La mémoire ouvrière vit à l’IHS CGT

Par Luc Renaud

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L’Institut CGT d’histoire sociale collecte et classe les archives syndicales. Un travail de longue haleine qui éclaire les combats d’aujourd’hui. Et une équipe de passionnés où l’on ne s’ennuie pas.

« On me posait la ques­tion : que feras-tu, à la retraite ? Rien. Entendre le silence. Et puis fina­le­ment… ». Ils sont un peu tous comme ça. Quand on a mili­té au syn­di­cat, la retraite est dif­fi­ci­le­ment silen­cieuse. Alors ils se retrouvent à l’Institut CGT d’histoire sociale. Tous les mer­cre­dis matin. Tour d’horizon des sujets d’actualité, des sor­ties cultu­relles et fami­liales… et place au tri. Le tri, le clas­se­ment l’archivage…

Les ordinateurs ont la mémoire courte

Ce qui les fait mar­cher ? « On estime à 2 % la part de la mémoire ouvrière dans les archives « , constate Gérard Lau­thier. D’où l’initiative prise par la CGT de créer des ins­ti­tuts d’his­toire sociale dans l’essentiel des dépar­te­ments du pays. Celui de l’Isère – que pré­side Claude Luzy –, à Saint-Martin‑d’Hères, c’est la caverne d’Ali Baba. Des docu­ments de la fin du XIXè, sur toute l’histoire de la mine de la Mure, des quan­ti­tés – encore à clas­ser – sur Mer­lin Gérin, des pho­tos d’exception – si le cœur vous en dit, on embauche des béné­voles, à l’IHS.
Avec une inter­ro­ga­tion. « Aujourd’hui, à part les tracts, il n’y a plus de papier dans l’activité syn­di­cale », constate Marie Finet. Or numé­rique rime avec cor­beille plu­tôt qu’avec mémoire. Trier les papiers d’hier, conser­ver la mémoire d’aujourd’hui : voi­là le défi actuel.
Il y a encore beau­coup à faire, à l’IHS Isère.

Luc Renaud

 

Des car­tons qui traînent dans un local syn­di­cal ? Des docu­ments sur l’activité syn­di­cale de la grand-mère qui s’ennuient au gre­nier ? Faites-les renaître à la vie. A l’Institut CGT d’histoire sociale de Saint-Martin‑d’Hères, ils seront clas­sés, ran­gés et uti­li­sables pour les his­to­riens, les syn­di­ca­listes, les étu­diants… 3 rue André Ché­nier à Saint-Martin‑d’Hères, ihsisere@orange.fr

 

Jean-Marc Finet retraité Schneider

« Moi, j’ai com­men­cé en don­nant un coup de main au démé­na­ge­ment. Et c’est la curio­si­té qui a pris le des­sus. Tout me plaît ici, on apprend tout le temps. Se rendre compte de ce qu’était la condi­tion de l’ouvrier à la mine, de voir com­ment les com­bats ont été menés, les dif­fi­cul­tés ren­con­trées dans l’action syn­di­cale à la fin du XIXè ou dans les années 70… c’est pour moi impor­tant. Je donne un coup de main à l’édition de nos cahiers : il faut les lire, on y apprend beau­coup. »

Marie Finet, retraitée caf

« Ca donne la pêche de ren­con­trer des gens. J’ai com­men­cé ici à ma retraite parce que je vou­lais mettre à l’abri des archives du syn­di­cat. Les gens n’ont pas tou­jours conscience des tré­sors que nous avons dans nos locaux. Comme secré­taire de l’IHS, je tâche de nous faire connaître, d’assurer le lien avec l’UD, sur­tout de faire tou­cher du doigt ce que ça a d’important que la voix du monde du tra­vail ne dis­pa­raisse pas dans les bennes à ordures. Essen­tiel pour l’action syn­di­cale aujourd’hui. »

Annie Choisy-Moro, retraitée Ud

« J’étais secré­taire à l’UD et, à la retraite, je ne vou­lais sur­tout pas me retrou­ver dans le même bain. J’ai pris deux ou trois ans de cou­pure et puis le besoin d’échanger… il y a ici une grande fra­ter­ni­té. C’est aus­si enri­chis­sant intel­lec­tuel­le­ment. L’archivage, ce n’est pas tou­jours plai­sant, mais on tombe sur des perles. Il y a des tracts qui me touchent beau­coup. Et puis c’est fon­da­men­tal de conser­ver et de res­ti­tuer la mémoire ouvrière. Je me sens bien ici. »

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