Saint-Marcellin. Ciné-débat : 1936, quand le peuple fait l’histoire

Par Bernard Tournier

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Le cinéma Les Méliès, à Saint-Marcellin, projettera "La Rage au cœur", de Pierre Verquin, le 11 octobre. © Page Facebook du Cinéma Les Méliès Saint-Marcellin
La société des lectrices et lecteurs de l'Humanité du Sud Grésivaudan propose dimanche 11 octobre, au cinéma Les Méliès de Saint-Marcellin, une projection de "La Rage au cœur", court métrage de Pierre Verquin faisant revivre la mémoire du Front populaire. L'occasion de s'interroger sur les leçons et enseignements à tirer de 1936, plus que jamais d'actualité aujourd'hui.

Quatre-vingt-dix ans après le Front popu­laire, que peut encore nous apprendre 1936 ? Beau­coup, à l’heure où les ques­tions de salaires, de retraites, de ser­vices publics et de par­tage des richesses reviennent au pre­mier plan, tan­dis que l’extrême droite occupe une place crois­sante dans le pay­sage poli­tique. Le ciné-débat orga­ni­sé le 11 octobre à Saint-Mar­cel­lin pro­pose de mettre cette his­toire en débat. Dimanche 11 octobre à 18 h 30, le ciné­ma Les Méliès de Saint-Mar­cel­lin pro­jet­te­ra La Rage au cœur, un court métrage de Pierre Ver­quin consa­cré au Front popu­laire. Une soi­rée orga­ni­sée avec l’association des lec­trices et lec­teurs de l’Humanité du Sud Gré­si­vau­dan. La pro­jec­tion sera sui­vie d’un échange avec le réa­li­sa­teur et son assis­tante réa­li­sa­trice, Louise Lou­gra­da.

Une histoire qui parle au présent

La Rage au cœur n’est pas seule­ment une recons­ti­tu­tion his­to­rique. Le film rap­pelle que les grandes conquêtes sociales ont une his­toire, celle des femmes et des hommes qui se sont orga­ni­sés et mobi­li­sés pour les obte­nir. Car en mai et juin 1936, ce sont des mil­lions de sala­riés qui entrent dans l’action. Les grèves se mul­ti­plient, les entre­prises sont occu­pées et un rap­port de forces inédit s’installe dans le pays.

De cette mobi­li­sa­tion sor­ti­ront des avan­cées qui bou­le­ver­se­ront dura­ble­ment la vie quo­ti­dienne : hausse des salaires, congés payés, semaine de 40 heures, conven­tions col­lec­tives, recon­nais­sance des liber­tés syn­di­cales ou encore élec­tion de délé­gués du per­son­nel. Autant de droits qui semblent aujourd’hui aller de soi et qui furent pour­tant le résul­tat de luttes.

« La Rage au cœur », de Pierre Ver­quin (pho­to­gra­phie de pla­teau). DR

C’est aus­si ce qui rend 1936 très actuel. En 1936 comme en 2026, la ques­tion du par­tage des richesses est au cœur de l’affrontement social alors que c’est sur les plus pré­caires et le monde du tra­vail que se tournent les gou­ver­ne­ments pour faire face à la crise, comme le montre les pre­mières annonces sur le bud­get 2027 avec un plan d’austérité de 54 mil­liards d’euros.

Dans ce contexte, reve­nir sur le Front popu­laire rap­pelle une évi­dence sou­vent oubliée : les grandes avan­cées sociales n’ont jamais été offertes. Elles ont été conquises.

Quand la question sociale rencontre le combat antifasciste

Mais réduire le Front popu­laire aux congés payés serait pas­ser à côté d’une autre dimen­sion essen­tielle de son his­toire. Le ras­sem­ble­ment se construit dans une Europe où le fas­cisme pro­gresse. Mus­so­li­ni est au pou­voir en Ita­lie, Hit­ler dirige l’Allemagne depuis 1933 et, en France, les ligues d’extrême droite pros­pèrent dans un cli­mat de crise éco­no­mique, d’antiparlementarisme et de vio­lentes cam­pagnes anti­sé­mites. Face à cette menace, com­mu­nistes, socia­listes, syn­di­ca­listes et forces pro­gres­sistes se rap­prochent.

Pour Guillaume Rou­baud-Qua­shie, his­to­rien et porte-parole du PCF, « le Front popu­laire de 1936 était une dyna­mique anti­fas­ciste ». Il sou­ligne éga­le­ment que cette dyna­mique ne s’est pas limi­tée à « faire bar­rage » : elle s’est nour­rie des aspi­ra­tions du monde du tra­vail et des mobi­li­sa­tions qui per­met­tront ensuite d’obtenir des avan­cées qui ne figu­raient pas toutes dans le pro­gramme ini­tial du Front popu­laire. C’est là que l’histoire de 1936 ren­contre les inter­ro­ga­tions de 2026.

1936 n’est pas 2026, mais…

Les deux périodes ne sont évi­dem­ment pas iden­tiques et l’histoire ne se répète pas. Mais la pro­gres­sion de l’extrême droite dans la France d’aujourd’hui, sur fond de colère sociale, de sen­ti­ment de déclas­se­ment et de défiance envers les ins­ti­tu­tions, donne une réso­nance par­ti­cu­lière au 90e anni­ver­saire du Front popu­laire.

L’expérience de 1936 rap­pelle notam­ment que com­bat anti­fas­ciste et pro­grès social peuvent être pen­sés ensemble. « Le pain, la paix, la liber­té » : le mot d’ordre du Front popu­laire asso­ciait déjà les condi­tions d’existence, la démo­cra­tie et la paix.

« La Rage au cœur », de Pierre Ver­quin (pho­to­gra­phie de pla­teau). DR

Une ques­tion tra­verse dès lors les décen­nies : com­ment répondre aux colères et aux aspi­ra­tions popu­laires ? Com­ment redon­ner au monde du tra­vail la capa­ci­té d’agir col­lec­ti­ve­ment sur son ave­nir ? Com­ment trans­for­mer le mécon­ten­te­ment en conquêtes sociales plu­tôt qu’en divi­sions ?

Car les colères popu­laires peuvent emprun­ter des che­mins dif­fé­rents. Elles peuvent conduire à recher­cher des boucs émis­saires par­mi l’étranger, l’immigré, le chô­meur ou le plus pauvre. Elles peuvent aus­si remettre au centre du débat d’autres ques­tions : qui pro­duit les richesses ? Qui se les appro­prie ? Com­ment sont-elles répar­ties ? Qui décide de leur uti­li­sa­tion ?

C’est aus­si pour cela que trans­mettre l’histoire ouvrière reste un enjeu poli­tique. Oublier com­ment les droits ont été obte­nus, c’est ris­quer de les croire éter­nels. Racon­ter les luttes de celles et ceux qui nous ont pré­cé­dés ne relève donc pas de la nos­tal­gie : cela per­met de mieux com­prendre les affron­te­ments du pré­sent.

Quatre-vingt-dix ans après 1936, La Rage au cœur invite ain­si moins à com­mé­mo­rer le Front popu­laire qu’à en débattre : que reste-t-il aujourd’hui à conqué­rir ?

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