Saint-Égrève. Au CHAI, les soignants mobilisés réclament « des bras et des lits »

Par Manuel Pavard

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La CGT appelait à un rassemblement devant le conseil départemental le 26 juin, afin notamment d'interpeller la présidente du conseil de surveillance Annie Pourtier, vice-présidente du département de l'Isère.
Après une première journée de grève réussie le 8 juin, les agents du Centre hospitalier Alpes Isère (CHAI) de Saint-Égrève se sont de nouveau mobilisés vendredi 26 juin, se rassemblant devant l'hôtel du département, à l'appel de la CGT. En cause, le manque de moyens et de personnel ainsi que le projet de réorganisation du temps de travail porté par la direction, qui se ferait au détriment de leur vie privée. Déterminés, les soignants réclament donc "des bras et des lits".

C’est la goutte d’eau qui a fait débor­der un vase déjà bien plein. Au Centre hos­pi­ta­lier Alpes Isère (CHAI) — l’hô­pi­tal psy­chia­trique de Saint-Égrève -, les soi­gnants, déjà éprou­vés par le manque chro­nique de moyens et de per­son­nel, ont eu la désa­gréable sur­prise, en novembre der­nier, de décou­vrir le pro­jet de réor­ga­ni­sa­tion du temps de tra­vail envi­sa­gé par la direc­tion. Déci­sion qui a mis le feu aux poudres, abou­tis­sant in fine aux deux jour­nées de grève des 8 et 26 juin.

Ras­sem­ble­ment le 8 juin sur le site du CHAI où les gré­vistes écoutent le dis­cours du séna­teur Guillaume Gon­tard.

Après une pre­mière mobi­li­sa­tion impor­tante, avec près de 200 per­sonnes mani­fes­tant dans les rues de Saint-Égrève et quelque 80 gré­vistes recen­sés dans les ser­vices, la CGT enten­dait main­te­nir la pres­sion en appe­lant le per­son­nel à se ras­sem­bler devant le conseil dépar­te­men­tal, ven­dre­di 26 juin. Des agents qui, pour beau­coup, ciblent le nou­veau direc­teur, arri­vé en avril 2025 à la tête de l’é­ta­blis­se­ment.

« Novlangue managériale »

Dès ses pre­miers pas, ce der­nier a com­men­cé à « par­ler de réor­ga­ni­sa­tion, opti­mi­sa­tion, effi­cience », se sou­viennent Isa­belle Gui­ga et Rafael de Bor­to­li-Var­gas, res­pec­ti­ve­ment secré­taire géné­rale et secré­taire adjoint du syn­di­cat CGT du CHAI. Bref, la « nov­langue mana­gé­riale » typique, tota­le­ment inadap­tée à un éta­blis­se­ment public de san­té men­tale. Pour jus­ti­fier ce choix, la direc­tion invoque le défi­cit bud­gé­taire éva­lué au départ à envi­ron 3 mil­lions d’eu­ros. Un mon­tant certes inédit mais à rela­ti­vi­ser au regard, par exemple, de la dota­tion de l’hô­pi­tal, com­prise entre 120 et 130 mil­lions d’eu­ros.

Une grève très sui­vie.

Avec ce pro­jet, les soi­gnants dis­po­se­raient de temps et jours de repos très variables tan­dis que les jours fériés et RTT leur seraient impo­sés. Le tout sur des cycles de douze semaines — contre deux semaines actuel­le­ment — durant les­quelles les chan­ge­ments d’emploi du temps seraient inces­sants. « Et au bout de la trei­zième semaine, on redé­marre à zéro », indiquent les res­pon­sables syn­di­caux. « On n’au­ra plus de sta­bi­li­té pro­fes­sion­nelle et per­son­nelle », déplorent-ils.

« La direction ne veut pas entendre la souffrance générée chez les agents »

Par­mi les plus tou­chés, les agents à temps par­tiel, qui pro­fi­taient jusque-là du mer­cre­di off pour s’oc­cu­per de leurs enfants ou s’a­don­ner à une acti­vi­té cultu­relle ou spor­tive, devront y renon­cer ou s’a­dap­ter. « En fait, la direc­tion décide de ce qui concerne notre vie per­son­nelle. Elle ne veut pas entendre la souf­france géné­rée chez les agents », s’in­surgent Isa­belle Gui­ga et Rafael de Bor­to­li-Var­gas.

Les mani­fes­tants sont par­tis du CHAI pour défi­ler dans les rues de Saint-Égrève.

Si l’op­po­si­tion de la CGT a per­mis de repous­ser l’ap­pli­ca­tion de ces nou­velles règles du temps de tra­vail de jan­vier 2026 à jan­vier 2027, une mau­vaise sur­prise est néan­moins évo­quée. « Il y a cer­tains ser­vices qui auraient déjà pro­gram­mé le chan­ge­ment pour le mois d’août », confient les deux syn­di­ca­listes, poin­tant l’ab­sence totale de concer­ta­tion. « On demande le tableau des emplois pour savoir com­bien de postes seraient ain­si éco­no­mi­sés », puisque l’ar­gu­ment finan­cier est invo­qué. « Mais la direc­tion nous répond qu’elle n’a pas les chiffres ! »

« Une énorme perte de sens du travail »

Consé­quences, les soi­gnants, qui sont déjà « en ser­vice mini­mum et tra­vaillent à trois, en flux ten­du », sont à bout, avec une charge de tra­vail qui ne cesse d’aug­men­ter — ou en tout cas qui ne fai­blit pas. D’où « une énorme perte de sens du tra­vail » res­sen­tie par de nom­breux agents, sou­lignent Isa­belle Gui­ga et Rafael de Bor­to­li-Var­gas. « Beau­coup de gens nous ont infor­més de leur futur départ du CHAI. »

Cette réor­ga­ni­sa­tion se fait en outre « au détri­ment de la san­té du per­son­nel » mais aus­si de celle des patients dont la prise en charge sera moins longue et moins effi­cace. Pour­tant, il ne faut pas jouer avec la psy­chia­trie et avec la san­té men­tale des per­sonnes, s’in­quiètent les élus CGT. « C’est com­pli­qué de faire sor­tir des patients qui ne sont pas stables, ça entraîne des risques pour l’ordre public. Pour l’ins­tant, on a réus­si à évi­ter un drame mais on a l’im­pres­sion que la direc­tion n’at­tend que ça… »

Les reven­di­ca­tions avan­cées par la CGT.

Que faire alors ? Le syn­di­cat va frap­per à toutes les portes. Le 26 juin, l’ob­jec­tif du ras­sem­ble­ment était ain­si d’in­ter­pel­ler la pré­si­dente du conseil de sur­veillance Annie Pour­tier, vice-pré­si­dente du dépar­te­ment de l’I­sère. Et un futur ren­dez-vous est déjà don­né le 16 juillet devant l’an­tenne gre­no­bloise de l’A­gence régio­nale de san­té (ARS) où les mani­fes­tants répé­te­ront leur prin­ci­pale reven­di­ca­tion : « Des bras et des lits ! » C’est pour­tant simple, non ?

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