Pont-de-Claix. Vencorex, « faillite organisée », lance Sophie Binet sur le piquet de grève

Par Manuel Pavard

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Sophie Binet devant l'entrée de la plateforme, entre Séverine Dejoux, élue CGT au CSE de Vencorex, et Serge Allègre, secrétaire général de la FNIC-CGT.
La secrétaire générale de la CGT Sophie Binet est venue soutenir les salariés de Vencorex sur leur piquet de grève, ce jeudi 7 novembre, sur la plateforme chimique de Pont-de-Claix. Elle a fait de l'entreprise, placée en redressement judiciaire, le symbole d'une « faillite organisée », taclant à la fois l'État et le patronat.

La période d’observation prolongée jusqu’au 6 mars 2025

La déci­sion du tri­bu­nal de com­merce de Lyon, atten­due la veille, a fina­le­ment été ren­due ce ven­dre­di 8 novembre, deux jours après l’au­dience. Un sur­sis obte­nu par les sala­riés de Ven­co­rex puisque la période d’ob­ser­va­tion est pro­lon­gée jus­qu’au 6 mars 2025 — au lieu du 12 décembre, date pré­vue ini­tia­le­ment.

Cela donne ain­si plus de temps pour exa­mi­ner l’offre de reprise actuelle du groupe chi­nois Wan­hua, mais aus­si et sur­tout pour per­mettre à un autre repre­neur éven­tuel de mani­fes­ter son inté­rêt. Ce délai vise éga­le­ment, pour les syn­di­cats, à négo­cier les mesures d’ac­com­pa­gne­ment et le plan social pour les sala­riés qui ne seraient pas inclus dans la reprise.

(Mise à jour du 8 novembre 2024 à 15h18)

Elle a salué une « mobi­li­sa­tion exem­plaire depuis seize jours de grève recon­duc­tible », sous les accla­ma­tions des cen­taines de per­sonnes pré­sentes. Des sala­riés de Ven­co­rex aux­quels Sophie Binet est venue appor­ter son sou­tien, ce jeu­di 7 novembre. La secré­taire géné­rale de la CGT s’est ren­due sur le piquet de grève, à l’entrée nord de la pla­te­forme chi­mique de Pont-de-Claix, où elle a pris la parole en début d’après-midi.

Le site est blo­qué depuis le 23 octobre, consé­quence des sombres pers­pec­tives s’offrant à l’entreprise, pla­cée en redres­se­ment judi­ciaire en sep­tembre. Ven­co­rex n’a fait en effet l’objet que d’une seule offre de reprise éma­nant de Bor­sod­Chem, filiale du groupe chi­nois Wan­hua, qui pré­voit de conser­ver seule­ment 25 des 450 sala­riés. Au total, ce sont plus de 1 000 emplois qui sont mena­cés sur les deux pla­te­formes de Pont-de-Claix et Jar­rie, et même près de 5 000 emplois indi­rects.

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Sophie Binet a taclé les poli­tiques gou­ver­ne­men­tales et patro­nales.

« Der­rière les plans de licen­cie­ments, il y a des vies, des ter­ri­toires qui sont dévas­tés, des familles qui sont tor­pillées », s’est ain­si insur­gée Sophie Binet, qua­li­fiant la situa­tion « hon­teuse » de Ven­co­rex de « sym­bole ». Celui « du scan­dale des poli­tiques gou­ver­ne­men­tales et patro­nales ». Car « Ven­co­rex, c’est d’abord l’histoire d’une faillite orga­ni­sée », a‑t-elle fus­ti­gé.

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Sophie Binet aux côtés des sala­riés de Ven­co­rex en grève, le 7 novembre.

Pre­nant à témoin les sala­riés, la secré­taire géné­rale de la CGT a rap­pe­lé que « jusqu’en 2022, tout allait bien. L’entreprise était ren­table. » Que s’est-il pas­sé alors ? « Une opé­ra­tion de concur­rence déloyale orga­ni­sée par l’État chi­nois pour désta­bi­li­ser notre indus­trie, avec un dum­ping sur les prix », a‑t-elle dénon­cé. Avant d’ironiser : « Grande sur­prise, qui est le seul repre­neur de Ven­co­rex aujourd’hui ? Cette même entre­prise chi­noise qui a orches­tré sa faillite. »

« La ficelle est grosse »

Pour Sophie Binet, « la ficelle est grosse ». Mais la mobi­li­sa­tion des sala­riés de Ven­co­rex, très vite rejoints par leurs cama­rades d’Arkema, a tota­le­ment rebat­tu les cartes. En effet, « le plan était bien hui­lé », a‑t-elle sou­li­gné. « Ils avaient pré­vu que tout se passe en quelques semaines, avec un repre­neur qui se posi­tionne et qui pro­pose 25 emplois »… Soit l’équivalent de « ce qu’il faut pour gar­dien­ner le site ».

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Sophie Binet s’a­dres­sant à la presse, entre Séve­rine Dejoux et Serge Allègre.

Et la res­pon­sable syn­di­cale de s’interroger : « Pour­quoi gar­der 25 emplois et pas zéro ? » D’une part « parce que ça évite de payer la dépol­lu­tion », mais aus­si car « ça per­met de rache­ter les bre­vets, les savoir-faire, et de conti­nuer le pillage ». De fait, pour accé­der au mar­ché euro­péen, « un cer­tain nombre de normes et de cer­ti­fi­ca­tions » sont néces­saires et « les Chi­nois ont besoin de rache­ter nos entre­prises », a expli­qué Sophie Binet.

La lea­der de la CGT a vive­ment taclé ces « gou­ver­ne­ments qui font ren­trer le loup dans la ber­ge­rie ». Ven­co­rex, « c’est l’exemple de l’incurie gou­ver­ne­men­tale », a‑t-elle pour­sui­vi. « Ici, c’est près de 5 000 emplois qui sont en jeu. Ici, les pro­duc­tions que vous réa­li­sez sont un enjeu stra­té­gique pour tout le pays. » Et ce, pour l’approvisionnement des cen­trales nucléaires ou le car­bu­rant de la fusée Ariane.

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La pla­te­forme chi­mique de Pont-de-Claix est blo­quée depuis le 23 octobre.

Les sala­riés sont dans l’attente du juge­ment immi­nent du tri­bu­nal de com­merce de Lyon, au len­de­main de l’audience tenue ce mer­cre­di 6 novembre. La juri­dic­tion doit se pro­non­cer sur la requête una­nime de l’ensemble des par­ties, qui demandent de pro­lon­ger la période d’observation jusqu’en mars 2025. Ce qui don­ne­rait plus de temps à un autre repre­neur éven­tuel pour se mani­fes­ter.

Une journée de mobilisation nationale le 12 décembre

Natu­rel­le­ment, les regards se tournent vers Arke­ma. Sophie Binet a, comme une par­tie des élus locaux pré­sents à la tri­bune – dont le pré­sident de la Métro­pole et maire de Pont-de-Claix Chris­tophe Fer­ra­ri, la dépu­tée Éli­sa Mar­tin ou le maire de Gre­noble Éric Piolle -, répé­té qu’il s’agissait du « repre­neur évident ». Pour­tant, le géant de l’industrie chi­mique se fait prier. Et pour la repré­sen­tante syn­di­cale, hors de ques­tion de se conten­ter d’une reprise par­tielle des acti­vi­tés.

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Plu­sieurs cen­taines de per­sonnes pré­sentes, dont des élus comme Chris­tophe Fer­ra­ri et Eric Piolle.

Faute d’offre sérieuse, il exis­te­rait tou­te­fois une piste alter­na­tive. Sophie Binet a ain­si évo­qué la pro­po­si­tion défen­due éga­le­ment par les élus com­mu­nistes, à l’instar, la semaine pré­cé­dente, de la maire d’Échirolles Aman­dine Demore ou du conseiller régio­nal Éric Hours. Selon elle, « si l’É­tat n’est pas en capa­ci­té de trou­ver un repre­neur, la CGT deman­de­ra d’or­ga­ni­ser une natio­na­li­sa­tion tem­po­raire », sur le même modèle qu’à Saint-Nazaire.

Évo­quant le contexte glo­bal, la secré­taire géné­rale de la CGT a relié la lutte des sala­riés de Ven­co­rex à celles de leurs cama­rades d’Atos, d’Auchan, de Miche­lin… Pour s’opposer aux plans de licen­cie­ments – plus de 180 dans toute la France –, une large mobi­li­sa­tion natio­nale sera orga­ni­sée à l’initiative de la CGT le 12 décembre, a annon­cé Sophie Binet, qui a appe­lé à « une grande jour­née de conver­gence de toutes les luttes pour l’emploi ».

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Repré­sen­tants syn­di­caux et élus se sont suc­cé­dé au micro.

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