Protection de l’enfance en Isère. Les élus de gauche choqués du refus de la majorité
Par Manuel Pavard
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« On espérait une bonne surprise sur un sujet qui devrait faire consensus, d’autant que ce n’était pas dirigé contre [Jean-Pierre] Barbier. » Plusieurs jours se sont écoulés depuis mais on devine toujours l’amertume dans la voix du sénateur de l’Isère Guillaume Gontard. Le 5 décembre, en séance publique du département de l’Isère, la majorité de droite a en effet voté contre la demande de mission d’information et d’évaluation (MIE) sur l’aide sociale à l’enfance (ASE), présentée par le groupe Isère écologie et solidarités (IES) et soutenue par le groupe Union de la gauche écologiste et solidaire (UGES).
« Une décision grave et incompréhensible », dénoncent Guillaume Gontard et les conseillères départementales écologistes Marie Questiaux et Pauline Couvent, dans un communiqué commun. « Cette mission avait pour but de recueillir des informations afin d’établir un état des lieux objectif de la situation de l’ASE en Isère, d’identifier les leviers permettant d’améliorer la prévention, la continuité des parcours et les conditions d’accueil, et de formuler des recommandations visant à améliorer le service public de l’ASE, au bénéfice des enfants, des familles et des professionnels », explique le trio, à l’origine de cette initiative.
« Ce n’est pas un combat politicien »
L’objectif était de mettre en place une mission d’information « transpartisane », souligne Guillaume Gontard. Ceci pour « prendre de la hauteur » et évaluer les éventuels dysfonctionnements à l’échelle du département. « C’est la meilleure méthode », estime le président du groupe écologiste au Sénat, qui insiste : « On parle de la protection de l’enfance, ce n’est pas un combat politicien ! »

Comment Jean-Pierre Barbier justifie-t-il ce rejet ? Le sénateur fustige la « réponse caricaturale » du président du département de l’Isère et son attitude « paternaliste » face à l’opposition : « Pour lui, il n’y a pas de débat et il y aura un débat seulement quand il le décidera. Et il prétend que c’est pour ne pas remettre en cause le travail des agents. » Les trois élu-e‑s de gauche abondent dans leur communiqué. « Le motif avancé par le président Barbier : le département de l’Isère est exemplaire sur le sujet, et il ne veut pas que cette mission soit perçue comme une enquête contre les services », décryptent-ils.
« Pourtant, ce sont bien eux, les professionnel-les, qui, nous font régulièrement part de leurs souffrances et de leur souhait de voir évoluer le système actuel, souvent décrit comme maltraitant et dysfonctionnel », poursuivent Marie Questiaux, Pauline Couvent et Guillaume Gontard. Des revendications qui, d’ailleurs, « rejoignent les remontées des enfants et des familles », assure le trio. Et de questionner le fonctionnement interne du département : « Est-ce la loi du silence ? »
« On ne lâchera pas, on ne peut pas se satisfaire de cette réponse »
Guillaume Gontard rappelle quant à lui que « l’idée d’une mission d’information était d’avoir les moyens de mener un vrai travail. Jean-Pierre Barbier a la chance qu’une opposition lui tende la main, il devrait la saisir. En plus, les retours dans sa famille politique [NDLR : au niveau national] étaient plutôt positifs. »

Et maintenant ? « On prend acte que le président ne souhaite pas donner suite », indique le sénateur de l’Isère, évoquant une possible « mission d’information informelle » impliquant l’ensemble des forces de gauche. Inconvénient, ce sera forcément « avec des moyens moindres », sans compter « le risque de ne pas avoir accès aux services ». Mais Guillaume Gontard promet : « On ne lâchera pas, on ne peut pas se satisfaire de cette réponse. » La protection de l’enfance est trop importante pour cela.
Rassemblement contre la casse de la protection de l’enfance le 18 décembre
À l’occasion des trois jours de grève et de mobilisation nationale du travail social, à l’appel de la CGT, Sud, CNT et Unef, un rassemblement est prévu jeudi 18 décembre, à 14 heures, devant l’hôtel du département de l’Isère (7 rue Fantin-Latour, à Grenoble) pour dénoncer les conditions de travail et d’accompagnement dans la protection de l’enfance.


