Saint-Égrève. Au CHAI, les soignants mobilisés réclament « des bras et des lits »
Par Manuel Pavard
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C’est la goutte d’eau qui a fait déborder un vase déjà bien plein. Au Centre hospitalier Alpes Isère (CHAI) — l’hôpital psychiatrique de Saint-Égrève -, les soignants, déjà éprouvés par le manque chronique de moyens et de personnel, ont eu la désagréable surprise, en novembre dernier, de découvrir le projet de réorganisation du temps de travail envisagé par la direction. Décision qui a mis le feu aux poudres, aboutissant in fine aux deux journées de grève des 8 et 26 juin.

Après une première mobilisation importante, avec près de 200 personnes manifestant dans les rues de Saint-Égrève et quelque 80 grévistes recensés dans les services, la CGT entendait maintenir la pression en appelant le personnel à se rassembler devant le conseil départemental, vendredi 26 juin. Des agents qui, pour beaucoup, ciblent le nouveau directeur, arrivé en avril 2025 à la tête de l’établissement.
« Novlangue managériale »
Dès ses premiers pas, ce dernier a commencé à « parler de réorganisation, optimisation, efficience », se souviennent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas, respectivement secrétaire générale et secrétaire adjoint du syndicat CGT du CHAI. Bref, la « novlangue managériale » typique, totalement inadaptée à un établissement public de santé mentale. Pour justifier ce choix, la direction invoque le déficit budgétaire évalué au départ à environ 3 millions d’euros. Un montant certes inédit mais à relativiser au regard, par exemple, de la dotation de l’hôpital, comprise entre 120 et 130 millions d’euros.

Avec ce projet, les soignants disposeraient de temps et jours de repos très variables tandis que les jours fériés et RTT leur seraient imposés. Le tout sur des cycles de douze semaines — contre deux semaines actuellement — durant lesquelles les changements d’emploi du temps seraient incessants. « Et au bout de la treizième semaine, on redémarre à zéro », indiquent les responsables syndicaux. « On n’aura plus de stabilité professionnelle et personnelle », déplorent-ils.
« La direction ne veut pas entendre la souffrance générée chez les agents »
Parmi les plus touchés, les agents à temps partiel, qui profitaient jusque-là du mercredi off pour s’occuper de leurs enfants ou s’adonner à une activité culturelle ou sportive, devront y renoncer ou s’adapter. « En fait, la direction décide de ce qui concerne notre vie personnelle. Elle ne veut pas entendre la souffrance générée chez les agents », s’insurgent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas.

Si l’opposition de la CGT a permis de repousser l’application de ces nouvelles règles du temps de travail de janvier 2026 à janvier 2027, une mauvaise surprise est néanmoins évoquée. « Il y a certains services qui auraient déjà programmé le changement pour le mois d’août », confient les deux syndicalistes, pointant l’absence totale de concertation. « On demande le tableau des emplois pour savoir combien de postes seraient ainsi économisés », puisque l’argument financier est invoqué. « Mais la direction nous répond qu’elle n’a pas les chiffres ! »
« Une énorme perte de sens du travail »
Conséquences, les soignants, qui sont déjà « en service minimum et travaillent à trois, en flux tendu », sont à bout, avec une charge de travail qui ne cesse d’augmenter — ou en tout cas qui ne faiblit pas. D’où « une énorme perte de sens du travail » ressentie par de nombreux agents, soulignent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas. « Beaucoup de gens nous ont informés de leur futur départ du CHAI. »
Cette réorganisation se fait en outre « au détriment de la santé du personnel » mais aussi de celle des patients dont la prise en charge sera moins longue et moins efficace. Pourtant, il ne faut pas jouer avec la psychiatrie et avec la santé mentale des personnes, s’inquiètent les élus CGT. « C’est compliqué de faire sortir des patients qui ne sont pas stables, ça entraîne des risques pour l’ordre public. Pour l’instant, on a réussi à éviter un drame mais on a l’impression que la direction n’attend que ça… »

Que faire alors ? Le syndicat va frapper à toutes les portes. Le 26 juin, l’objectif du rassemblement était ainsi d’interpeller la présidente du conseil de surveillance Annie Pourtier, vice-présidente du département de l’Isère. Et un futur rendez-vous est déjà donné le 16 juillet devant l’antenne grenobloise de l’Agence régionale de santé (ARS) où les manifestants répéteront leur principale revendication : « Des bras et des lits ! » C’est pourtant simple, non ?


