Fontaine. Comprendre la polémique post-élections entre LFI et le PCF
Par Travailleur Alpin
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Lundi 23 mars, quelques heures à peine après le second tour des élections municipales, Claudine Didier [tête de liste d’union de la gauche « Fontaine Nous Rassemble »] reçoit un SMS. « As-tu déjà envoyé ta lettre de démission de la Métropole ? ». Une question simple, posée par Esma Rais, nouvelle élue d’opposition LFI.
Problème. La tête de liste s’était effectivement engagée à démissionner de la métropole si elle était élue maire, en faisant même un argument de campagne en revendiquant une « maire 100% disponible pour sa ville »… Mais le résultat du scrutin en a décidé autrement, et la liste de gauche n’a pas réussi à s’imposer dans les urnes le dimanche 15 mars : Claudine Didier n’est pas maire de Fontaine.
La machine s’emballe, et aux messages agressifs dans des boucles Telegram [ndlr : outil de messagerie instantanée] succèdent les communiqués de presse et publications « indignées » sur les réseaux sociaux.
En réalité, l’exagération de cette affaire – qui demeure un non-sujet pour les communistes – vise à deux autres objectifs, qui concerneraient davantage les débats internes au sein du mouvement insoumis.
Des insoumis fontainois divisés…
Un observateur des discussions engagées entre les forces de gauche fontainoises au printemps et à l’été se rappelle qu’il n’avait pas été simple de convaincre l’état-major LFI de jouer le jeu de l’union. A l’époque, il était apparu que si une part non négligeable des militants locaux poussaient sincèrement à la roue de l’union, le couple Rais était plus sensible aux arguments des dirigeants pesant depuis l’extérieur et prônant une liste autonome LFI. À l’image de… Allan Brunon, candidat à Grenoble, qui serait allé jusqu’à intervenir dans des réunions fontainoises pour essayer d’imposer sa ligne stratégique, en cohérence avec la campagne autonome qu’il lançait lui-même à Grenoble.

Au final, le choix de l’union l’a emporté, non sans obtenir un très fort quota de candidats insoumis sur la liste commune, faisant sur le papier du mouvement la première force au sein de la future majorité en cas de succès. Un accord qui sera ensuite utilisé par les (ex-)socialistes et le représentant Place Publique pour justifier leur ralliement au maire de droite sortant.
Mais les tensions ont continué de s’exprimer dans la campagne, fragilisant la dynamique de terrain. Ainsi, perdant la main en interne, Slimane et Esma Rais ont créé leur propre groupe d’action LFI – la structure de base du mouvement –, distinct de celui « historique » qui regroupe encore la majorité des militants insoumis fontainois. Et, après la publication des candidats présentés sur le livret programme, le couple a fait retirer de a liste déposée en préfecture des candidatures LFI jugées « non conforme » à leurs attentes.
Un militant communiste se souvient, presque amusé, de ce moment : « On allait déposer la liste, et là, ils nous appellent pour dire que finalement ils modifient certaines candidatures ; comme ils n’avaient pas assez de monde proche d’eux pour remplacer ceux qu’ils écartaient, un sympathisant communiste s’est retrouvé sur leur quota et ça a fait remonter un adhérent PCF dans le tableau… heureusement que les insoumis « unitaires » sont sympas, ils ont continué à s’investir à fond dans la campagne ; après un coup comme ça de leurs représentants officiels, on craignait qu’ils finissent par claquer la porte… »
Ces divisions au sein du mouvement insoumis dépassent d’ailleurs le cadre de la commune : la campagne électorale aura vu nombre de militants grenoblois venir aider la liste unitaire à Fontaine, pendant que l’appareil de LFI dirigeait des militants fontainois vers celle de Antar Labiod, candidat LFI à Echirolles, qui se présentait contre la maire communiste Amandine Demore.
L’opération engagée à l’encontre de Claudine Didier vient donc tenter de légitimer une ligne contre une autre, certains allant jusqu’à parler presque ouvertement de « caporalisation »…
…et un contre-feu concernant les négociations métropolitaines LFI/Place Publique
Autre motivation de l’opération : éviter d’attirer le regard des militants insoumis sur les négociations en cours entre Allan Brunon, qui dirige une délégation LFI de sept élus grenoblois à la Métropole, avec Christophe Ferrari (Place Publique), président sortant de l’institution, négociations visant à conforter ce dernier.

Alors que la gauche sort traumatisée du mandat 2020–2026, et que du côté des écologistes et de certains socialistes, beaucoup entendent tout faire pour tourner la page, la position d’Allan Brunon dans les manœuvres en cours a pu surprendre. Le chef de file insoumis, s’il affirme prévoir un tour de piste autour de sa propre candidature, ne cache pas le fait que le président sortant mène des discussions avec lui, en vue d’œuvrer à sa réélection. De fait, si les échanges entre élus de gauche ne s’engagent pas sérieusement dans les jours qui viennent, on pourrait donc retrouver avec un axe « Petites communes – centristes – LFI » lors du conseil du 17 avril, les élus insoumis participant à rééditer le tour de force de 2020 en mêlant leurs voix à celles du groupe macroniste, voire de la droite, contre celles des élus socialistes et écologistes…
Un bel exemple de tactique politique que d’aucun pourrait qualifier de « tambouille », pour citer Jean-Luc Mélenchon, et qui risque fort de ne pas passer auprès de la base insoumise. D’où l’enjeu de multiplier les contre-feux.
Les semaines qui arrivent semblent devoir s’annoncer mouvementées.
Robert W. Wellnes
Métropole : les communistes appellent à la responsabilité et au dialogue
De leur côté, les communistes ne restent pas inactifs. Alors qu’ils sortent renforcés de la séquence, et pourront compter sur un groupe d’au moins une quinzaine d’élus au conseil métropolitain comprenant deux maires triomphalement réélus malgré une profusion de listes en face d’eux – 51,1% dès le premier tour pour David Queiros, 59,6% au second tour pour Amandine Demore –, ils entendent « poursuivre leur rôle de trait d’union, pour bâtir un pacte de gouvernance qui intègre à la fois la dimension politique – à gauche – et celle des territoires, indispensable dans une intercommunalité de coopération choisie ». Une expression est en préparation, ainsi que des propositions de rencontres. Affaire à suivre.


