Grenoble. Catherine Brun (Lutte ouvrière) porte-voix des travailleurs « en colère »
Par Manuel Pavard
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C’est sa quatrième campagne municipale à Grenoble et comme à chaque fois, Lutte ouvrière a pu déposer sa liste en préfecture dans les temps, sans grandes difficultés. « Il y avait suffisamment de travailleurs qui avaient une colère à crier », souligne Catherine Brun, qui répète le mot : « C’est une liste qui exprime sa colère contre l’évolution de la société. » Sentiment qui ne débouche pas encore sur une explosion sociale, reconnaît-elle. Mais le constat est là : que ce soit ses colistiers ou les électeurs rencontrés sur les marchés, dans les entreprises, tous « comptent au centime près ». Ce qui ne fait que renforcer, chez les militants de LO, « la conviction qu’on peut changer cette société capitaliste de fond en comble », indique l’enseignante retraitée de 68 ans.

Le contexte national et international dessine pourtant un tableau inquiétant et en apparence peu favorable aux révolutionnaires. La candidate évoque ainsi le récent passage de Nathalie Arthaud « face à la meute », sur le plateau de BFMTV. Bien sûr, « le meurtre de Quentin Deranque ne correspond pas aux méthodes du mouvement ouvrier », rappelle-t-elle d’emblée. Mais comme la porte-parole de Lutte ouvrière, Catherine Brun dénonce la « campagne dégueulasse contre la France insoumise » orchestrée par cette « meute allant de France Inter à CNews, et réunissant le Rassemblement national, la droite, le gouvernement et une partie du PS ».
« Face à la meute »
Cette offensive réactionnaire se déroule sur deux fronts en parallèle. D’un côté, « ils veulent intimider ceux qui remettent en cause l’ordre social, qui luttent contre le génocide des Palestiniens, pour les droits des immigrés », la diabolisation de LFI et des collectifs antifascistes préfigurant une répression encore plus large. De l’autre, « ils refont à l’extrême droite sa virginité puis demain, vont s’allier à elle », alerte la militante trotskiste.
Si cette dernière n’exonère pas la gauche de « sa responsabilité » dans la montée de l’extrême droite, elle fustige surtout l’énorme hypocrisie des discours gouvernementaux. Et d’ironiser sur « Lecornu ou Macron dénonçant la violence politique alors qu’ils défendent un ordre social qui laisse mourir des migrants dans la Méditerranée et des ouvriers sur les chantiers. Si ça, ce n’est pas de violence… »
Sur le plan international, Catherine Brun évoque les menaces liées à la montée des tensions et aux guerres. Pour elle, les coupables sont tout désignés : « Les capitalistes se battent pour savoir qui mettra la main sur les richesses du Groënland, qui aura accès aux terres fertiles d’Ukraine, qui contrôlera le coltan des mines du Kivu en RDC ou qui exploitera le pétrole du Venezuela. Ces guerres commerciales peuvent à tout moment se transformer en guerres généralisées… et ce sera la jeunesse des classes populaires qui servira de chair à canon, avertit-elle. Pas question ! »
« Les problèmes ne se résolvent pas à l’échelle locale »
Quid des problématiques locales et des gros dossiers grenoblois, sur lesquelles s’affrontent la grande majorité des candidats ? Sur ce point, Lutte ouvrière reste fidèle à sa ligne historique. « Les problèmes des gens, ce sont les salaires, le logement… Ils ne se résolvent pas à l’échelle locale. Ceux qui promettent ça sont des menteurs », assène la tête de liste. Exemple, selon elle, l’occupation du siège de la métropole de Grenoble par les familles de livreurs à vélo : « Les municipalités se passent la patate chaude et la ville de Grenoble n’a toujours pas appliqué sa promesse de réquisition des logements vides. »

Pour répondre aux préoccupations des travailleurs — qu’ils soient français ou immigrés -, la liste LO appelle à « aller prendre l’argent où il est, c’est-à-dire dans les poches des capitalistes ». Catherine Brun l’assure, ses camarades ne sont « pas résignés. On veut affirmer dans ces élections la force de notre classe et planter le drapeau rouge. » S’organiser donc, en vue de « la construction d’un parti communiste révolutionnaire ». Pour cela, la candidate ne fait pas confiance « aux socialistes ou aux écologistes, qui nous ont trahis comme les autres », estime-t-elle. Et de conclure : « On veut se représenter nous-mêmes, on en a marre de déléguer ! »


