Fontaine. Comprendre la polémique post-élections entre LFI et le PCF

Par Travailleur Alpin

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Le 16 novembre de l'an dernier, le lancement de la campagne de la gauche à Fontaine. La France insoumise locale avait fini par accepter de faire partie de l'union.
La poussière n’est pas retombée que déjà, l’alliance conclut entre la France Insoumise et les communistes fontainois se fracture. Les outrances de la campagne de cyber-harcèlement lancée par Slimane Rais [chef de file LFI et élu d’opposition à Fontaine] et relayée par le très médiatique Allan Brunon, masquent d’autres réalités plus profondes. Décryptage.

Lun­di 23 mars, quelques heures à peine après le second tour des élec­tions muni­ci­pales, Clau­dine Didier [tête de liste d’union de la gauche « Fon­taine Nous Ras­semble »] reçoit un SMS. « As-tu déjà envoyé ta lettre de démis­sion de la Métro­pole ? ». Une ques­tion simple, posée par Esma Rais, nou­velle élue d’opposition LFI.

Pro­blème. La tête de liste s’était effec­ti­ve­ment enga­gée à démis­sion­ner de la métro­pole si elle était élue maire, en fai­sant même un argu­ment de cam­pagne en reven­di­quant une « maire 100% dis­po­nible pour sa ville »… Mais le résul­tat du scru­tin en a déci­dé autre­ment, et la liste de gauche n’a pas réus­si à s’imposer dans les urnes le dimanche 15 mars : Clau­dine Didier n’est pas maire de Fon­taine.

La machine s’emballe, et aux mes­sages agres­sifs dans des boucles Tele­gram [ndlr : outil de mes­sa­ge­rie ins­tan­ta­née] suc­cèdent les com­mu­ni­qués de presse et publi­ca­tions « indi­gnées » sur les réseaux sociaux.

En réa­li­té, l’exagération de cette affaire – qui demeure un non-sujet pour les com­mu­nistes – vise à deux autres objec­tifs, qui concer­ne­raient davan­tage les débats internes au sein du mou­ve­ment insou­mis.

Des insoumis fontainois divisés…

Un obser­va­teur des dis­cus­sions enga­gées entre les forces de gauche fon­tai­noises au prin­temps et à l’été se rap­pelle qu’il n’avait pas été simple de convaincre l’état-major LFI de jouer le jeu de l’union. A l’époque, il était appa­ru que si une part non négli­geable des mili­tants locaux pous­saient sin­cè­re­ment à la roue de l’union, le couple Rais était plus sen­sible aux argu­ments des diri­geants pesant depuis l’extérieur et prô­nant une liste auto­nome LFI. À l’image de… Allan Bru­non, can­di­dat à Gre­noble, qui serait allé jusqu’à inter­ve­nir dans des réunions fon­tai­noises pour essayer d’imposer sa ligne stra­té­gique, en cohé­rence avec la cam­pagne auto­nome qu’il lan­çait lui-même à Gre­noble.

Esma Rais (LFI), Anne Habo­zit (les Éco­lo­gistes), Mary­line Fily (PCF), can­di­dates sur la liste que condui­sait Clau­dine Didier.

Au final, le choix de l’union l’a empor­té, non sans obte­nir un très fort quo­ta de can­di­dats insou­mis sur la liste com­mune, fai­sant sur le papier du mou­ve­ment la pre­mière force au sein de la future majo­ri­té en cas de suc­cès. Un accord qui sera ensuite uti­li­sé par les (ex-)socialistes et le repré­sen­tant Place Publique pour jus­ti­fier leur ral­lie­ment au maire de droite sor­tant.

Mais les ten­sions ont conti­nué de s’exprimer dans la cam­pagne, fra­gi­li­sant la dyna­mique de ter­rain. Ain­si, per­dant la main en interne, Sli­mane et Esma Rais ont créé leur propre groupe d’action LFI – la struc­ture de base du mou­ve­ment –, dis­tinct de celui « his­to­rique » qui regroupe encore la majo­ri­té des mili­tants insou­mis fon­tai­nois. Et, après la publi­ca­tion des can­di­dats pré­sen­tés sur le livret pro­gramme, le couple a fait reti­rer de a liste dépo­sée en pré­fec­ture des can­di­da­tures LFI jugées « non conforme » à leurs attentes.

Un mili­tant com­mu­niste se sou­vient, presque amu­sé, de ce moment : « On allait dépo­ser la liste, et là, ils nous appellent pour dire que fina­le­ment ils modi­fient cer­taines can­di­da­tures ; comme ils n’avaient pas assez de monde proche d’eux pour rem­pla­cer ceux qu’ils écar­taient, un sym­pa­thi­sant com­mu­niste s’est retrou­vé sur leur quo­ta et ça a fait remon­ter un adhé­rent PCF dans le tableau… heu­reu­se­ment que les insou­mis « uni­taires » sont sym­pas, ils ont conti­nué à s’investir à fond dans la cam­pagne ; après un coup comme ça de leurs repré­sen­tants offi­ciels, on crai­gnait qu’ils finissent par cla­quer la porte… »

Ces divi­sions au sein du mou­ve­ment insou­mis dépassent d’ailleurs le cadre de la com­mune : la cam­pagne élec­to­rale aura vu nombre de mili­tants gre­no­blois venir aider la liste uni­taire à Fon­taine, pen­dant que l’appareil de LFI diri­geait des mili­tants fon­tai­nois vers celle de Antar Labiod, can­di­dat LFI à Echi­rolles, qui se pré­sen­tait contre la maire com­mu­niste Aman­dine Demore.

L’opération enga­gée à l’encontre de Clau­dine Didier vient donc ten­ter de légi­ti­mer une ligne contre une autre, cer­tains allant jusqu’à par­ler presque ouver­te­ment de « capo­ra­li­sa­tion »

et un contre-feu concernant les négociations métropolitaines LFI/Place Publique

Autre moti­va­tion de l’opération : évi­ter d’attirer le regard des mili­tants insou­mis sur les négo­cia­tions en cours entre Allan Bru­non, qui dirige une délé­ga­tion LFI de sept élus gre­no­blois à la Métro­pole, avec Chris­tophe Fer­ra­ri (Place Publique), pré­sident sor­tant de l’institution, négo­cia­tions visant à confor­ter ce der­nier.

Allan Bru­non, lors de la pre­mière réunion du conseil muni­ci­pal de Gre­noble.

Alors que la gauche sort trau­ma­ti­sée du man­dat 2020–2026, et que du côté des éco­lo­gistes et de cer­tains socia­listes, beau­coup entendent tout faire pour tour­ner la page, la posi­tion d’Allan Bru­non dans les manœuvres en cours a pu sur­prendre. Le chef de file insou­mis, s’il affirme pré­voir un tour de piste autour de sa propre can­di­da­ture, ne cache pas le fait que le pré­sident sor­tant mène des dis­cus­sions avec lui, en vue d’œuvrer à sa réélec­tion. De fait, si les échanges entre élus de gauche ne s’engagent pas sérieu­se­ment dans les jours qui viennent, on pour­rait donc retrou­ver avec un axe « Petites com­munes – cen­tristes – LFI » lors du conseil du 17 avril, les élus insou­mis par­ti­ci­pant à réédi­ter le tour de force de 2020 en mêlant leurs voix à celles du groupe macro­niste, voire de la droite, contre celles des élus socia­listes et éco­lo­gistes…

Un bel exemple de tac­tique poli­tique que d’aucun pour­rait qua­li­fier de « tam­bouille », pour citer Jean-Luc Mélen­chon, et qui risque fort de ne pas pas­ser auprès de la base insou­mise. D’où l’enjeu de mul­ti­plier les contre-feux.

Les semaines qui arrivent semblent devoir s’annoncer mou­ve­men­tées.

Robert W. Wellnes

Métropole : les communistes appellent à la responsabilité et au dialogue

De leur côté, les com­mu­nistes ne res­tent pas inac­tifs. Alors qu’ils sortent ren­for­cés de la séquence, et pour­ront comp­ter sur un groupe d’au moins une quin­zaine d’élus au conseil métro­po­li­tain com­pre­nant deux maires triom­pha­le­ment réélus mal­gré une pro­fu­sion de listes en face d’eux – 51,1% dès le pre­mier tour pour David Quei­ros, 59,6% au second tour pour Aman­dine Demore –, ils entendent « pour­suivre leur rôle de trait d’union, pour bâtir un pacte de gou­ver­nance qui intègre à la fois la dimen­sion poli­tique – à gauche – et celle des ter­ri­toires, indis­pen­sable dans une inter­com­mu­na­li­té de coopé­ra­tion choi­sie ». Une expres­sion est en pré­pa­ra­tion, ain­si que des pro­po­si­tions de ren­contres. Affaire à suivre.

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