Fontaine. La police municipale à l’origine d’une série de dérapages ?

Par Edouard Schoene

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Banderole déployée à Fontaine lors du mouvement "Bloquons tout" du 10 septembre 2025.
Le 30 août 2025, la police municipale de Fontaine a contrôlé une militante qui s’apprêtait à déployer une banderole dans un espace public, appelant à manifester le 10 septembre pour le mouvement "Bloquons tout". Quarante-huit heures plus tard, cette dernière, enseignante au lycée Pablo-Neruda à Saint-Martin-d’Hères, a été convoquée par le proviseur. Contacté par la police pour les faits survenus à Fontaine, il lui demandait des explications. Mais quid de la légalité ?

Ces évé­ne­ments ont eu un fort reten­tis­se­ment dans le réseau mili­tant fon­tai­nois et même au-delà. Avec une inter­ro­ga­tion majeure : com­ment l’information a‑t-elle été trans­mise par la police muni­ci­pale ou sa tutelle, l’adjoint ou le maire, aux auto­ri­tés (rec­to­rat ou/et police natio­nale) ?

Le Tra­vailleur alpin a sol­li­ci­té à plu­sieurs reprises le maire de Fon­taine ain­si que Gérard Tar­dy, adjoint en charge de la sécu­ri­té et de la tran­quilli­té publique. Franck Lon­go a décli­né les trois demandes de ren­dez-vous. De son côté, Gérard Tar­dy a expri­mé ora­le­ment, plu­sieurs fois, qu’il allait se ren­sei­gner et don­ner son point de vue.

Mais ce der­nier n’a four­ni aucune réponse à la ques­tion sui­vante : « Qui a infor­mé rec­to­rat ou/et police ? » L’élu n’a néan­moins pas caché son aga­ce­ment. « La per­sonne que la police a inter­pel­lée a mis cette ban­de­role sur son bal­con, c’est inad­mis­sible », a‑t-il assé­né.
Après avoir adres­sé une demande de ren­dez-vous – res­tée à ce stade sans réponse — au pro­vi­seur du lycée Pablo-Neru­da, le Tra­vailleur alpin a sai­si une oppor­tu­ni­té. À savoir la pré­sence, le 4 mars, à une réunion publique de Jean-Paul Tro­ve­ro, de Jean-Claude Borel-Garin, ancien contrô­leur géné­ral de la police, ex-direc­teur dépar­te­men­tal de la sécu­ri­té publique (DDSP) de l’Isère, et ancien numé­ro 2 du Raid.

« Une faute professionnelle »

Ques­tion du média local : « Le 30 août der­nier, dans l’agglo, une femme a été arrê­tée par la police muni­ci­pale. Elle s’apprêtait à déve­lop­per une ban­de­role de papier appe­lant aux ras­sem­ble­ments du mou­ve­ment ‘Blo­quons tout’. Trois poli­ciers l’ont enca­drée, effec­tuant un contrôle d’identité. Le mar­di sui­vant, elle a été convo­quée, à la pre­mière heure, par le pro­vi­seur du lycée où elle enseigne. Celui-ci lui a signa­lé avoir été infor­mé par la police de ses agis­se­ments du dimanche soir. Est-ce légal que la police muni­ci­pale alerte la police natio­nale et/ou le rec­to­rat après un tel contrôle d’identité ? »

Avant le départ de la mani­fes­ta­tion du 10 sep­tembre, dans le cadre du mou­ve­ment « Blo­quons tout ».

Réponse de l’ancien « super flic » gre­no­blois : « La police muni­ci­pale inter­vient sur des infrac­tions. Mais dans ce que vous avez énon­cé, il n’y a pas d’infraction. La per­sonne inter­pel­lée allait col­ler, donc l’infraction n’avait pas été com­mise. Si l’affiche avait été col­lée, il aurait pu y avoir une contra­ven­tion. L’officier de police judi­ciaire de la ville pour­rait ren­sei­gner la DGSI (ex RG). Que le rec­to­rat ait ensuite pu être avi­sé, c’est pos­sible. Que le pro­vi­seur ait convo­qué l’enseignante sur des faits qui se sont pro­duits le dimanche, hors acti­vi­té d’enseignement, c’est une faute pro­fes­sion­nelle. »

Et Jean-Paul Borel-Garin de pré­ci­ser : « Si l’intéressée ou son mari avait fait état de trau­ma­tisme psy­cho­lo­gique lié à cette convo­ca­tion, cela aurait pu coû­ter cher au pro­vi­seur. Je le redis, pour les faits énon­cés, il n’y avait pas lieu de pré­ve­nir la police natio­nale ou/et le rec­to­rat. »

Ce regret­table évé­ne­ment marque non seule­ment une atteinte grave aux liber­tés indi­vi­duelles, mais il illustre en outre les déra­pages de plus en plus nom­breux obser­vés de la part des polices muni­ci­pales, dans des muni­ci­pa­li­tés diri­gées par des élus de droite. Franck Lon­go, mis en avant par la presse locale et natio­nale pour ses cam­pagnes autour de la sécu­ri­té — en par­ti­cu­lier à la veille des muni­ci­pales — est hélas un élu res­pon­sable d’écarts aux règles répu­bli­caines de res­pect des liber­tés d’action de ses conci­toyens.

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