Grenoble. Un débat de haute tenue sur le projet de centre de santé

Par Edouard Schoene

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La soirée s'est tenue à la Salle Rouge, jeudi 16 octobre, à l'initiative de l'association Centre de santé Saint-Bruno.
L’association Centre de santé Saint-Bruno invitait le docteur Marc Schoene*, jeudi 16 octobre, pour un débat sur la « santé communautaire » et la perspective de construire un projet de centre de santé communautaire** dans le quartier.

L’association, née au prin­temps der­nier, est por­teuse d’une large péti­tion pour un pro­jet de centre de san­té, décrit lar­ge­ment dans le jour­nal du quar­tier de juin 2025.

Her­vé Der­rien­nic, son pré­sident, situait l’objet de la réunion : « Notre pré­oc­cu­pa­tion, c’est la san­té. Les obs­tacles pour vivre en bonne san­té sont nom­breux : ser­vices publics de san­té cen­tra­li­sés, loin des patients, bar­rage de la déma­té­ria­li­sa­tion, inves­tis­se­ments de san­té lais­sés au pri­vé recher­chant l’appât du gain sans contrôle. Notre pro­jet est de pro­mou­voir une dyna­mique en faveur de la san­té de tous les habi­tants du quar­tier, dont le pro­jet de « centre de san­té  com­mu­nau­taire » comme à Saint-Denis, Echi­rolles, Cham­bé­ry, Bron, …Poi­tiers. Les actions seront menées avec les habitants,avec les asso­cia­tions du quar­tier, avec des pro­fes­sion­nels de san­té dont nous sou­hai­tons l’implication concrète, notam­ment pour un diag­nos­tic de san­té. » 

La France très en retard sur les centres de santé communautaires

Marc Schoene a intro­duit le tra­vail en ate­liers : « Vous avez pris une ini­tia­tive très impor­tante dans votre quar­tier. C’est une démarche d’avenir car le sys­tème de san­té est en panne, à bout de souffle. Il faut conce­voir la san­té d’une manière radi­ca­le­ment dif­fé­rente. La pré­ven­tion est le parent pauvre, les citoyens ne sont pas ou très peu asso­ciés aux ques­tions et déci­sions qui les concernent. Vous allez tra­vailler en ate­lier, et on va s’apercevoir que le terme san­té reste à pré­ci­ser, que les dis­po­si­tifs de san­té doivent être revus. »

Le Dr Marc Schoene, qui fut à la tête d’un centre de san­té, était l’in­vi­té de cette soi­rée débat.

Et le méde­cin de pour­suivre : « Ce qui était inté­res­sant à Saint-Denis c’est que les acti­vi­tés de san­té de la ville, avec un bon tis­su d’équipements, étaient pen­sées avec tous les autres sec­teurs (culture, loge­ment, vie sociale, sécu­ri­té,…), ce qui a abou­ti notam­ment à la créa­tion d’un centre de san­té com­mu­nau­taire dont les pro­fes­sion­nels sont en lien étroit avec les habi­tants, avec pour effet, par exemple de revoir les modes d’accueil, la réa­li­sa­tion des ordon­nances,… En France, nous sommes très en retard sur les centres com­mu­nau­taires par rap­port à d’autres pays comme en Afrique, au Qué­bec, en Amé­rique du sud, en Bel­gique…»

Pen­dant qua­rante-cinq minutes, les pré­sents ont tra­vaillé, autour de cinq tables pour répondre à cinq ques­tions :

  • Quelle est votre vision de la san­té ?
  • Quels sont pour vous  les élé­ments essen­tiels qui « vous tiennent en san­té ?
  • Quels sont pour vous  les élé­ments qui vous ont mis dans des dif­fi­cul­tés de san­té ?
  • Si un plan d’action de san­té com­mu­nau­taire est mis en place sur le quar­tier, quelles doivent être, selon vous, ses acti­vi­tés prio­ri­taires ?
  • Si vous rêvez à une san­té « autre­ment » , qu’imaginez vous en pre­mier lieu ?
Les par­ti­ci­pants se sont réunis en ate­liers pour échan­ger.

Le tra­vail fut sérieux et pro­duc­tif. L’association s’est réunie le 18 octobre pour com­men­cer à dépouiller les réponses avec le Dr Schoene. Lequel a réagi aux tra­vaux d’ateliers qu’il a obser­vés atten­ti­ve­ment. L’exercice consis­tait à ana­ly­ser ce qui s’est dit. « Sans vous flat­ter, vous avez en quelque sorte repro­duit le tra­vail de l’assemblée de l’Organisation mon­diale de la san­té (OMS) de 1984 qui a abou­ti à la charte d’Ottawa. 90 % des réponses des com­munes de plus de 20 000 habi­tants à la ques­tion « qu’est-ce que la san­té ? » répon­daient dans une enquête, c’est le soin. Vous, vous avez répon­du majo­ri­tai­re­ment : la san­té ce n’est pas seule­ment l’absence de mala­die, c’est le bien être, bien dor­mir, être auto­nome, ne pas être entra­vé dans ses pro­jets… »

« L’amélioration de la santé passe par l’implication des gens »

D’a­près Marc Schoene, « pour être en bonne san­té il ne suf­fit pas de centres de soins, de médi­ca­ments, (…) de soi­gnants. C’est la deuxième idée que vous avez trai­tée, les « res­sources » :  tra­vail, culture, édu­ca­tion, envi­ron­ne­ment. Si l’on n’agit pas sur les déter­mi­nants de la san­té on ne règle rien. Pour une bonne san­té, le sys­tème de soins ne pèse que pour 20 %. Troi­sième élé­ment : l’amélioration de la san­té passe par l’implication des gens. »

Her­vé Der­rien­nic, pré­sident de l’as­so­cia­tion Centre de san­té Saint-Bru­no.

La réunion réson­nait par ailleurs avec une actua­li­té par­ti­cu­lière, en l’oc­cur­rence une étude de l’INED publiée le 15 octobre, met­tant en évi­dence la dégra­da­tion mas­sive de la san­té due à de mau­vaises condi­tions de tra­vail. Un exemple local, don­né par­mi nombre de témoi­gnages, a eu un écho par­ti­cu­lier : « Il y a quelques dizaines d’années, nombre d’enfants à la Vil­le­neuve venaient en consul­ta­tion au centre de san­té, pour des bles­sures aux pieds du fait que les enfants allaient dans le lac de la Vil­le­neuve. Du jour où le centre de san­té a fait une infor­ma­tion aux mamans, « faites por­ter des san­dales » aux enfants, plus un pied à recoudre ! »

Après de riches débats à ce sujet, la soi­rée s’est pour­sui­vie autour d’un pot par des échanges fruc­tueux et un enga­ge­ment lar­ge­ment par­ta­gé : « Mobi­li­sons nous, impli­quons nous ensemble pour un pro­jet de san­té com­mu­nau­taire ».

*  Marc Schoene a été direc­teur des ser­vices de san­té muni­ci­paux de la ville de Saint-Denis (93) et méde­cin géné­ra­liste d’un centre de san­té de 1976 à 2011. Un par­cours évo­qué dans un article du Tra­vailleur alpin.

**« La san­té com­mu­nau­taire, ou action com­mu­nau­taire pour la san­té, est un outil de pro­mo­tion de la san­té… par­mi d’autres. Elle désigne les efforts col­lec­tifs déployés par les com­mu­nau­tés en vue d’ac­croître leur maî­trise des déter­mi­nants de la san­té et d’a­mé­lio­rer cette der­nière. La par­ti­ci­pa­tion de la popu­la­tion à l’en­semble du pro­ces­sus, le décloi­son­ne­ment pro­fes­sion­nel et ins­ti­tu­tion­nel, le par­te­na­riat et le par­tage de savoirs et de pou­voirs comptent par­mi ses prin­cipes-clés ». Cette défi­ni­tion figure sur le site de l’Institut Renau­dot dont Marc Schoene fut pré­sident.

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