« Cessez-le-feu, tout doit converger vers cet objectif »

Par Luc Renaud

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L’Association France Palestine solidarité est au cœur de la mobilisation pour un cessez-le-feu à Gaza. Elle milite pour le respect du droit international, le droit à l’autodétermination du peuple palestinien et dénonce l’attitude de ce qui furent les gouvernements Macron. Non sans souhaiter que l’on sorte du « deux poids deux mesures », localement aussi.

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Jean-Paul Foulcroy et Marie-Luce Jaouhari, responsables locaux de l'Association France Palestine solidarité.

« Comme tout le monde, nous ne nous y atten­dions pas. » Marie-Luce Jaou­ha­ri co-pré­si­dente de l’Association France Pales­tine soli­da­ri­té Isère Gre­noble, se sou­vient du 7 octobre, de l’attaque et des prises d’otages par le Hamas en Israël. « Des crimes, incon­tes­ta­ble­ment, et tout de suite nous avons été som­més de nous expli­quer, comme si notre posi­tion de défen­seurs du droit inter­na­tio­nal impli­quait que nous ayons à nous jus­ti­fier », ajoute Jean-Paul Foul­croy, secré­taire de l’association.

Dans les heures qui ont sui­vi, un déluge de feu s’est abat­tu sur les Gazaouis. Début juillet, cela durait depuis neuf mois. Morts, bles­sés, attaques contre l’organisation de secours, des jour­na­listes ciblés, la famine orga­ni­sée… la liste est longue — « elle n’a jamais été aus­si bien docu­men­tée, nous avons le son et l’image » — des crimes de guerre et crimes contre l’humanité per­pé­trés à Gaza par l’armée israé­lienne.

Tout de suite, la ques­tion s’est posée ; com­ment orga­ni­ser la soli­da­ri­té, que faire pour que ça s’arrête ? « Avec un but unique, obte­nir un ces­sez-le-feu, tout doit conver­ger vers cet objec­tif », insiste Marie-Luce Jaou­ha­ri. Ce qui n’empêche évi­dem­ment pas les mili­tants de l’AFPS de répondre aux sol­li­ci­ta­tions pour expo­ser l’histoire du conflit et celle de toutes les réso­lu­tions prises par les Nations unies sans jamais avoir été mises en œuvre par l’État d’Israël, avec le sou­tien des États-Unis. Car les hor­reurs actuelles sont la suite de décen­nies d’atteintes aux droits de l’homme, d’une poli­tique du gou­ver­ne­ment d’extrême droite israé­lien que de nom­breuses ONG qua­li­fient d’apartheid, terme que la Cour de jus­tice inter­na­tio­nale a elle-même uti­li­sé.

L’AFPS ne pré­tend en aucune façon éta­blir un plan pour une solu­tion de sor­tie durable du conflit. « Déci­der de leur ave­nir, ça appar­tient aux Pales­ti­niens », sou­ligne Marie-Luce Jaou­ha­ri qui défend le droit à l’autodétermination du peuple pales­ti­nien. Solu­tion à deux Etats qui fait plu­tôt consen­sus au niveau inter­na­tio­nal, Etat démo­cra­tique où serait assu­rée l’égalité des droits entre citoyens par delà leurs ori­gines… « de toute façon, je ne vois pas com­ment la paix pour­rait reve­nir sans une impli­ca­tion de la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale sur la base du res­pect du droit, du droit au retour des Pales­ti­niens spo­liés avec ce qui peut être négo­cié en terme de com­pen­sa­tions, et de la libé­ra­tion des pri­son­niers poli­tiques », com­mente Jean-Paul Foul­croy.

La Cour internationale de justice a employé le terme d’apartheid

D’où l’importance des actions entre­prises en France et par­tout dans le monde. « Chaque jour, il se passe quelque chose dans le pays — l’AFPS n’a pas le mono­pole de la Pales­tine — , mal­gré le silence des médias, si ce n’est pour rendre compte d’incidents mar­gi­naux. » L’Isère est d’ailleurs lar­ge­ment au ren­dez-vous de la soli­da­ri­té avec de nom­breuses mani­fes­ta­tions notam­ment, « même si neuf mois c’est long et qu’il n’est pas pos­sible de tout faire au même niveau. » Dans ce contexte, l’AFPS se conçoit comme l’organisatrice d’actions de soli­da­ri­té – comme le mee­ting qui a eu lieu le 31 jan­vier à Échi­rolles avec Salah Hamou­ri – mais aus­si comme un cata­ly­seur d’énergies et d’envies pour favo­ri­ser la démul­ti­pli­ca­tion de la soli­da­ri­té.

Com­ment mieux faire encore, com­ment mieux être au niveau de l’agression per­pé­trée par le gou­ver­ne­ment d’extrême droite israé­lien ? « Il manque bien sûr l’engagement de la France et de son gou­ver­ne­ment pour faire ces­ser les livrai­sons d’armes, obte­nir l’arrêt des mas­sacres, faire pres­sion sur le gou­ver­ne­ment israé­lien, mobi­li­ser la com­mu­nau­té inter­na­tio­nal ; évi­dem­ment la ques­tion du deux poids deux mesures est posée. » Car il n’y aura pas d’issue sans l’engagement de la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale.

Et, pour l’AFPS, la convo­ca­tion de la néces­saire lutte contre l’antisémitisme ne jus­ti­fie en rien cette absence d’engagement. « Il y a eu ins­tru­men­ta­li­sa­tion de l’antisémitisme dans le débat de poli­tique inté­rieur, mais cela ne cor­res­pond pas à la réa­li­té de ce que nous ren­con­trons avec les citoyens ; ce que nous cri­ti­quons, c’est l’État d’Israël, c’est clair pour tout le monde et nous y sommes très atten­tifs .»

Ce « deux poids deux mesures », les mili­tants de l’AFPS le retrouvent dans les ins­ti­tu­tions locales. « Nous avons vu des dra­peaux ukrai­niens sur les fron­tons de mai­ries, pas de dra­peaux pales­ti­niens », cite par exemple Jean-Paul Foul­croy qui estime disons « limi­té » le conte­nu du vœu pré­sen­té au conseil muni­ci­pal de Gre­noble le 24 mai der­nier.

Reste plus que jamais l’impératif de la soli­da­ri­té à laquelle s’emploie l’AFPS pour que cesse l’horreur que vivent les Gazaouis, que cessent les meurtres, agres­sions et les humi­lia­tions en Cis­jor­da­nie occu­pée.

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Char­lotte et Dja­nette, deux des ini­tia­trices de « Run 4 Pales­tine ».

La solidarité avec ceux qui n’y sont pour rien

Des parents, des habitants de la Villeneuve, des rencontres… Et une action de solidarité pour Gaza, pour le peuple palestinien.

« Je n’arrive pas à me dire qu’on tue des enfants. » Peut-être tou­chée plus encore que d’autres : Dja­nette est auxi­liaire pué­ri­cul­trice dans une crèche de la Vil­le­neuve. Char­lotte, l’envie de « pas­ser à l’acte », c’est lors de la confé­rence du 31 jan­vier don­née par Salah Hamou­ri à Echi­rolles, orga­ni­sée par l’AFPS. Elle y a ren­con­tré des mili­tants de l’AFPS et de l’Union juive fran­çaise pour la paix. Char­lotte en parle autour d’elle, notam­ment devant la crèche à laquelle elle confie sa fille. Un groupe se forme : Sarah, Bra­him, Asma, Ana… Et une idée : une course à pied soli­daire. Pro­jet concré­ti­sé le 29 juin, assor­ti d’une col­lecte rever­sée à des pro­jets soli­daires en Pales­tine.

Une question humanitaire devenue clivante

« Nous ne nous sommes pas retrou­vés par hasard, ce sont de belles ren­contres, pour des valeurs humaines », sou­ligne Dja­nette. Tout en notant que ce n’est pas tou­jours com­pris de la même manière. « La ques­tion pales­ti­nienne est deve­nue cli­vante, quand tu parles de la Pales­tine, du coup, tu es anti­sé­mite », com­mente Char­lotte. « Je défends une cause, les enfants, et il y en a qui vou­draient faire pas­ser ça pour de l’antisémitisme ; je ne com­prends pas », regrette Dja­nette.

Ce qui motive cet enga­ge­ment, « c’est d’agir contre l’injustice, la soli­da­ri­té avec ceux qui n’y sont pour rien et qui souffrent ».

Des valeurs qui vont bien au delà du seul conflit au Proche-Orient. Et qui sont à l’origine de la mul­ti­pli­ca­tion des « micro-ini­tia­tives », prises par des groupes d’amis, des citoyens de convic­tions diverses, pour un ces­sez-le feu à Gaza.

Vil­le­neuve et la Pales­tine

Villeneuve solidaire

« Ce que nous vou­lions aus­si, c’est mettre en valeur le quar­tier, mon­trer une image dif­fé­rente de celle que l’on nous ren­voie de quar­tier violent, où il ne ferait pas bon vivre. » Car ce sont une tren­taine de jeunes béné­voles, tous issus de la Vil­le­neuve qui se sont mobi­li­sés à l’appel de Dja­nette et de ses amis. Mobi­li­sés pour une cause huma­ni­taire : « il a tou­jours été très clair pour nous comme pour tous les béné­voles qui nous ont rejoints que nous met­tions en place une action de soli­da­ri­té pour les Pales­ti­niens en fai­sant bien la dif­fé­rence entre culture juive et mou­ve­ments sio­nistes ».
Avec une convic­tion : « je suis sûre que cette expé­rience, ces dis­cus­sions auront appor­té quelque chose à ces jeunes du quar­tier qui se sont inves­tis dans ce pro­jet », nous dit Dja­nette.

Courir pour la Palestine

Cela s’est pas­sé le 29 juin der­nier, au parc Bache­lard, à Gre­noble. Une série de courses à pied (de pro­me­nades pour cer­tains par­ti­ci­pants), sous l’appellation « Run 4 Pales­tine » (cou­rir pour la Pales­tine), avec le concours de l’association Sou­ly qui a per­mis le por­tage admi­nis­tra­tif du pro­jet.

Moyen­nant une par­ti­ci­pa­tion de 3 euros, les cou­reurs se sont élan­cés pour une boucle de 3,8 km, tan­dis qu’un tour de piste (400 ou 800 mètres) était ensuite pro­po­sé aux moins experts..

Dif­fé­rents stands pro­po­saient sur place des pro­duits pales­ti­niens, des ate­liers artis­tiques, des ses­sions d’écriture de mes­sages pour les enfants de Gaza, une ini­tia­tion sur patins à rou­lettes, des jeux pour les enfants, du maquillage…

Les béné­fices ont été rever­sés à l’association Unis­sons, dont la rai­son d’être est la lutte contre toutes les formes de dis­cri­mi­na­tion et de racisme ; une asso­cia­tion par­te­naire d’ONG déve­lop­pant des pro­jets soli­daires en Pales­tine.

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Des mili­tants CGT de ST Microe­lec­tro­nics.

ST Micro et Israël, faire la transparence

Les syndicats CGT de ST Microelectonics se sont adressés le 3 juin au président de la société, Jean-Marc Chéry. Pour formuler une exigence : garantir que leur entreprise ne participe pas aux massacres à Gaza.

En quoi cette entre­prise située à Crolles est-elle sus­cep­tible de par­ti­ci­per à la guerre en Pales­tine ?

Les sala­riés de ST Microe­lec­tro­nics fabriquent des puces sans savoir ce que seront leur des­ti­nées. En tant que mul­ti­na­tio­nale du sec­teur de la concep­tion et fabri­ca­tion de semi-conduc­teurs de très haute tech­no­lo­gie, nous four­nis­sons des com­po­sants qui sont mas­si­ve­ment uti­li­sés dans des dis­po­si­tifs mili­taires (arme­ment, sur­veillance, télé­com­mu­ni­ca­tion).

Nous avons eu une pre­mière alerte avec la guerre en Ukraine. L’Observatoire des arme­ments a publié un article sur son site concer­nant la pré­sence de puces dans l’armement russe et fabri­quées par notre entre­prise. Aujourd’hui ST Microe­lec­tro­nics a été contrainte, sous la pres­sion de l’opinion publique, de s’engager à ne plus four­nir de com­po­sants à la Rus­sie.

Des puces retrouvées dans de l’armement russe

Que dénon­cez-vous aujourd’hui ?

La pos­sible col­la­bo­ra­tion de ST Micro avec l’État israé­lien, les entre­prises israé­liennes du sec­teur de la défense ou par­ti­ci­pant à la vio­la­tion du droit inter­na­tio­nal en Israël et en Pales­tine. Elle est incom­pa­tible avec les valeurs de la CGT.

De plus, ces col­la­bo­ra­tions contre­vien­draient aux cri­tères de Res­pon­sa­bi­li­té socié­tale de l’entreprise (RSE) et ter­nissent son image publique.

Nous deman­dons la sus­pen­sion immé­diate de toute col­la­bo­ra­tion avec les entre­prises du sec­teur de la défense israé­lienne, y com­pris hors arme­ment, tant que les droits du peuple pales­ti­nien ne seront pas com­plè­te­ment res­pec­tés.

Mar­tine Briot

ST Micro en Israël

« Après avoir ouvert un centre de ventes en 2002 et un centre de recherche et déve­lop­pe­ment en 2012, il nous est appa­ru logique d’ouvrir un centre d’innovation en 2018 », décla­rait Sté­phane Chou­chan, direc­teur pays pour Israël de ST Microe­lec­tro­nics, en juin 2018 au Sénat. Il évo­quait à l’époque un chiffre d’affaires de 120 mil­lions de dol­lars domes­tiques en Israël, et pré­ci­sait que cela en fait « l’un des plus grands acteurs du semi-conduc­teur en Israël ».

D’où la demande de la CGT au patron de l’entreprise : « Afin d’assurer la trans­pa­rence des usages des puces pro­duites par notre entre­prise, nous vous deman­dons de rendre public, et notam­ment de com­mu­ni­quer au CSEC et aux CSE locaux, l’ensemble des par­te­na­riats en cours avec des enti­tés israé­liennes et de vous enga­ger for­mel­le­ment à ne plus tra­vailler avec des inter­mé­diaires com­mer­ciaux qui per­mettent à des États cri­mi­nels de se pro­cu­rer des com­po­sants ST Microe­lec­tro­nics et de contour­ner les embar­gos ».

Syndicats palestiniens

Trente syn­di­cats et asso­cia­tions pro­fes­sion­nelles pales­ti­niennes ont lan­cé un appel aux orga­ni­sa­tions syn­di­cales dans le monde pour leur deman­der de refu­ser de fabri­quer des armes des­ti­nées à Israël, refu­ser de les trans­por­ter vers Israël, faire pres­sion sur les gou­ver­ne­ments pour qu’ils cessent tout com­merce mili­taire avec Israël et, dans le cas des États-Unis, qu’ils cessent de le finan­cer. L’initiative de la CGT ST Micro s’inscrit dans le cadre de la réponse à cet appel.

RSE

Les cri­tères de res­pon­sa­bi­li­té socié­tale de l’entreprise ont été mis en place à la suite de l’accident mor­tel au Ben­gla­desh en 2013. Ce dis­po­si­tif concerne les entre­prises euro­péennes. Ils sont défi­nis par la Com­mis­sion euro­péenne comme éta­blis­sant la res­pon­sa­bi­li­té des entre­prises quant aux consé­quences de leur acti­vi­té sur la socié­té, dans leur pays d’origine comme dans le reste du monde. Contri­buer à une guerre, c’est lourd de consé­quences, pour le moins.

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