Boucheries Despi. Les salariés revendiquent une augmentation des salaires

Par Luc Renaud

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L'appel à la grève a été lancé le 15 août, un samedi à forte fréquentation pour les boucheries Despi.
Une grève suivie à 70 % le 15 août dernier, des mouvements annoncés par la CGT jusqu’à la fin de l’année, les boucheries Despi connaissent un fort mouvement social. La société Despinasse diffusion viande gère notamment les boucheries des magasins Grand frais – trois cents établissements dont onze en Isère.

Un chiffre. « Quand j’ai été embau­ché, en octobre 2017, nous étions dix bou­chers pour un chiffre d’affaires de 40 000 euros par mois ; aujourd’hui, nous sommes sept, pour un chiffre de 55 à 60000 euros », témoigne Jean-Michel Gat­ta, délé­gué CGT. Une crois­sance du chiffre de l’ordre de 40 %, avec une infla­tion sur la période de 21,31 %… et une dimi­nu­tion d’un tiers du nombre de sala­riés employés.

On com­prend dans ces condi­tions que la charge de tra­vail aug­mente. De même que les divi­dendes ver­sés aux action­naires, majo­ri­tai­re­ment à la famille Des­pi­nasse – qui compte par­mi les grandes for­tunes de France – : la CGT a cal­cu­lé que « les 116 mil­lions d’euros ver­sés aux action­naires ces trois der­nières années […] cor­res­pondent à une ponc­tion de plus de 19 000 € par sala­rié et par an. » Le syn­di­cat en tire une conclu­sion : « Il y a lar­ge­ment de quoi satis­faire nos reven­di­ca­tions ».

Jean-Michel Gat­ta, délé­gué CGT des bou­che­ries Des­pi en Isère.

Une prise de posi­tion qui semble par­ta­gée par les quelque deux mille sala­riés et appren­tis que comptent les bou­che­ries Des­pi dans les trois cents étals du pays. Le 15 août der­nier, ils étaient appe­lés à la grève. 70 % d’entre eux ont pris part au mou­ve­ment. Plu­sieurs éta­blis­se­ments ont comp­té 100 % de gré­vistes, comme la bou­che­rie Des­pi de Grand frais, à Crolles.

Une technicité et une pénibilité en manque de reconnaissance

Les reven­di­ca­tions, ce sont notam­ment une aug­men­ta­tion des salaires, recon­nais­sant tout à la fois la péni­bi­li­té et les tech­ni­ci­té du métier de bou­cher d’aujourd’hui. « Nos salaires, même si c’est dif­fi­cile à esti­mer tant les condi­tions sont variables en fonc­tion des maga­sins et des postes de tra­vail, c’est de l’ordre de 1600 euros nets par mois », pré­cise Jean-Michel Gat­ta. Un peu plus que le SMIC – 1 477,93 net men­suels depuis le 1er juin der­nier –, mais loin des réa­li­tés du métier. « Nous tra­vaillons dans les chambres froides, nous por­tons du poids, nous avons la res­pon­sa­bi­li­té des normes d’hygiène et de tra­ça­bi­li­té, nous met­tons en œuvre des tech­niques de découpes et de pré­sen­ta­tion… » Jean-Michel Gat­ta ajoute immé­dia­te­ment que « ça fait par­tie du jeu, du métier, mais ça doit être recon­nu », comme doivent l’être l’augmentation des charges de tra­vail appa­rues ces der­nières années avec l’orientation choi­sie du « tra­vail arti­sa­nal » dans la pré­pa­ra­tion des viandes. « Pour les bro­chettes, par exemple, nous décou­pons les viandes et les légumes, nous les mari­nons, nous les fabri­quons… on est loin des pro­cé­dés indus­triels d’il y a une dizaine d’années et c’est tant mieux ».

A Crolles, la grève a été sui­vie à 100%.

Ce que demande la CGT, c’est dont une aug­men­ta­tion géné­rale des salaires de 5 % pour rat­tra­per une par­tie du pou­voir d’achat per­du – la direc­tion vou­drait s’en tenir à l’augmentation pré­vue par la conven­tion col­lec­tive de 1,5 % tan­dis que le SMIC a aug­men­té de 2,41 % au 1er juin.

Mais le syn­di­cat met aus­si en avant la dégra­da­tion de la san­té des sala­riés qu’il estime due à la dégra­da­tion des condi­tions de tra­vail. « Nous sommes par­tout en sous-effec­tifs, insiste Jean-Michel Gat­ta, par le pas­sé, nous avions des inap­ti­tudes au tra­vail consta­tées à par­tir de 55 ans ; aujourd’hui, ça arrive à 40 ans, voire moins. »

La CGT pré­vient : « en l’absence d’avancées et de réponses satis­fai­santes de la direc­tion, […] des actions sont pré­vues dans les pro­chains mois et un appel à la grève est renou­ve­lé jusqu’au 31 décembre 2026. »

Ce 15 août, une mobi­li­sa­tion visible.
Un fonds amé­ri­cain a pris le contrôle de Grand frais

Les bou­che­ries Des­pi consti­tuent l’un des trois piliers des maga­sins que l’on connaît sous la ban­nière « Grand frais » – tout en étant pré­sentes sous d’autres enseignes. Des « mar­chés cou­verts » que l’on trouve dans trois cents com­munes du pays dont onze en Isère (Crolles, Echi­rolles, Salaise-sur-Sanne, Voi­ron, Bour­goin…)

Des­pi, ce sont les étals de viande, la dis­tri­bu­tion ali­men­taire fraîche est gérée par la socié­té Pro­sol, tan­dis que l’épicerie est un sec­teur dévo­lu à Euro Eth­nic Foods – trois affaires au départ fami­liales.

En décembre der­nier, Pro­sol a chan­gé de mains – une opé­ra­tion à quatre mil­liards d’euros. C’est désor­mais le fonds de pen­sion amé­ri­cain Apol­lo qui détient 70 % des actions de la socié­té. Apol­lo n’est pas incon­nu en France. Le fonds est déten­teur d’actions de l’équipementier aéro­nau­tique Laté­coère, il a échan­gé une par­tie des dettes de Val­lou­rec contre des actions ensuite reven­dues à Arce­lor-Mit­tal pour près d’un mil­liard d’euros, il est encore actif dans des mon­tages finan­ciers avec Air France, EDF ou Tota­lE­ner­gie. Il était l’actionnaire de réfé­rence de Kem one dans la chi­mie lyon­naise depuis 2021 avant de s’en reti­rer en juin der­nier.

L’annonce de cet accord avec le fonds amé­ri­cain indique que vingt-cinq nou­veaux maga­sins Grand frais pour­raient ouvrir d’ici l’année pro­chaine, sur des sites de maga­sins Gifi, comme à Pont-de-Beau­voi­sin.

Pro­sol n’est pas seul concer­né dans ces évo­lu­tions des péri­mètres de pro­prié­tés du capi­tal. En juin 2024, la famille Des­pi­nasse avait mis en vente les bou­che­ries Des­pi. Le pro­jet a depuis été aban­don­né. Reste aujourd’hui à savoir si l’arrivée du fonds amé­ri­cain en posi­tion domi­nante au sein de la struc­ture de Grand frais ne va pas rebattre les cartes.

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