Laurence Ruffin élue officiellement maire de Grenoble lors d’un premier conseil houleux
Par Manuel Pavard
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Laurence Ruffin (Oui Grenoble), trente-trois voix ; Allan Brunon (LFI), treize ; Nathalie Béranger (LR), douze… Sans oublier un bulletin blanc — issu par déduction des rangs de la droite. Le doyen présidant jusque-là ce conseil municipal d’installation égrène les résultats, mettant fin au (très) maigre suspense. Déjà choisie par les électeurs grenoblois dimanche 22 mars, avec 56,59 % des suffrages, contre 43,41 % à Alain Carignon, la candidate de l’union de la gauche écologiste et citoyenne est cette fois élue par le nouveau conseil. Laurence Ruffin est donc officiellement désignée maire de Grenoble ce vendredi 27 mars.

« La première femme à occuper cette fonction, après cinquante maires hommes », s’est félicitée la nouvelle édile, ceinte de l’écharpe tricolore que venait de lui remettre un Éric Piolle très ému. Il s’agit pour elle d’un « engagement supplémentaire, celui de faire progresser l’égalité », a‑t-elle affirmé, chaudement applaudie par plus de la moitié de la salle.
« Je serai une maire à l’écoute et une maire exigeante »
« Consciente de la responsabilité particulière » qui est la sienne, Laurence Ruffin a rappelé, dans ce premier discours, son leitmotiv : agir pour « améliorer la vie des habitants ». Pour cela, a‑t-elle expliqué, « nous avons un cap clair : coopérer, protéger, inventer ». Et la maire de citer quelques mesures et objectifs correspondant à chacun des trois termes. Elle a ainsi évoqué, pêle-mêle, l’ouverture des référendums citoyens à partir de 16 ans, la participation des habitants aux projets de leur quartier, le développement du logement social, la lutte contre la spéculation immobilière, l’investissement dans les services de proximité, l’accès à une alimentation de qualité ou encore la végétalisation.

« Je serai une maire à l’écoute et une maire exigeante », a également promis Laurence Ruffin en concluant sa prise de parole. Intervention qui avait commencé notamment par un message sous forme de rappel à l’ordre, adressé aux conseillers municipaux : « La campagne est derrière nous. Je veux que dans cette assemblée, nous puissions travailler ensemble et nous respecter, même si nous ne sommes pas d’accord. Au sein de cette institution, nous sommes toutes et tous au service des Grenoblois. » À bon entendeur…

De fait, cette première séance a longtemps rappelé les pires heures des conseils municipaux de la dernière mandature, avec ces interminables séquences de ping-pong verbal entre Éric Piolle et Alain Carignon. Pourtant, aucun des deux anciens maires de Grenoble ne siège encore sur ces bancs. L’écologiste a choisi de céder la place après deux mandats tandis que le leader historique de la droite grenobloise a annoncé sa démission et son retrait de la vie politique locale, au lendemain de sa défaite au second tour. Mais les passes d’armes ont cette fois opposé les deux groupes d’opposition — droite et LFI — qui se sont répondu par invectives interposées.
Mauvais perdants
Ralliés à la liste Oui Grenoble au second tour, à l’issue d’une fusion « technique » visant à constituer « un front antiraciste ample », les insoumis ont repris depuis leur indépendance, siégeant comme prévu dans l’opposition. Une « opposition exigeante », qui « ne reculera pas face aux injustices » et défendra les Grenoblois, les jeunes, les habitants des quartiers populaires, a promis Allan Brunon dans un discours offensif. Une intervention au cours de laquelle le candidat LFI n’a pas ménagé l’ex-municipalité Piolle, mais a surtout vivement attaqué la droite, taclant Alain Carignon et ses acolytes « corrompus » et « violents ».

Les élus du groupe divers droite, de Nathalie Béranger à Clément Chappet en passant par Émilie Chalas, lui ont sans surprise répondu sur le même ton. Mais ces derniers se sont également distingués par leurs propos de mauvais perdants, faisant le procès en légitimité de Laurence Ruffin qu’ils ont quasiment accusée d’avoir usurpé son fauteuil de maire. En cause selon eux, l’accord conclu entre sa liste et celle de la France insoumise.

Oubliant visiblement l’écart de plus de treize points en leur défaveur, certains conseillers municipaux du groupe d’opposition de droite osaient même se faire passer pour les vainqueurs légitimes du scrutin. Heureusement que le ridicule ne tue pas…
Abdelwaheb Kismoune désigné premier adjoint
« Nos collègues de Reconcilier Grenoble [NDLR : le groupe divers droite] feraient mieux de se focaliser sur les politiques publiques et les politiques d’intérêt général au service des Grenoblois », a rétorqué Alan Confesson, colistier de Laurence Ruffin, soulignant que « la fusion avec la France insoumise [avait] été validée dans les urnes », par les électeurs. Celui qui se présente toujours comme un « insoumis unitaire » a en outre vanté la victoire au second tour de « la liste la mieux élue de toute l’histoire de la Ve République pour des municipales à Grenoble ».

Après trois heures de débats houleux, souvent hors-sujet par rapport aux délibérations figurant à l’ordre du jour, le conseil municipal s’est conclu par le vote de la liste des 21 adjoints et adjointes (cf noms en encadré). On connait déjà, parmi eux, le premier adjoint de Laurence Ruffin : Abdelwaheb Kismoune, assistant médical de 61 ans, ancien dirigeant d’un club de football amateur et d’une MJC, issu de la société civile. Les différentes délégations des élus seront, elles, connues la semaine prochaine.

Les vingt-et-un adjoint-es
- Abdelwaheb KISMOUNE (premier adjoint)
- Amandine GERMAIN
- Alexis MONGE
- Léonie MARCOUX
- Mehdi TADJINE
- Chloé PANTEL
- Luis BELTRAN-LOPEZ
- Cécile CENATIEMPO
- Gaëtan MONOT
- Isabelle PETERS
- Gilles NAMUR
- Kheira CAPDEPON
- Olivier BERTRAND
- Sandra KRIEF
- Nicolas KADA
- Céline DESLATTES
- Antoine BACK
- Michelle SY
- Vincent BERLANDIS
- Meriem NAILI
- Lény MOULIN


