Eybens. « Malaise global » : les salariés du foyer Agora APF France Handicap en grève
Par Manuel Pavard
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L’ironie de la situation n’a pas échappé à la trentaine de salariés du foyer l’Agora — APF France Handicap (anciennement Association des paralysés de France). En 2025, la Haute autorité de santé (HAS) a décerné à cet établissement d’accueil médicalisé (EAM) pour personnes handicapées, situé à Eybens, une étoile pour « bientraitance », à la grande fierté de la direction. « Poudre aux yeux qui masque la réalité du terrain », raillent les salariés dans un communiqué diffusé à la suite de l’assemblée générale ayant voté la grève pour le 26 mai. Et d’ajouter : « Nous subissons un épuisement professionnel occasionnant du turn-over important, de nombreux arrêts de travail et démissions. Comment prendre soin des résidents et des usagers si les professionnel.les subissent eux-même de la maltraitance ? »

C’est en réaction à cette « maltraitance généralisée institutionnelle envers tous les professionnels de la structure » — agents de collectivité, veilleuses de nuit, personnel du service d’accueil de jour, personnel éducatif et soignant de la vie quotidienne — due notamment au sous-effectif et aux conditions de travail dégradées, que plus de 80 % des salariés de l’Agora se sont mis en grève mardi 26 mai. Un mouvement qui s’inscrit dans le cadre d’une mobilisation nationale plus large, à l’appel de l’intersyndicale du médico-social et de la CGT APF France Handicap.
« Des problèmes de santé physique et mentale »
Présents sur le piquet de grève dès le début de matinée, les grévistes ont reçu ensuite la visite de la directrice, durant près d’une heure et demie. « On a d’abord discuté de nos revendications principales, le manque de personnel et de moyens. Mais elle s’est montrée catégorique, disant que ce n’était pas de son ressort, que ça dépendait des financeurs, au niveau national », raconte Philippe Moerman, salarié de l’Agora et syndiqué à la CGT. « On a répondu que ça ne changeait pas le fait que notre travail n’était pas faisable dans ces conditions. »

De fait, leurs métiers, « peu rémunérés », comportent déjà de « fortes contraintes » à l’origine : amplitude horaire importante, travail le week-end et les jours féries, rythme soutenu, horaires décalés, port de charges lourdes, charge mentale… S’y ajoutent des méthodes de management unanimement décriées. Les conséquences sont lourdes, avec « une perte de sens et des problèmes de santé physique et mentale » qui se multiplient. « On a de plus en plus mal au dos et des diagnostics très fréquents de troubles musculo-squelettiques. Et on est épuisés moralement et physiquement », dénonce Philippe Moerman. Lequel évoque « une dynamique de petits gestes accumulés qui créent un malaise global chez l’ensemble des salariés de la structure ».
À l’issue de la discussion avec les salariés en grève, la directrice leur a demandé de « réfléchir à des aménagements, puis de revenir vers elle pour monter un groupe de travail », rapporte le militant CGT. Mais certains précédents l’incitent à la prudence, à l’image de cet exemple, en mars et avril derniers : « On a mis en place un planning avec des douches un jour sur deux pour les résidents. La direction n’était pas très chaude mais a fait un geste et on a pu faire le test pendant deux mois. Certains résidents n’étaient pas satisfaits, préférant une douche chaque jour, chose qu’on pouvait parfaitement entendre. Mais on n’avait pas assez de personnel. » Néanmoins, l’expérience était jugée concluante par la plupart des résidents comme des salariés… Sauf qu’un jour, « la direction est revenue dessus et a supprimé le test, très verticalement ».
Recruter des professionnels
Les salariés regrettent que les mauvaises conditions de travail se répercutent sur le public — 33 résidents au sein du foyer plus d’autres personnes fréquentant l’accueil de jour. Un exemple parmi d’autres, l’entretien de véhicules en majorité assez anciens. « S’il y en a un qui nous lâche, ils n’en rachèteront pas », anticipe Philippe Moerman. Pourtant, ces véhicules sont indispensables pour « emmener les résidents à leurs rendez-vous médicaux, en sortie montagne ou au ski. Ils ne peuvent pas sortir en autonomie », souligne-t-il.

Les grévistes avancent donc de nombreuses revendications. La première d’entre elles concerne le recrutement de professionnels pour remédier au problème de sous-effectif. « On a besoin d’un professionnel en plus le matin et un autre le soir », précise le syndicaliste. Autres suggestions (liste non exhaustive) : « l’arrêt de l’utilisation abusive » de stagiaires et de services civiques — à la place de salariés -, un fonctionnement plus démocratique, des plannings permettant de concilier vie professionnelle et vie personnelle, de nouvelles pratiques de management, mettre fin à la surveillance des temps de pause, un meilleur entretien des lieux de travail, du matériel, des véhicules… « Maintenant, indique Philippe Moerman, on attend des propositions concrètes. »


