Grenoble. Les cheminots mobilisés contre la suppression des visites des agents d’escale
Par Manuel Pavard
/

Une soixantaine de trains supprimés — sur deux cents au total — au départ et à l’arrivée de Grenoble, 40 à 50 % des conducteurs de train en grève… Le mouvement de grève lancé ce mardi 7 avril, en gare de Grenoble, par l’intersyndicale (CGT, CFDT, SUD Rail, UNSA), a « plutôt été une réussite », estime Martin Vidal, conducteur de train et secrétaire de la CGT cheminots. La mobilisation pouvait en effet sembler incertaine, autour d’une revendication n’ayant pas d’effets directs sur les salaires, les retraites ou les conditions de travail des cheminots — même si cela les touchera in fine.

Dans leur viseur, la suppression prochaine, dans la capitale des Alpes, des visites avant expédition (VAE). « C’est un processus de sécurité mis en place quand les trains arrivent en gare et que les rames, garées dans les chantiers SNCF, sont visitées par les agents d’escale. Ils s’assurent que tous les voyageurs sont bien descendus, que personne n’est bloqué dans les toilettes, qu’il n’y a aucun objet abandonné ou colis suspect à bord », explique le syndicaliste.
La suppression du dispositif testée « site par site »
Chaque année, des dizaines de colis et de personnes sont ainsi découverts grâce à la VAE. Un dispositif que la SNCF entend pourtant supprimer dès le 1er juin en gare de Grenoble, avant d’étendre la mesure à la région. « La stratégie de la SNCF, c’est de tester site par site, précise Martin Vidal. Ensuite, ce sera Lyon Perrache. Et avant, ça a déjà été appliqué dans d’autres dépôts, comme Annemasse. Mais là-bas, les agents d’escale ont continué à faire la visite par professionnalisme. »

À Grenoble, la direction de la SNCF entend confier ce rôle de contrôle — largement vidé de son contenu — aux conducteurs de train. Lesquels devront simplement effectuer « deux annonces » au micro afin d’informer les passagers. Sans VAE, les cheminots craignent de voir des voyageurs ou des bagages rester à bord et se retrouver sur les chantiers SNCF, à 3 kilomètres de la gare. Sans compter leur absence de formation pour gérer, par exemple, des personnes violentes.
« Le but de la SNCF, c’est que l’exploitation des TER soit rentable en vue de la privatisation, pour attirer les groupes privés. »
Si leurs missions ne se limitent pas à la VAE, les trois postes d’agents d’escale à Grenoble subiraient les conséquences d’une telle suppression. Martin Vidal craint ainsi de voir, à terme, « deux emplois qui sautent ». Après avoir un temps invoqué de présumés motifs d’efficacité, « la direction a fini par avouer que c’était surtout pour des raisons financières », confie-t-il d’ailleurs, décrivant un maillon d’une chaîne plus globale.

De fait, les syndicats replacent cette décision dans le cadre de l’ouverture à la concurrence des TER, programmée en 2032, pour le secteur de Grenoble et Chambéry. « Le but de la SNCF, c’est que l’exploitation des TER soit rentable en vue de la privatisation, pour attirer les groupes privés », dénonce le représentant CGT.
Ce dogme des économies tous azimuts se heurte toutefois à la résistance des cheminots. À Grenoble donc, mais également à la gare de Lyon Perrache où une grève est prévue, vendredi 10 avril, contre la suppression d’une vingtaine de postes de contrôleur. « Il n’y aura plus de contrôleur obligatoire entre Mâcon et Avignon, déplore Martin Vidal. C’est de plus en plus souvent le cas dans les TER : les gens n’auront personne pour les renseigner. » Désormais, l’objectif est clair pour les grévistes grenoblois : « On va essayer de régionaliser le conflit. » Avec de nouvelles actions en prévision d’ici le 1er juin.
Une pétition lancée par la CGT
La CGT cheminots Grenoble a lancé une pétition intitulée « Stop aux suppressions du personnel en gare », accessible à ce lien : https://www.change.org/p/stop-au-suppression-de-postes-en-gare-de-grenoble


