Protection de l’enfance en Isère. Les élus de gauche choqués du refus de la majorité

Par Manuel Pavard

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Le sénateur de l'Isère Guillaume Gontard, aux côtés des conseillères départementales écologistes Marie Questiaux et Pauline Couvent, dans sa permanence parlementaire, le 17 novembre, à Grenoble.
La demande d'une mission d'information "transpartisane" sur l'aide sociale à l'enfance (ASE), portée par l'opposition de gauche, a été rejetée par la majorité de droite au département de l'Isère, le 5 décembre. Une décision "grave et incompréhensible", selon les conseillères départementales écologistes Marie Questiaux et Pauline Couvent et le sénateur Guillaume Gontard, qui fustigent la réaction du président Barbier. Et qui restent mobilisés face aux dysfonctionnements constatés.

« On espé­rait une bonne sur­prise sur un sujet qui devrait faire consen­sus, d’au­tant que ce n’é­tait pas diri­gé contre [Jean-Pierre] Bar­bier. » Plu­sieurs jours se sont écou­lés depuis mais on devine tou­jours l’a­mer­tume dans la voix du séna­teur de l’I­sère Guillaume Gon­tard. Le 5 décembre, en séance publique du dépar­te­ment de l’Isère, la majo­ri­té de droite a en effet voté contre la demande de mis­sion d’information et d’é­va­lua­tion (MIE) sur l’aide sociale à l’enfance (ASE), pré­sen­tée par le groupe Isère éco­lo­gie et soli­da­ri­tés (IES) et sou­te­nue par le groupe Union de la gauche éco­lo­giste et soli­daire (UGES).

« Une déci­sion grave et incom­pré­hen­sible », dénoncent Guillaume Gon­tard et les conseillères dépar­te­men­tales éco­lo­gistes Marie Ques­tiaux et Pau­line Couvent, dans un com­mu­ni­qué com­mun. « Cette mis­sion avait pour but de recueillir des infor­ma­tions afin d’établir un état des lieux objec­tif de la situa­tion de l’ASE en Isère, d’identifier les leviers per­met­tant d’améliorer la pré­ven­tion, la conti­nui­té des par­cours et les condi­tions d’accueil, et de for­mu­ler des recom­man­da­tions visant à amé­lio­rer le ser­vice public de l’ASE, au béné­fice des enfants, des familles et des pro­fes­sion­nels », explique le trio, à l’o­ri­gine de cette ini­tia­tive.

« Ce n’est pas un combat politicien »

L’ob­jec­tif était de mettre en place une mis­sion d’in­for­ma­tion « trans­par­ti­sane », sou­ligne Guillaume Gon­tard. Ceci pour « prendre de la hau­teur » et éva­luer les éven­tuels dys­fonc­tion­ne­ments à l’é­chelle du dépar­te­ment. « C’est la meilleure méthode », estime le pré­sident du groupe éco­lo­giste au Sénat, qui insiste : « On parle de la pro­tec­tion de l’en­fance, ce n’est pas un com­bat poli­ti­cien ! »

Jean-Pierre Bar­bier, pré­sident du dépar­te­ment de l’I­sère, refuse toute mis­sion d’in­for­ma­tion dont il ne serait pas l’i­ni­tia­teur, déplorent les élu-e‑s d’op­po­si­tion de gauche.

Com­ment Jean-Pierre Bar­bier jus­ti­fie-t-il ce rejet ? Le séna­teur fus­tige la « réponse cari­ca­tu­rale » du pré­sident du dépar­te­ment de l’I­sère et son atti­tude « pater­na­liste » face à l’op­po­si­tion : « Pour lui, il n’y a pas de débat et il y aura un débat seule­ment quand il le déci­de­ra. Et il pré­tend que c’est pour ne pas remettre en cause le tra­vail des agents. » Les trois élu-e‑s de gauche abondent dans leur com­mu­ni­qué. « Le motif avan­cé par le pré­sident Bar­bier : le dépar­te­ment de l’Isère est exem­plaire sur le sujet, et il ne veut pas que cette mis­sion soit per­çue comme une enquête contre les ser­vices », décryptent-ils.

« Pour­tant, ce sont bien eux, les pro­fes­sion­nel-les, qui, nous font régu­liè­re­ment part de leurs souf­frances et de leur sou­hait de voir évo­luer le sys­tème actuel, sou­vent décrit comme mal­trai­tant et dys­fonc­tion­nel », pour­suivent Marie Ques­tiaux, Pau­line Couvent et Guillaume Gon­tard. Des reven­di­ca­tions qui, d’ailleurs, « rejoignent les remon­tées des enfants et des familles », assure le trio. Et de ques­tion­ner le fonc­tion­ne­ment interne du dépar­te­ment : « Est-ce la loi du silence ? »

« On ne lâchera pas, on ne peut pas se satisfaire de cette réponse »

Guillaume Gon­tard rap­pelle quant à lui que « l’i­dée d’une mis­sion d’in­for­ma­tion était d’a­voir les moyens de mener un vrai tra­vail. Jean-Pierre Bar­bier a la chance qu’une oppo­si­tion lui tende la main, il devrait la sai­sir. En plus, les retours dans sa famille poli­tique [NDLR : au niveau natio­nal] étaient plu­tôt posi­tifs. »

Guillaume Gontard sénateur écologiste de l'Isère
Le séna­teur Guillaume Gon­tard s’en­gage à res­ter mobi­li­sé aux côtés des deux conseillères dépar­te­men­tales éco­lo­gistes et de l’en­semble des forces de gauche.

Et main­te­nant ? « On prend acte que le pré­sident ne sou­haite pas don­ner suite », indique le séna­teur de l’I­sère, évo­quant une pos­sible « mis­sion d’in­for­ma­tion infor­melle » impli­quant l’en­semble des forces de gauche. Incon­vé­nient, ce sera for­cé­ment « avec des moyens moindres », sans comp­ter « le risque de ne pas avoir accès aux ser­vices ». Mais Guillaume Gon­tard pro­met : « On ne lâche­ra pas, on ne peut pas se satis­faire de cette réponse. » La pro­tec­tion de l’en­fance est trop impor­tante pour cela.

Ras­sem­ble­ment contre la casse de la pro­tec­tion de l’en­fance le 18 décembre

À l’oc­ca­sion des trois jours de grève et de mobi­li­sa­tion natio­nale du tra­vail social, à l’ap­pel de la CGT, Sud, CNT et Unef, un ras­sem­ble­ment est pré­vu jeu­di 18 décembre, à 14 heures, devant l’hô­tel du dépar­te­ment de l’I­sère (7 rue Fan­tin-Latour, à Gre­noble) pour dénon­cer les condi­tions de tra­vail et d’accompagnement dans la pro­tec­tion de l’enfance.

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