Grenoble. Catherine Brun (Lutte ouvrière) porte-voix des travailleurs « en colère »

Par Manuel Pavard

/

Image principale
Enseignante à la retraite, Catherine Brun est candidate pour la quatrième fois aux élections municipales à Grenoble, sous les couleurs de LO, après 2008, 2014 et 2020.
Catherine Brun conduit de nouveau la liste de Lutte ouvrière pour les municipales 2026 à Grenoble. La quatrième campagne consécutive pour la candidate, qui se pose inlassablement en représentante du camp des travailleurs, convaincue de la nécessité d'une révolution pour renverser le capitalisme. Et qui alerte sur la dangereuse réhabilitation de l'extrême droite entreprise par la droite, le gouvernement et de nombreux médias depuis la mort de Quentin Deranque.

C’est sa qua­trième cam­pagne muni­ci­pale à Gre­noble et comme à chaque fois, Lutte ouvrière a pu dépo­ser sa liste en pré­fec­ture dans les temps, sans grandes dif­fi­cul­tés. « Il y avait suf­fi­sam­ment de tra­vailleurs qui avaient une colère à crier », sou­ligne Cathe­rine Brun, qui répète le mot : « C’est une liste qui exprime sa colère contre l’é­vo­lu­tion de la socié­té. » Sen­ti­ment qui ne débouche pas encore sur une explo­sion sociale, recon­naît-elle. Mais le constat est là : que ce soit ses colis­tiers ou les élec­teurs ren­con­trés sur les mar­chés, dans les entre­prises, tous « comptent au cen­time près ». Ce qui ne fait que ren­for­cer, chez les mili­tants de LO, « la convic­tion qu’on peut chan­ger cette socié­té capi­ta­liste de fond en comble », indique l’en­sei­gnante retrai­tée de 68 ans.

Cathe­rine Brun entou­rée d’une par­tie de ses 58 colis­tiers. © LO

Le contexte natio­nal et inter­na­tio­nal des­sine pour­tant un tableau inquié­tant et en appa­rence peu favo­rable aux révo­lu­tion­naires. La can­di­date évoque ain­si le récent pas­sage de Natha­lie Arthaud « face à la meute », sur le pla­teau de BFMTV. Bien sûr, « le meurtre de Quen­tin Deranque ne cor­res­pond pas aux méthodes du mou­ve­ment ouvrier », rap­pelle-t-elle d’emblée. Mais comme la porte-parole de Lutte ouvrière, Cathe­rine Brun dénonce la « cam­pagne dégueu­lasse contre la France insou­mise » orches­trée par cette « meute allant de France Inter à CNews, et réunis­sant le Ras­sem­ble­ment natio­nal, la droite, le gou­ver­ne­ment et une par­tie du PS ».

« Face à la meute »

Cette offen­sive réac­tion­naire se déroule sur deux fronts en paral­lèle. D’un côté, « ils veulent inti­mi­der ceux qui remettent en cause l’ordre social, qui luttent contre le géno­cide des Pales­ti­niens, pour les droits des immi­grés », la dia­bo­li­sa­tion de LFI et des col­lec­tifs anti­fas­cistes pré­fi­gu­rant une répres­sion encore plus large. De l’autre, « ils refont à l’ex­trême droite sa vir­gi­ni­té puis demain, vont s’al­lier à elle », alerte la mili­tante trots­kiste.

Si cette der­nière n’exo­nère pas la gauche de « sa res­pon­sa­bi­li­té » dans la mon­tée de l’ex­trême droite, elle fus­tige sur­tout l’é­norme hypo­cri­sie des dis­cours gou­ver­ne­men­taux. Et d’i­ro­ni­ser sur « Lecor­nu ou Macron dénon­çant la vio­lence poli­tique alors qu’ils défendent un ordre social qui laisse mou­rir des migrants dans la Médi­ter­ra­née et des ouvriers sur les chan­tiers. Si ça, ce n’est pas de vio­lence… »

Sur le plan inter­na­tio­nal, Cathe­rine Brun évoque les menaces liées à la mon­tée des ten­sions et aux guerres. Pour elle, les cou­pables sont tout dési­gnés : « Les capi­ta­listes se battent pour savoir qui met­tra la main sur les richesses du Groën­land, qui aura accès aux terres fer­tiles d’U­kraine, qui contrô­le­ra le col­tan des mines du Kivu en RDC ou qui exploi­te­ra le pétrole du Vene­zue­la. Ces guerres com­mer­ciales peuvent à tout moment se trans­for­mer en guerres géné­ra­li­sées… et ce sera la jeu­nesse des classes popu­laires qui ser­vi­ra de chair à canon, aver­tit-elle. Pas ques­tion ! »

« Les problèmes ne se résolvent pas à l’échelle locale »

Quid des pro­blé­ma­tiques locales et des gros dos­siers gre­no­blois, sur les­quelles s’af­frontent la grande majo­ri­té des can­di­dats ? Sur ce point, Lutte ouvrière reste fidèle à sa ligne his­to­rique. « Les pro­blèmes des gens, ce sont les salaires, le loge­ment… Ils ne se résolvent pas à l’é­chelle locale. Ceux qui pro­mettent ça sont des men­teurs », assène la tête de liste. Exemple, selon elle, l’oc­cu­pa­tion du siège de la métro­pole de Gre­noble par les familles de livreurs à vélo : « Les muni­ci­pa­li­tés se passent la patate chaude et la ville de Gre­noble n’a tou­jours pas appli­qué sa pro­messe de réqui­si­tion des loge­ments vides. »

Cathe­rine Brun cite notam­ment le com­bat des livreurs à vélo occu­pant le siège de la Métro, illus­tra­tion selon elle de la dif­fi­cile réso­lu­tion des pro­blèmes à l’é­chelle locale.

Pour répondre aux pré­oc­cu­pa­tions des tra­vailleurs — qu’ils soient fran­çais ou immi­grés -, la liste LO appelle à « aller prendre l’argent où il est, c’est-à-dire dans les poches des capi­ta­listes ». Cathe­rine Brun l’as­sure, ses cama­rades ne sont « pas rési­gnés. On veut affir­mer dans ces élec­tions la force de notre classe et plan­ter le dra­peau rouge. » S’or­ga­ni­ser donc, en vue de « la construc­tion d’un par­ti com­mu­niste révo­lu­tion­naire ». Pour cela, la can­di­date ne fait pas confiance « aux socia­listes ou aux éco­lo­gistes, qui nous ont tra­his comme les autres », estime-t-elle. Et de conclure : « On veut se repré­sen­ter nous-mêmes, on en a marre de délé­guer ! »

Partager cet article

Avant de partir

Votre soutien compte pour nous

Le Travailleur alpin vit depuis 1928 grâce à l’engagement de ses lecteurs. Aujourd’hui encore, ce média propose un autre regard sur vos espoirs, vos luttes, vos aspirations. Une voix unique dans la presse d’information départementale.

Pour protéger l’indépendance du Travailleur alpin, assurer son développement, vos dons nous sont précieux – nous assurons leur traitement en partenariat avec la fondation l’Humanité en partage.

Merci d’avance.

Faire un don défiscalisé maintenant

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *