Questions de Covid

Par Jean-Claude Lamarche

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Impos­sible, en ces temps dif­fi­ciles, de mettre en marche sa radio, sa télé, d’ou­vrir son jour­nal, sans être noyé sous une ava­lanche d’in­for­ma­tions, de repor­tages, d’in­ter­ven­tions d’  »experts », de recom­man­da­tions … concer­nant la deuxième vague de Covid-19. Et pour­tant, nom­breux sont celles et ceux qui ont le sen­ti­ment d’un évi­te­ment par les médias de ques­tions qu’ils se posent légi­ti­me­ment face aux contra­dic­tions qui appa­raissent au sein même du dis­cours domi­nant.

Les moyens de faire la classe

On nous dit que « les jeunes ne sont pas les plus grands pro­pa­ga­teurs de la mala­die » et en même temps que « 35,3% des clus­ters* sont dans le milieu sco­laire et uni­ver­si­taire » (Le Monde du 13 octobre), que « le nombre de clus­ters iden­ti­fiés (est) pro­ba­ble­ment lar­ge­ment sous-esti­mé » (San­té publique France) et qu’à la fin de l’é­té, « le nombre des infec­tions est repar­ti à la hausse sur des sujets jeunes ». Est-il donc pos­sible de se deman­der si la déci­sion de faire ren­trer les élèves dans les lycées et col­lèges avec par­fois 35 par classe, foule à l’en­trée des éta­blis­se­ments, dans les cou­loirs, dans les files de can­tine, d’ac­cueillir les étu­diants par cen­taines dans les amphis, si cette déci­sion n’a pas eu pour consé­quence la dif­fu­sion du virus mor­tel sur tout le ter­ri­toire, dans les plus petites com­munes, les plus iso­lées, via leurs jeunes habi­tants ? Dans l’A­ca­dé­mie de Gre­noble, à la mi-novembre, on nous informe d’ « une aug­men­ta­tion des cas posi­tifs dans les éta­blis­se­ments », de la fer­me­ture d’un lycée, de deux écoles, de classes en école et en col­lège … Si les ensei­gnants res­tent favo­rables au retour au pré­sen­tiel, ils assor­tissent cette demande de moyens per­met­tant d’af­fron­ter l’é­pi­dé­mie : demi-groupes, recru­te­ment de per­son­nels d’en­sei­gne­ment, d’ad­mi­nis­tra­tion et de ser­vice, locaux (pro­vi­soires) sup­plé­men­taires … Où sont ces moyens indis­pen­sables ?

« il n’y a plus de refus d’hospitalisation quand c’est nécessaire »

On imprime : « Les éta­blis­se­ments pour per­sonnes âgées dépen­dantes (Ehpad) gèrent mieux la deuxième vague » (Dau­phi­né libé­ré du 15 novembre). Mais dans le même DL le 28 octobre on affir­mait que « le nombre de clus­ters dans les Ehpad explose ». Quinze éta­blis­se­ments déjà concer­nés dans le sud-Isère contre neuf en tout lors de la pre­mière vague. La liste s’al­longe : Le Pont de Beau­voi­sin, Voi­ron, Le Pont de Claix, Noya­rey, Froges, Voreppe, Saint-Mar­tin-d’Hères … San­té publique France note « une forte aug­men­ta­tion depuis la mi-octobre de la mor­ta­li­té dans les Ehpad ». 62 rési­dents décé­dés pour cause de Covid dans les Ehpad isé­rois entre le 3 et le 9 novembre. Les éta­blis­se­ments « gèrent mieux » mais les rési­dents moins bien ? Mal­gré les affir­ma­tions de diri­geants d’é­ta­blis­se­ments pri­vés pour per­sonnes âgées selon les­quelles « il n’y a plus de refus d’hos­pi­ta­li­sa­tion quand c’est néces­saire », on peut, en notant au pas­sage cet aveu de refus d’hos­pi­ta­li­sa­tion lors de la pre­mière vague, se deman­der si les moyens de réani­ma­tion qui manquent tant dans les hôpi­taux sont main­te­nant dans les Ehpad puisque, pour ces très nom­breuses per­sonnes âgées décé­dées, l’hos­pi­ta­li­sa­tion n’é­tait appa­rem­ment pas « néces­saire ». A l’heure où ces lignes sont écrites, et face à la satu­ra­tion du sys­tème hos­pi­ta­lier, la ques­tion de la prise en charge des per­sonnes « trop âgées » ou qui ont « cer­taines patho­lo­gies » est car­ré­ment et cyni­que­ment posée dans les médias.

Il y a encore bien d’autres ques­tions, mais arrê­tons-nous sur celle-ci pour aujourd’­hui : est-ce que « old people lives mat­ter** »?

* En fran­çais : foyers
** En fran­çais : les vies des vieux importent

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