Saint-Marcellin. Ciné-débat : 1936, quand le peuple fait l’histoire
Par Bernard Tournier
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Quatre-vingt-dix ans après le Front populaire, que peut encore nous apprendre 1936 ? Beaucoup, à l’heure où les questions de salaires, de retraites, de services publics et de partage des richesses reviennent au premier plan, tandis que l’extrême droite occupe une place croissante dans le paysage politique. Le ciné-débat organisé le 11 octobre à Saint-Marcellin propose de mettre cette histoire en débat. Dimanche 11 octobre à 18 h 30, le cinéma Les Méliès de Saint-Marcellin projettera La Rage au cœur, un court métrage de Pierre Verquin consacré au Front populaire. Une soirée organisée avec l’association des lectrices et lecteurs de l’Humanité du Sud Grésivaudan. La projection sera suivie d’un échange avec le réalisateur et son assistante réalisatrice, Louise Lougrada.
Une histoire qui parle au présent
La Rage au cœur n’est pas seulement une reconstitution historique. Le film rappelle que les grandes conquêtes sociales ont une histoire, celle des femmes et des hommes qui se sont organisés et mobilisés pour les obtenir. Car en mai et juin 1936, ce sont des millions de salariés qui entrent dans l’action. Les grèves se multiplient, les entreprises sont occupées et un rapport de forces inédit s’installe dans le pays.
De cette mobilisation sortiront des avancées qui bouleverseront durablement la vie quotidienne : hausse des salaires, congés payés, semaine de 40 heures, conventions collectives, reconnaissance des libertés syndicales ou encore élection de délégués du personnel. Autant de droits qui semblent aujourd’hui aller de soi et qui furent pourtant le résultat de luttes.

C’est aussi ce qui rend 1936 très actuel. En 1936 comme en 2026, la question du partage des richesses est au cœur de l’affrontement social alors que c’est sur les plus précaires et le monde du travail que se tournent les gouvernements pour faire face à la crise, comme le montre les premières annonces sur le budget 2027 avec un plan d’austérité de 54 milliards d’euros.
Dans ce contexte, revenir sur le Front populaire rappelle une évidence souvent oubliée : les grandes avancées sociales n’ont jamais été offertes. Elles ont été conquises.
Quand la question sociale rencontre le combat antifasciste
Mais réduire le Front populaire aux congés payés serait passer à côté d’une autre dimension essentielle de son histoire. Le rassemblement se construit dans une Europe où le fascisme progresse. Mussolini est au pouvoir en Italie, Hitler dirige l’Allemagne depuis 1933 et, en France, les ligues d’extrême droite prospèrent dans un climat de crise économique, d’antiparlementarisme et de violentes campagnes antisémites. Face à cette menace, communistes, socialistes, syndicalistes et forces progressistes se rapprochent.
Pour Guillaume Roubaud-Quashie, historien et porte-parole du PCF, « le Front populaire de 1936 était une dynamique antifasciste ». Il souligne également que cette dynamique ne s’est pas limitée à « faire barrage » : elle s’est nourrie des aspirations du monde du travail et des mobilisations qui permettront ensuite d’obtenir des avancées qui ne figuraient pas toutes dans le programme initial du Front populaire. C’est là que l’histoire de 1936 rencontre les interrogations de 2026.
1936 n’est pas 2026, mais…
Les deux périodes ne sont évidemment pas identiques et l’histoire ne se répète pas. Mais la progression de l’extrême droite dans la France d’aujourd’hui, sur fond de colère sociale, de sentiment de déclassement et de défiance envers les institutions, donne une résonance particulière au 90e anniversaire du Front populaire.
L’expérience de 1936 rappelle notamment que combat antifasciste et progrès social peuvent être pensés ensemble. « Le pain, la paix, la liberté » : le mot d’ordre du Front populaire associait déjà les conditions d’existence, la démocratie et la paix.

Une question traverse dès lors les décennies : comment répondre aux colères et aux aspirations populaires ? Comment redonner au monde du travail la capacité d’agir collectivement sur son avenir ? Comment transformer le mécontentement en conquêtes sociales plutôt qu’en divisions ?
Car les colères populaires peuvent emprunter des chemins différents. Elles peuvent conduire à rechercher des boucs émissaires parmi l’étranger, l’immigré, le chômeur ou le plus pauvre. Elles peuvent aussi remettre au centre du débat d’autres questions : qui produit les richesses ? Qui se les approprie ? Comment sont-elles réparties ? Qui décide de leur utilisation ?
C’est aussi pour cela que transmettre l’histoire ouvrière reste un enjeu politique. Oublier comment les droits ont été obtenus, c’est risquer de les croire éternels. Raconter les luttes de celles et ceux qui nous ont précédés ne relève donc pas de la nostalgie : cela permet de mieux comprendre les affrontements du présent.
Quatre-vingt-dix ans après 1936, La Rage au cœur invite ainsi moins à commémorer le Front populaire qu’à en débattre : que reste-t-il aujourd’hui à conquérir ?


