant la pla­te­forme chi­mique de Pont-de-Claix, en fin d’a­près-midi, le porte-parole du NPA-l’An­ti­ca­pi­ta­liste s’est ensuite ren­du à Seys­sins pour ren­con­trer les soi­gnants en lutte.

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