Le « café sciences et citoyens de l’agglomération grenobloise » organisait le 3 novembre en visioconférence une soirée sur la baisse de la biodiversité.
Le thème était ainsi défini : « Les façons de mesurer la biodiversité terrestre, végétale comme animale, sont nombreuses: on met souvent en avant le nombre d’espèces qui ont ou vont disparaître, mais les effectifs sont sans doute plus importants, car une espèce relique ne peut pas jouer son rôle dans l’écosystème. Il y a peu de débats sur la réalité de la dégradation de la plupart des paramètres de la biodiversité, et le rôle des activités humaines n’est guère contesté : déforestation, agriculture intensive, industrie, polluants, occupation des terres se conjuguent pour aggraver la situation. Mais y-a-t il d’autres causes, et quelles sont les plus importantes?Quelles sont les conséquences pour les écosystèmes terrestres, et pour les humains qui les habitent ? Et quelles sont les pistes envisageables pour enrayer le phénomène ? »

Phoque moine , éteint en France en 1975. (photos pixabay.com)

Au cœur de la rencontre, plus de cinquante participants écoutaient et échangeaient.

Les experts pour introduire le débat et répondre aux questions :

  • Marie-Pascale Colace, chercheuse au laboratoire d’écologie alpine de l’université de Grenoble.
  • Yves François, agriculteur dans le Nord Isère, administrateur d’organisations professionnelles agricoles et  d’une association nationale d’agronomie
  • Jean-François Noblet, militant naturaliste isérois.

Très rapidement le consensus s’établit sur l’importance de permettre la biodiversité pour que chaque espèce puisse survivre face aux menaces et évolutions. Or les chiffres énoncés par M.P. Colace sont effrayants. Plus de 32 000 espèces sont menacées d’extinction : 41% des amphibiens, 26% des mammifères, 14% des oiseaux , les requins , les raies, les insectes,…
70% des vertébrés ont disparu dans les 50 dernières années.
Le phoque moine, éteint en France en 1975, le lapin de garenne vulnérable. Les forêts de chêne liège,… Les zones humides ont régressé (superficie de 3 fois la Corse en France en 100 ans)

La cause première est la dégradation des habitats des animaux, puis la chasse légale, le braconnage, la pêche. Les pollutions et les espèces exotiques envahissantes sont d’autres causes majeures avec le réchauffement climatique. Toutes sont humaines.

Elan, espèce disparue en France depuis Charlemagne.

La surpopulation humaine est une question majeure sachant notamment que le bétail pour nourrir l’homme représente 30 fois la biomasse de tous les mammifères sauvages.

Jean-François Noblet : « S’il n’y avait pas le plancton et les arbres tu ne vivrais pas. La biodiversité nous nourrit, nous soigne, nous protège contre les difficultés naturelles. La biodiversité stocke le carbone, limite le réchauffement. La biodiversité nous inspire depuis les temps préhistoriques. Elle nous émerveille tous les jours. St John Perse : « un oiseau passe et nous ne sommes plus les mêmes ».

Il revenait à Yves François, agriculteur, de conclure les introductions. Il a évoqué les alternatives au labour systématique en précisant qu’ainsi on arrive à agir sur la diversité fonctionnelle. Il cite « La Villarde », vache robuste, (race mixte du plateau du Vercors) qui a été sauvée non sans difficultés. « Si des espèces sont en voie de disparition, attention, l’agriculteur est en voie de disparition ! »

Au cours de la soirée plusieurs questions ont été débattues parmi lesquelles, en premier lieu, la pandémie du coronavirus. Jean-François Noblet a donné quelques éléments de réponse. « Il y a quelques présomptions que la chauve souris aurait attaqué la santé via les cochons. Le commerce international permet de transporter des animaux n’importe comment. La promiscuité avec la faune sauvage va nous attirer des problèmes sanitaires. Avant il n’y avait personne dans certaines régions d’Afrique. Aujourd’hui c’est fini. On sert au restaurant, en Afrique, un tas d’animaux sauvages, des rongeurs,… Si on se nourrissait des rongeurs en France ça ferait des dégâts énormes. »

Ours brun, en danger critique d’extinction.

Une question, bien présente dans l’actualité : « Je me suis fait attaquer par quatre patous; pourquoi protège-t-on le loup ? »

Jean François Noblet : « On protège le loup comme toute espèce. Il représente la nature sauvage. Nous avons détruit tout ce qui gênait l’homme. La vraie question : notre survie dépend de la biodiversité. Le loup lutte efficacement contre les divagations de chiens (40 morts chez les hommes/an) , les chats errants causes de mort d’oiseaux. Il faut apprendre à vivre avec les loups. En Isère on a un spécialiste du chien patou. On peut les tester avant de les mettre au travail. On peut donc éviter les morsures par les patous. Cela ne me gêne pas qu’on tue des loups qui attaquent fréquemment les moutons. Les promeneurs vont apprendre. les chiens patous seront sélectionnés. Le métier de berger va se spécialiser. Il faut défendre la présence d’élevage de moutons en montagne. »

Plusieurs pistes ont été évoquées pour faire face à la baisse de la biodiversité.

Jean François Noblet : La population mondiale trop grande. Il faut aider les populations du Sud à augmenter leur niveau de vie. Il faut diminuer la consommation et mieux partager les biens. L’usage des pesticides doit être radicalement réduit. Ils menacent les insectes. L’urbanisation et l’imperméabilisation des sols doivent être repensés d’urgence. Il y a lieu de favoriser libre circulation de la faune et de la flore (trames vertes et bleues, noires).

Lapin de garenne, vulnérable.

Yves François: Il y a 50 ans 50% du budget familial était consacré à se nourrir, aujourd’hui 12%. Les rendements ont été multipliés par cinq ou dix. Ce système est en fin de vie. Par le passé, on ne s’est pas occupé d’autre chose que des rendements. Ca change. On fait des cultures associées qui permettent de réduire les maladies. En permaculture on arrive à des résultats tout à fait remarquables. Mais que faire pour que les agriculteurs existent et nourrissent. Il faut que le budget familial fruits-légumes-viande soit conséquent et protège la biodiversité. La PAC, politique européenne de l’agriculture de demain sera très importante.

Marie-Pascale Colace: Il faut aussi agir pour renforcer la protection des espèces. On a pu sauver le bouquetin des Alpes en protégeant espèce et milieu. Le brassage génétique se réalise si la population des espèces est suffisante. Aller vers une diminution de la consommation de viande en rééquilibrant nos alimentations. L’importance de la formation a été soulignée, en précisant que la biologie doit être plus enseignée ainsi que la sensibilisation à la question des semences, que les grands groupes industriels ont considérablement réduit, avec la complicité des lois et règlements.

Jean François Noblet a conclu la soirée animée par Patrick Szulzaft : La biodiversité c’est essentiel. C’est l’équilibre.
La diversité des ethnies, des fromages, des langues,des menus. La diversité est source d’équilibre. Tout système monolithique c’est un danger. La diversité est une assurance pour notre vie.

Prochain café sur le thème « low tech, high tech ».

Plus d’infos.

Forêt marais – les zones humides menacées

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Edouard Schoene

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