Grenoble. Vérité et justice pour les six victimes kurdes assassinées à Paris

Par Maryvonne Mathéoud

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Une cinquantaine de personnes étaient présentes pour ce rassemblement organisé chaque année à Grenoble, pour dénoncer les manquements de l'enquête et l'impunité de la Turquie. © Édouard Schoene
Malgré la neige et le froid, une cinquantaine de personnes se sont rassemblées rue Félix Poulat, à Grenoble, pour exiger la justice et la vérité pour les six militant-es kurdes assassiné-es à Paris les 9 janvier 2013 et 23 décembre 2022. Mais également pour soutenir la révolution au Rojava face aux menaces impérialistes. Une mobilisation organisée à l’appel d’AIAK, soutenue par l’UCL, YS, LJR, la LDH Iran, le Mouvement de la paix, l’AFPS, la CGT Isère, le PCF, le NPA-A, le réseau coopératif de gauche alternative.

Il y a treize ans, le 9 jan­vier 2013, Sakine Can­siz, cofon­da­trice du PKK, Fidan Dogan, res­pon­sable du Conseil démo­cra­tique kurde en France (CDK‑F), et Ley­la Say­le­mez, res­pon­sable de la jeu­nesse kurde, étaient assas­si­nées au Centre cultu­rel kurde Ahmet-Kaya, rue d’Enghien, à Paris .

L’as­sas­sin pré­su­mé est décé­dé avant son pro­cès, mais dif­fé­rents élé­ments indiquent que le ser­vice de ren­sei­gne­ments turc, le MIT, est impli­qué dans cet assas­si­nat. Grâce à la per­sé­vé­rance des familles des trois vic­times, le dos­sier du triple meurtre a pu être réou­vert en 2019 pour « com­pli­ci­té d’assassinats en rela­tion avec une entre­prise ter­ro­riste et d’association de mal­fai­teurs ter­ro­riste cri­mi­nelle ». La jus­tice fran­çaise a du mal à avan­cer, des pièces essen­tielles étant clas­sées « secret défense ».

Deux triples meurtres à dix ans d’écart

Mal­heu­reu­se­ment, un nou­veau crime va frap­per des mili­tants kurdes à Paris, presque dix ans plus tard. Le 23 décembre 2022, Mîr Per­wer, chan­teur et réfu­gié poli­tique kurde, Abdul­rah­man Kizil, réfu­gié poli­tique kurde, vieil habi­tué du Centre cultu­rel Ahmet-Kaya, et Emine Kara, res­pon­sable du mou­ve­ment de femmes kurdes en France qui avait com­bat­tu et mili­té durant trente ans dans les quatre par­ties du Kur­dis­tan (en Tur­quie, Irak, Syrie et Iran), étaient à leur tour assas­si­nés.

Les mani­fes­tants bran­dis­saient les por­traits des six mili­tant-es kurdes assas­si­né-es à Paris en 2013 et 2022. © Édouard Schoene

Les auto­ri­tés fran­çaises ont pour­tant rete­nu la thèse d’un acte raciste iso­lé, et non la thèse d’un atten­tat poli­tique orga­ni­sé. Cela inter­roge for­te­ment alors que l’assassin a été dépo­sé par une voi­ture devant le centre cultu­rel, et que les vic­times sont des réfu­giés poli­tiques kurdes et une res­pon­sable inter­na­tio­nale du mou­ve­ment kurde.

« Nous récla­mons la véri­té et la jus­tice, la levée du secret défense dans l’enquête de ces assas­si­nats poli­tiques pour pou­voir faire la pleine lumière sur ces crimes ; l’arrêt des mesures d’intimidation et de répres­sion contre les militant.es kurdes oppo­sants au pré­sident turc Recep Tayyip Erdoğan », a lan­cé Maria­no Bona, co-res­pon­sable de l’As­so­cia­tion isé­roise des amis des Kurdes (Aiak), lors du ras­sem­ble­ment com­mé­mo­ra­tif annuel orga­ni­sé à Gre­noble.

Le Rojava menacé

Puis les dif­fé­rentes orga­ni­sa­tions appe­lant au ras­sem­ble­ment ont évo­qué l’avenir pré­oc­cu­pant pour la Syrie et la région : inter­ven­tions armées de la Tur­quie et d’Israël, popu­la­tions alaouite et druze vic­times de mas­sacres com­mis par l’Armée natio­nale syrienne (ANS) et une par­tie des forces gou­ver­ne­men­tales, agres­sions de Daech, quar­tiers kurdes d’A­lep bom­bar­dés par les forces mili­taires rele­vant du gou­ver­ne­ment de Damas…

Le Roja­va (admi­nis­tra­tion auto­nome du Nord et de l’Est de la Syrie) est mena­cé. Pour­tant c’est un acquis démo­cra­tique pré­cieux pour l’avenir de la Syrie. Après avoir com­bat­tu et vain­cu l’État isla­mique en 2015, notam­ment à Koba­né, les com­bat­tantes et com­bat­tants du Roja­va ont en effet mis en place sur le ter­ri­toire libé­ré une socié­té démo­cra­tique, mul­tieth­nique, fémi­niste, où les femmes et les hommes sont à pari­té à tous les niveaux (conseil muni­ci­pal, admi­nis­tra­tion, armée…), où toutes les per­sonnes vivent à éga­li­té de droits, quelle que soit leur appar­te­nance cultu­relle, leur langue, leur reli­gion. L’expérience démo­cra­tique du Roja­va est sans pareille dans tout le Moyen-Orient.

Mary­vonne Mathéoud, pré­si­dente d’Aiak, a pris la parole lors du ras­sem­ble­ment. © Édouard Schoene

Dans un com­mu­ni­qué, le CDK‑F indique que, depuis plu­sieurs jours, les quar­tiers kurdes de Sheikh Maq­soud et d’Achrafieh, à Alep, sont la cible d’attaques mili­taires inten­si­fiées menées par les forces armées de Damas. Déjà sou­mis à un blo­cus sévère, ces quar­tiers den­sé­ment peu­plés, majo­ri­tai­re­ment habi­tés par des civils et des per­sonnes dépla­cées, subissent désor­mais des bom­bar­de­ments lourds et indis­cri­mi­nés. Selon l’or­ga­ni­sa­tion, ces attaques s’inscrivent dans une logique de puni­tion col­lec­tive et de mise sous pres­sion d’une popu­la­tion civile, au mépris total du droit inter­na­tio­nal huma­ni­taire.

Appel à la France pour sauver les Kurdes d’Alep

Cette esca­lade inter­vient alors même que des dis­cus­sions poli­tiques sont en cours sur l’avenir de la Syrie et sur les moda­li­tés d’une solu­tion durable et inclu­sive. Face à cette situa­tion, la France ne peut res­ter silen­cieuse. En tant que membre per­ma­nent du Conseil de sécu­ri­té des Nations unies, puis­sance diplo­ma­tique majeure et acteur enga­gé dans la lutte contre le ter­ro­risme en Syrie, la France a une res­pon­sa­bi­li­té poli­tique et morale par­ti­cu­lière.

Le CDK‑F appelle les auto­ri­tés fran­çaises à condam­ner publi­que­ment et sans ambi­guï­té les attaques visant les civils à Alep ; agir diplo­ma­ti­que­ment pour obte­nir l’arrêt immé­diat des bom­bar­de­ments et la levée du blo­cus impo­sé aux quar­tiers concer­nés ; sou­te­nir l’ouverture de cor­ri­dors huma­ni­taires afin de per­mettre l’accès aux secours et aux soins ; œuvrer acti­ve­ment, dans les enceintes inter­na­tio­nales, à une solu­tion poli­tique fon­dée sur le dia­logue, le res­pect des droits des peuples et la pro­tec­tion des popu­la­tions civiles.

Le peuple syrien a trop souf­fert de la guerre. Les civils kurdes d’Alep, comme l’ensemble des com­po­santes du pays, ont droit à la sécu­ri­té, à la digni­té et à la paix. Le Conseil démo­cra­tique kurde en France res­te­ra mobi­li­sé et appelle l’ensemble des forces démo­cra­tiques, huma­ni­taires et poli­tiques en France à se sai­sir de cette urgence.

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