La décision d’investir les lieux a été prise à l’issue du vote d’une assemblée générale regroupant quelque trois cents personnes.

La maison de la culture de Grenoble, la MC2, est occupée depuis le 16 mars à l’issue d’une assemblée générale initiée par la CGT spectacle. Parmi les revendications, la réouverture des lieux culturels, l’abrogation de la réforme de l’assurance chômage ou encore des mesures pour permettre aux étudiants de poursuivre leur formation dans les arts et spectacles. Occupation dans le calme, prévue pour durer jusqu’à la satisfaction des revendications. La MC2 est le 54e lieu culturel occupé en France.

Environ trois cents personnes ont participé à une assemblée générale ce mardi 16 mars 2021 à partir de 12h30 sur le parvis de la MC2 de Grenoble. Cette AG du mouvement Culture en lutte 38 composée de syndicalistes CGT Spectacle/Culture 38, SYNAVI, SYNDEAC, des travailleur.euse.s du secteur culturel, d’élèves CEPI Théâtre, du Conservatoire à rayonnement régional de Grenoble et de militants a décidé à l’unanimité des participants moins une abstention d’occuper la maison de la culture. Une occupation de la MC2 qui doit se faire « dans le respect du lieu et des règles sanitaires ».

Michel Szempruch, de la CGT spectacle, un des initiateurs du rassemblement, a souligné que le théâtre parisien l’Odéon est occupé depuis le 4 mars et son exemple fait tâche d’huile désormais à Nantes, Montpellier, Lyon, Toulouse, Pau… Une cinquantaine de villes ont désormais une salle de théâtre occupée au nom de la défense du monde de la culture et des spectacles. Une liste à laquelle Grenoble s’ajoute donc ce mardi. Michel Szempruch tient à rappeler que la lutte paye : « il y a 4 ans pendant les nuits debout nous les intermittents nous avons occupé la MC2 pour que le statut d’intermittents ne soit pas supprimé et nous avons gagné… »

Les trois cents personnes sont entrées dans le grand hall de la salle de spectacle.  Une intrusion sans violence, négociée avec la direction du lieu, pour une occupation voulue comme « responsable » de ce « lieu public et bien commun » qu’est la MC2, « dans le respect de ses personnels » et « des règles sanitaires ».

Le refus de rétrécir la vie culturelle à Netflix

Michel Szempruch : « Nous occupons un des nombreux lieux culturels qui nous ont été confisqués par l’état. Pour faire entendre que l’art est une nécessité, et non un produit de luxe. Pour faire entendre l’état d’abandon dans lequel se trouvent les intermittent.e.s, les étudiant.e.s du spectacle, les travailleur.euse.s précaires. Pour faire entendre que dans une société démocratique, chacun.e est essentiel. Pour refuser de restreindre la vie culturelle à regarder une série sur Netflix ou commander un livre sur Amazon. Pour donner un écho aux autres luttes en cours, dans l’espoir d’une convergence. »

L’occupation de la MC2 se poursuivra, indiquent les militants, « tant que nous n’aurons pas reçu de réponse satisfaisante à nos revendications ». Revendications ainsi détaillées.

Le refus d’un nouveau rétrécissement de l’assurance chômage

« Nous luttons contre la disparition programmée de pans entiers de notre secteur artistique et culturel, et plus largement contre la destruction de nos acquis sociaux. Nous luttons pour  la réouverture des lieux culturels fermés, dans le respect des règles sanitaires que nous reconnaissons nécessaires. La création d’un plan d’accompagnement des étudiant.e.s en cours de formation et sortant d’études pour leur permettre d’accéder à l’emploi. L’indemnisation des chômeurs et intermittent.e.s, et l’ouverture à une deuxième année blanche. La garantie de mesures d’urgence pour l’accès de toustes, y compris auteur.trices, indépendants, aux indemnités journalières de congés maternité, paternité et maladie. Des mesures d’urgence pour les jeunes et les étudiant.e.s face à la précarité financière et psychologique. L’abrogation de la réforme de l’assurance chômage qui doit entrer en application le 1er juillet prochain. Une véritable concertation entre professionnel.e.s du spectacle et ministère de la culture. Un véritable plan de relance des activités artistiques en France. »

Ds jeunes élèves du conservatoire ont ensuite pris la parole pour dénoncer « l’injustice culturelle actuelle. Nous ne pouvons pas rester silencieux parce que notre avenir en dépend, parce que nous dépendons des décisions gouvernementales prises concernant notre formation, parce que notre formation dépend des lieux culturels qui sont actuellement censurés et inaccessibles parce que nous pensons que l’occupation des théâtres est nécessaire pour nous faire entendre, ouvrir le dialogue, se rencontrer, continuer à créer, parce que nous sommes essentiels ».

Un protocole d’occupation signé avec la MC2

Les étudiants demandent « la réouverture des lieux culturels essentiels, notamment à notre formation, dans le respect des consignes sanitaires, la création d’un plan d’accompagnement des étudiant.e.s en cours de formation et sortant d’études pour leur permettre d’accéder à l’emploi, la prolongation de l’année blanche pour les intermittent.e.s., la création d’un plan accompagnant le secteur culturel pour sortir de l’état de crise, des mesures pour garantir l’accès à tous.tes les travailleur.euse.s à l’emploi discontinu et auteur.rices aux congés maternité et maladie indemnisés, des représentations de nos projets devant un public, c’est-à-dire un aboutissement essentiel dans nos parcours de jeunes comédien.ne.s., des lieux pour pratiquer et des stages avec des professionnels nationaux et internationaux ». Et ils interrogent : « comment notre diplôme peut-il avoir la même légitimité que ceux obtenus par nos prédécesseurs, quand nos conditions de travail sont impactées par les règles mises en place par le gouvernement ? »

Une délégation a été reçue par le directeur de la MC2.  Un protocole d’accord d’ occupation a été signé avec la CGT, précisant que l’objet de l’occupation portait seulement sur le soutien à la culture et aux intermittents du spectacle. Huit personnes seront autorisées à dormir dans le petit théâtre et la journée les occupants tiendront leurs assemblées générales dans le hall billetterie.

La MC2 est ainsi le 54e établissement occupé en France.

Une artiste, pour conclure a lu lu quelques lignes d’un poème de Pablo Neruda : « Vis maintenant ! 
Risque-toi aujourd’hui ! 
Agis tout de suite ! 
Ne te laisse pas mourir lentement !
 ne te prive pas d’être heureux !
 »

Maryvonne Mathéoud


« Essentiel », proclame la MC2.

A l’issue de l’assemblée générale, les manifestants sont entrés dans les locaux de la salle grenobloise.

L’état d’urgence des professions des arts et spectacles, après des mois de fermeture des lieux culturels.

Le parvis du paquebot avait fait le plein.

« On meut, et même pas sur scène ». Le désarroi de professionnels du spectacles vivant privés de public.

Des étudiants ont pris la parole pour exprimer leur détresse.

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