L’agriculture et l’alimentation, ce ne sont pas de simples variables d’ajustement

Par Luc Renaud

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Le restaurant a fait le plein deux jours durant.
À la foire de Beaucroissant, il y a un endroit où l’on débat de l’agriculture, de son avenir, de sa place dans les choix de société. C’est au stand du Travailleur alpin et cela devient, au fil des ans, un rendez-vous pour ceux qui ne se résignent pas à l’état des choses existant.

La foule, près de 100 000 per­sonnes, et une météo prin­ta­nière au ren­dez-vous. La 55e foire de prin­temps de Beau­crois­sant a connu ce week-end son suc­cès tra­di­tion­nel.

Autant dire que le stand de la Terre et du Tra­vailleur alpin a fait le plein deux jours durant. Les mili­tants com­mu­nistes qui assurent la cui­sine et le fonc­tion­ne­ment du res­tau­rant ont ser­vis quelque 1500 repas, tan­dis que la buvette du stand a tour­né à plein régime.

Mais la convi­via­li­té dans la bonne humeur n’est pas le seul point fort du stand. On y débat, on y parle poli­tique et fémi­nisme, ce qui n’est sans doute pas si cou­rant à la foire de Beau­crois­sant.

La débat avait lieu cette année en pré­sence de Julien Bru­ge­rolles, dépu­té com­mu­niste du Puy-de-Dôme et spé­cia­liste des ques­tions agri­coles, débat sur le thème du Mer­co­sur et des trai­tés de libre échange.

Pre­mier constat, celui de la diver­si­té des inter­ve­nants. Aux côtés du dépu­té com­mu­niste, Meryl Mar­tin, membre du conseil d’administration de la Confé­dé­ra­tion pay­sanne Isère ; Damien Fer­rier, secré­taire régio­nal de la fédé­ra­tion CGT de l’agriculture et de l’agroalimentaire et Chris­tian Rey­naud, pré­sident du Modef des Hautes-Alpes et membre du bureau natio­nal. Diver­si­té éga­le­ment par­mi les par­ti­ci­pants au débat : on y ren­con­trait des syn­di­ca­listes agri­coles, par­mi les­quels Thier­ry Boi­ron, pré­sident de la Coor­di­na­tion rurale Isère, ou encore Eric Hours, conseiller régio­nal com­mu­niste. Le stand du Tra­vailleur alpin s’impose comme l’endroit où l’on se retrouve par delà les diver­gences d’analyses et d’opinions pour échan­ger ses points de vue sur le monde agri­cole, la rura­li­té et sa place dans la socié­té.

Damien Fer­rier, Chris­tian Rey­naud, Romain Briant-Buis­son qui ani­mait le débat, Meryl Mar­tin et Julien Bru­ge­rolles.

Avec un point com­mun dans l’analyse : l’agriculture et ali­men­ta­tion sont aujourd’hui des variables d’ajustement dans les négo­cia­tions inter­na­tio­nales. Julien Bru­ge­rolles en dres­sait l’historique. « Cela fait qua­rante ans que les trai­tés se suc­cèdent, à com­men­cer par celui de Maas­tricht, pour libé­raliser le com­merce en uti­li­sant l’agriculture pour élar­gir les mar­chés, par exemple de l’automobile alle­mande », disait-il. Les inter­ve­nants pre­naient ain­si des exemples pré­cis sur les consé­quences du Mer­co­sur, appli­cable pro­vi­soi­re­ment mal­gré les oppo­si­tions, entre celle, una­nime, de l’Assemblée natio­nale fran­çaise.

Meryl Mar­tin, res­pon­sable de la Confé­dé­ra­tion pay­sanne Isère.

Le Mer­co­sur, c’est ain­si 100 000 tonnes de viande sup­plé­men­taires qui entrent détaxées en Europe. Sup­plé­men­taires, parce que le Mer­co­sur vient ajou­ter ses impor­ta­tions à celles pré­vues par le Ceta, les accords conclus ou en cours de l’être avec la Nou­velle-Zélande ou l’Australie. Des volumes qui, s’ils ne repré­sentent par des pour­cen­tages consi­dé­rables, n’en désta­bi­lisent pas moins les mar­chés. Avec des sec­teurs sinis­trés : trai­té après trai­té, la moi­tié de la volaille aujourd’hui consom­mée en France est impor­tée. « La consé­quence, c’est la baisse du reve­nu pay­san », sou­ligne Chris­tian Rey­naud pour le Modef. Baisse du reve­nu et bas salaires et condi­tions de tra­vail dégra­dées pour les sala­riés agri­coles, rap­pe­lait Damien Fer­rier, qui sont au nombre d’un mil­lion de sai­son­nier et, à l’année, de 200 000 équi­va­lents temps plein.

Le débat s’est pour­sui­vi pen­dant près de deux heures.

Le reve­nu pay­san en berne et son coro­laire de dis­pa­ri­tions de fermes et d’exploitation des sala­riés agri­coles, mais aus­si des consé­quences en terme de sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire rele­vée par Meryl Mar­tin pour la Confé­dé­ra­tion pay­sanne, sur l’environnement avec des dis­pa­ri­tés de prise en compte du milieu natu­rel sou­le­vées par Chris­tian Rey­naud du Modef. Damien Fer­rier notait à ce pro­pos que les sala­riés recherchent, quand ils le peuvent, des exploi­ta­tions qui uti­lisent un mini­mum de pro­duits phy­to­sa­ni­taires.

Chan­ger de modèle agri­cole euro­péen, c’est ce que sou­hai­taient tous les inter­ve­nants.

Eric Hours, conseiller régio­nal com­mu­niste.

Julien Bru­ge­rolles expo­sait les pro­po­si­tions du PCF pour un juste par­tage de la valeur ajou­tée entre pro­duc­teurs, trans­for­ma­teurs et dis­tri­bu­teurs. Ce qui passe par des mesures concrètes en termes de prix et d’encadrement des marges – Julien Bru­ge­rolles évo­quait le sys­tème des coef­fi­cients mul­ti­pli­ca­teurs, aban­don­né par la droite au pou­voir en 1986 au pro­fit de la libé­ra­tion du mar­ché – qui peuvent se conju­guer avec des accords de coopé­ra­tion mutuel­le­ment avan­ta­geux avec des pays tiers. Meryl Mar­tin sou­li­gnait à cet égard la rési­lience des petites exploi­ta­tions adap­tées à des modes exten­sifs d’élevage notam­ment qui doivent être favo­ri­sées. C’est aus­si dans une pers­pec­tive d’aménagement du ter­ri­toire que l’agriculture doit être pen­sée, rele­vait Eric Hours.

Un mot de conclu­sion ? Il pour­rait reve­nir à Chris­tian Rey­naud, du Modef : « L’agriculture et l’alimentation, cela ne concerne pas que les pro­duc­teurs, cela concerne les consom­ma­teurs, ça impacte la san­té publique, la sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire, tout cela dans le contexte sur chan­ge­ment cli­ma­tique… c’est un choix qui doit être débat­tu dans l’ensemble de la socié­té ».

Humour toute, avec le « quizz fémi­niste » pré­sen­té par l’as­so­cia­tion Fee­ling du Pays voi­ron­nais, orga­ni­sa­trice du fes­ti­val « Puis­santEs »
Le tra­vail mili­tant en cui­sine.
Ser­vir 1500 repas n’est pas une mince affaire.
Ser­vice conti­nu à la buvette.

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