Les syndicats étudiants et le collectif des sans-facs toujours déterminés
Par Kevin Gazoufer
/

C’est symboliquement en face de la bibliothèque Joseph Fourier, juste à côté du bâtiment de la présidence que commence le rassemblement des sans-facs, principalement accompagnés par l’UNEF. Léonce Subtil, président de l’UNEF Grenoble, annonce le déroulé de l’après-midi et qu’un rendez-vous est prévu à 17h avec la direction de l’université Grenoble Alpes (UGA).
Où se déroulera le rendez-vous auquel deux représentants de l’UNEF et deux sans-facs participeront ? À l’espace MUSE (la maison des services étudiants), à quelques centaines de mètres de là. Pourquoi là-bas ? Cela interroge aussi les personnes sur place mais la motivation reste de mise et des slogans commencent à être entonnés aux mégaphones avant de se déplacer vers l’espace MUSE.
« Étudier est un droit, pas un privilège », « Facs ouvertes aux enfants d’ouvriers, facs fermées aux intérêts privés » ou « Qu’est ce qu’on veut ? Des inscriptions ! Pour qui ? Les sans-facs ! Pour quand ? Maintenant ! », sont repris pendant la marche et ne semblent pas effaroucher les moutons que le cortège croise plusieurs dizaines de mètres après le départ.

Intrigué·es des étudiant·es filment la scène et, même après cette curieuse rencontre, beaucoup de regards se tournent vers le cortège d’une petite centaine de personnes. Des tracts avec un QR Code vers la pétition de l’UNEF pour les sans-facs sont distribués aux passant·es sur le trajet.
Un rendez-vous à huit-clos et des interventions à l’extérieur
Une fois arrivé devant le lieu du rendez-vous, le cortège installe la sono portable proche des vitres de la salle. Même si l’immense majorité des personnes n’est pas conviée à l’intérieur, l’idée est de se faire entendre et de soutenir les camarades quand ils seront avec la présidence de l’université pour obtenir le plus d’inscriptions possible.

Une des premières nouvelles que nous aurons de cette réunion est qu’ils ont du mal s’entendre à l’intérieur, le groupe s’est donc ensuite écarté d’une vingtaine de mètres de la salle. Avant que les nombreuses interventions au micro des sans-facs et des syndicats soient démarrées.
Des interventions qui poussent à la solidarité, un ex sans-fac étant par exemple venu pour encourager ses camarades. Un sans-fac qui malgré sa licence de droit et 37 candidatures en master ainsi que de nombreux recours s’indigne « On nous dit tout le temps d’étudier, mais au final on nous chie dessus comme ça, c’est pas normal ! ». D’autres sans-facs viennent courageusement au micro expliquer leur situation et exprimer leur soutien envers les autres.
Les syndicats appellent à une union avec les mobilisations actuelles (lycéens, fonction publique, sapeurs-pompiers…) et dénoncent des politiques qui ne donnent pas assez de moyens aux secteurs du public.

D’un problème global aux cas particuliers
« 15 milliards d’euros » revendiqués par les organisations syndicales françaises de l’enseignement supérieur nous précise un membre de l’UNEF. Pour le budget de l’état c’est peu et « de l’argent il y en a pour l’armée ou pour les entreprises », ajoute-t-il. Par ailleurs il se réjouit que les sans-facs ne soient pas tout seuls lors des rassemblements et que cette mobilisation inscrive la sélection dans les débats de la rentrée. À Grenoble, sur une cinquantaine de dossiers de base, il y a eu 17 propositions faites puis acceptées dont 8 dans la première filière souhaitée. Cinq masters (quatre en génie civil et un en cinéma) ayant été trouvés pendant la semaine précédente. L’UNEF continuera de revendiquer des inscriptions pour les 15/20 dossiers qui lui restent à ce moment. Certaines personnes ayant abandonné le processus, voire dû aller chercher du travail.
Anaïs (prénom modifié), sans-fac, accepte de répondre à quelques questions. Anaïs a validé sa licence de psychologie avec mention assez bien, malgré une promesse de stage et 18 candidatures dans des masters en psychologie clinique (pour pratiquer auprès de patient·es) et en psychologie du travail « même si ce n’était pas vraiment ce que je voulais », reste pour l’instant sans solution. Quand on lui demande ce qu’elle ressent par rapport à tout ça, elle nous répond : « Ça m’énerve parce que j’avais envie de faire tout d’une traite et mon rêve c’était d’être psychologue ». Ce qu’elle pense de la mobilisation ? « Que les résultats pour certain•es donne espoir pour nous ». Mais rapidement elle est appelée à rejoindre les personnes qui rentrent dans la salle de réunion, vers 18h.

Un dialogue pacifique mais compliqué
En réaction de la rentrée de quelques dizaines de personnes deux membres de l’université quittent la salle par la porte vitrée, tandis que deux autres restent à l’intérieur discuter avec les personnes présentes. Pourquoi être rentré ainsi ? Léonce Subtil indique que la présidence a fermé la porte à certains dossiers, les masters de psychologie, de droit et un master de communication. « Ce qu’on trouve inacceptable c’est qu’on nous dise pour certain·es, il n’y a pas de solution » ajoute-t-il.
Deux dossiers ont tout de même avancé ce lundi soir, un pour un master Arts, lettres et civilisations et l’autre pour une proposition de L0 en biologie. Les deux concernées pensent l’accepter même si « Loubna », titulaire d’une L2 biologie en Algérie dont nous parlions plus en détails dans cet article, espérait mieux.

Les demandes du collectif s’orientent rapidement pour appeler M. Lakhnech, président de l’UGA, auprès de ses collaborateurs dont M. Oudart, son directeur de cabinet, qui arrive après l’occupation de la salle. Les discussions semblent tourner en rond quand M. Oudart propose d’envoyer un mail, raillé par les mobilisé·es qui répètent n’avoir reçu de réponses à leurs mails qu’une seule fois. M. Oudart propose alors d’y répondre dans la soirée pour un rendez-vous avec M. Lakhnech. L’impatience de connaître la date de rendez-vous est palpable. Une membre de l’UNEF envoie le mail dans la foulée.
« Si ils pensent qu’on va arrêter de se battre contre la sélection parce qu’ils ne font pas de proposition ils se trompent ». Léonce Subtil, président de l’UNEF Grenoble
Léonce Subtil reste prudent sur cette déclaration orale et réaffirme que « ce qu’on veut c’est discuter avec M. Lakhnech », il prévient aussi que « si ils pensent qu’on va arrêter de se battre contre la sélection parce qu’ils ne font pas de proposition ils se trompent ». La mobilisation se termine au crépuscule par le départ de la direction puis le débriefing au micro de cette mobilisation. Nous apprendrons par la suite que la demande de rendez-vous avec M. Lakhnech a été acceptée et a eu lieu mercredi matin.
Entrevue qui n’a pas permis de faire bouger les lignes : deux étudiants ont pu être inscrits… dans des filières qui ne correspondent pas à leurs souhaits initiaux.
Affaire à suivre !



