La solidarité et le lien social, une ambition politique pour tisser la ville

Par Luc Renaud

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De gauche à droite, Vincent Bouget, Laurence Ruffin, Bally Bagayoko et Lucie Castets, en débat à l'Agora de la fête de l'Huma.
« La ville comme bouclier social ? Les nouveaux maires au défi du municipalisme. » C’était le thème d’un débat à la fête de l’Humanité avec Laurence Ruffin, maire de Grenoble, Vincent Bouget, maire communiste de Nîmes, Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, et Lucie Castets, maire du 12e arrondissement de Paris.


« D’abord se taire. » Se taire pour écou­ter. Une pra­tique reven­di­quée par Vincent Bou­get, maire com­mu­niste de Nîmes, à l’image de la cam­pagne élec­to­rale qui a per­mis à la gauche nîmoise de l’emporter face au Ras­sem­ble­ment natio­nal et à la droite dans une élec­tion qui n’avait rien d’acquise – cas unique en France dans une ville de 150 000 habi­tants.

Vincent Bou­get par­ti­ci­pait au débat aux côtés de Lau­rence Ruf­fin, maire de Gre­noble, de Lucie Cas­tets, maire du XIIe arron­dis­se­ment de Paris et de Bal­ly Bagayo­ko, maire LFI de Saint-Denis. Quatre maires, élus dans des confi­gu­ra­tions dif­fé­rentes : une liste LFI PCF et citoyens face au maire sor­tant socia­liste à Saint-Denis, une liste d’union de la gauche avec un « accord tech­nique » de second de second tour à Gre­noble où les élus LFI se sont consti­tués en groupe d’opposition, une liste d’union de la gauche sans LFI à Paris et une liste d’union à Nîmes à laquelle LFI avait refu­sé de par­ti­ci­per.

À la fête de l’Hu­ma­ni­té, Lau­rence Ruf­fin, maire de Gre­noble, et Phi­lippe Rio, pré­sident de la coopé­ra­tive des élus com­mu­nistes et citoyens ont été accueillis au stand de l’I­sère du PCF, accom­pa­gnés de Vincent Bou­get, maire de Nîmes.

Des for­mules dif­fé­rentes qui n’en débouchent pas moins aujourd’hui sur des ambi­tions simi­laires, à gauche. Lau­rence Ruf­fin note ain­si que « la ville est le bon endroit pour résis­ter et pro­té­ger ». Des mesures concrètes ont déjà été prises. À Saint-Denis, Bal­ly Bagayo­ko évoque la mutuelle com­mu­nale, la gra­tui­té des four­ni­tures sco­laires, ou le vélo offert aux élèves de troi­sième.« D’abord les gens, avant les ges­tions éco­no­miques », dit-il. Lau­rence Ruf­fin insiste sur les poli­tiques du loge­ment, enca­dre­ment des loyers, per­mis de louer, loge­ment d’urgence pour faire face aux situa­tions dra­ma­tiques… mais aus­si décou­verte de la mon­tagne pour de jeunes Gre­no­blois qui en sont pri­vés. Tout comme Lucie Cas­tets cite la « décou­verte du bois de Vin­cennes », à proxi­mi­té immé­diate du XIIe arron­dis­se­ment de Paris. À Nîmes, après vingt-cinq ans de man­dat de la droite et face à une extrême droite en course pour empor­ter la ville, c’est la remise sur pied des ser­vices publics – 90 agents du péri­sco­laire viennent d’être dépré­ca­ri­sés pour amé­lio­rer tout à la fois leur situa­tion et la qua­li­té du ser­vice – et le désen­cla­ve­ment des quar­tiers popu­laires – géo­gra­phique et à tous les niveaux de l’action muni­ci­pale – qui comptent par­mi les prio­ri­tés.

Le stand de l’I­sère a fait le plein trois jours durant.

Au delà des déci­sions concrètes – il y a du pain sur la planche dans un contexte d’asphyxie bud­gé­taire orga­ni­sé par les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs – les quatre maires par­tagent un objec­tif, pous­ser les feux du débat avec tous les habi­tants. « Les élus sont des mili­tants à part entière et nous sommes en cam­pagne per­ma­nente », explique Bal­ly Bagayo­ko qui cite la pré­sence des conseillers muni­ci­paux devant toutes les écoles de ville lors de la ren­trée sco­laire pour ren­con­trer les parents dans un moment « d’éducation popu­laire » et ain­si « créer du com­mun ». « Nous refu­sons de mettre des éti­quettes sur les gens, de pen­ser à leur place ce qu’ils pour­raient nous dire, insiste Vincent Bou­get, nous vou­lons tout à la fois entendre, écou­ter, don­ner de l’espoir et créer du lien ». Une ini­tia­tive par­mi d’autres, celle de la « place com­mune » : « Nous allons voir des habi­tants, des asso­cia­tions pour leur pro­po­ser de se retrou­ver dans un espace du quar­tier, dis­cu­ter de ce qu’ils pour­raient faire ensemble, avec le sou­tien de la ville à des pro­jets qui sont sou­vent inno­vants. » Une illus­tra­tion de ce que Lau­rence Ruf­fin appelle de ses vœux : « La ville peut être un labo­ra­toire où l’on invente et on teste des idées nou­velles, comme cela a été le cas à Gre­noble avec le mou­ve­ment mutua­liste ou le plan­ning fami­lial ». Et elle insiste sur des formes inven­tives de ren­contres, par delà la réunion de concer­ta­tion. « Pen­dant la cam­pagne élec­to­rale à Gre­noble, nous avons par­ti­ci­pé à un match de foot ; cette ren­contre a per­mis une can­di­da­ture citoyenne sur notre liste », dit-elle. Le che­min pour « retrou­ver la confiance » des citoyens, espère Lucie Cas­tets.

Des pra­tiques poli­tiques, des expé­ri­men­ta­tions, une envie de ren­for­cer ou de renouer le lien avec l’ensemble des habi­tants de la ville… faire de la poli­tique, en somme. L’ambition de quatre nou­veaux maires élus il y a six mois.

Le débat fil­mé en inté­gra­li­té

A décou­vrir sur le site de l’Hu­ma­ni­té, https://www.humanite.fr/politique/bally-bagayoko/les-nouveaux-maires-au-defi-du-municipalisme-b-bagayoko-l-ruffin-v-bouget-et-l-castets

Lau­rence Ruf­fin, maire de Gre­noble, et Ber­nard Ughet­to-Mon­frin, pre­mier adjoint com­mu­niste à la maire de Vizille.
Le stand de la fédé­ra­tion com­mu­niste de l’I­sère et du Tra­vailleur alpin à la fête de l’Hu­ma 2026.
Jus­qu’au bout de la nuit.

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