Grenoble Alpes Métropole. Quels rapports de forces pour quelle majorité ?
Par Travailleur Alpin
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Depuis 1995 et la victoire de Michel Destot (PS) à Grenoble face à Alain Carignon, il y a deux constantes à la métropole grenobloise : elle est gouvernée par une majorité de gauche, et elle n’est pas présidée par un⸱e élu⸱e de la ville-centre.
L’élargissement réalisé entre 2004 et 2014, avec l’intégration des communautés de communes du Pays de Vif (2004), de Venon (2009), Miribel-Lanchâtre (2012), puis des communautés de communes du Sud Grenoblois et des Balcons Sud de Chartreuse (2014), introduit une dimension « territoriale » plus forte. Sous l’impulsion de Marc Baïetto (maire d’Eybens & président de 2010 à 2014), un groupe des « petites communes » est créé, devenant un pilier essentiel des majorités de gauche.
En 2014, les écologistes entrent en grand dans l’institution, avec leurs victoires à Grenoble et Eybens, et font alors le choix d’une alliance avec une partie des socialistes, en portant la candidature de Christophe Ferrari à la présidence. En face, communistes et petites communes avaient alors défendu celle de Jacques Nivon, maire de Champ-sur-Drac.
Six ans plus tard, la situation évolue, et c’est désormais Christophe Ferrari qui s’appuie sur les petites communes pour contrer la candidature de Yann Mongaburu, président sortant du SMMAG soutenu par Eric Piolle. Une élection au caractère traumatique, qui verra l’écologiste arriver en tête à deux reprises, puis être battu grâce à l’arbitrage des voix de la droite. Mais là encore, pas de renversement politique pour autant : exécutif comme majorité conserveront pour périmètre l’alliance « gauche & territoires ».
En 2026, nouveaux rapports de forces
Les dernières municipales, sans modifier l’essentiel des grands équilibres, viennent toutefois acter plusieurs évolutions.
L’entrée officielle d’un groupe France Insoumise d’abord, fruit de la fusion technique réalisée avec la liste de Laurence Ruffin au second tour des municipales grenobloises. Les insoumis étaient en réalité présents depuis 2014 (sous l’étiquette « Parti de Gauche » avant 2017), mais dilués dans un groupe commun avec les écologistes, qui leur avait toutefois permis d’accéder à de hautes responsabilités. Dans la lignée des orientations plus offensives du mouvement, ils comptent désormais compter en tant que tels, et s’affirmer.
Les convergences de la droite ensuite. Leurs élus siégeaient dans trois groupes distincts auparavant (« Métropole territoires de progrès solidaires (MTPS) » — centristes ; « Communes au cœur de la Métropole (CCM) — droite républicaine ; « Société civile, divers-droite et centre (GO-SCDDC) — droite carignoniste). La recomposition grenobloise qui a vu le ralliement d’Émilie Chalas à Alain Carignon, soutenu par tous les ténors de la droite « républicaine », puis la démission de ce dernier suite à sa défaite, pourrait bien aboutir à la convergence au sein d’un seul groupe, sous la houlette du maire de Fontaine Franck Longo.
Le retour du Parti socialiste enfin. Après un mandat qui aura vu les « pro-Ferrari » s’opposer aux socialistes lors des élections intermédiaires locales (départementales et sénatoriales), puis des élections municipales où certains ont officialisé des alliances avec la droite à Fontaine et Échirolles, le groupe métropolitain « Arc des communes en transition écologiques et sociales » (ACTES) devrait sans surprise disparaitre. Ceci, au profit de transferts vers le groupe des « petites communes » et d’un groupe socialiste autonome, même si des évolutions sont certainement encore à venir.

Quel(le) président(e) pour quelle majorité ?
Bien plus qu’en 2020, l’élection à la présidence — qui devrait se tenir au plus tard le 24 avril – sera intimement liée au périmètre d’une future majorité. Et là, la composition de l’assemblée ne donne que peu d’issues possibles.
D’un côté, la droite espère jouer son va-tout, prônant par la voix de Franck Longo une « gouvernance transpartisane qui se concentre sur les compétences obligatoires ». Au-delà de l’opportunisme tactique – Jérôme Rubes, vice-président communiste sortant et adjoint à Saint-Martin‑d’Hères, rappelant que « la droite propose généralement une gestion transpartisane lorsqu’elle est minoritaire, mais jamais quand elle est majoritaire… » –, on comprend en allant dans le détail quelles inflexions des politiques métropolitaines cela supposerait.
Dans ce domaine, on peut citer leurs oppositions ou abstentions sur plusieurs délibérations concernant le portage de projets de logements, des modifications du Plan local intercommunal d’urbanisme, l’égalité femmes-hommes ou encore la gestion du Stade des Alpes…
Pourtant, certains, à l’image de Sylvain Laval, président sortant du SMMAG et maire de Saint-Martin-le-Vinoux, ont publiquement ouvert la porte à une telle alliance. On parle également d’une potentielle candidature de Raphaël Guerrero, maire de Jarrie et vice-président sortant, pourtant très proche de Christophe Ferrari. Si le dernier siégeait jusqu’à présent au sein du groupe ACTES, les deux premiers sont des piliers du groupe des « petites communes », artisans durant le mandat précédent des affrontements avec la ville-centre.
De l’autre, les élus écologistes, socialistes et communistes multiplient les échanges, sans annoncer de candidature à la présidence pour le moment. Un proche des discussions confie : « Pour nous, l’important n’est pas de commencer par sortir un candidat à la présidence, et d’ensuite foncer, mais plutôt de construire l’architecture d’un vrai pacte de gouvernance à proposer aux petites communes. Le ou la candidate arrivera après, pour incarner cette proposition de contrat de majorité, en confiance. »
Les noms qui circulent à ce stade sont ceux de Guillaume Lissy (maire PS de Seyssinet-Pariset), Jérôme Rubes (adjoint au maire de Saint-Martin‑d’Hères et vice-président sortant, PCF) et d’Amandine Demore (maire PCF d’Echirolles), Laurence Ruffin ayant indiqué qu’elle ne serait candidate que si « Grenoble n’était pas respectée », ce qui ne devrait pas arriver. Une chose est désormais presque certaine : la tradition d’une présidence qui ne soit pas issue de la ville-centre perdurera, quelle que soit l’issue du conseil métropolitain.



Pour la majorité, peu d’options viables
Le hic de taille, c’est que ni une alliance « petites communes / droite », ni un bloc de gauche sans les petites communes ne peuvent être majoritaires et gouverner demain. Pour la gauche, pas question de céder aux exigences d’une droite qui demeure très largement minoritaire, et qui s’est plusieurs fois opposée frontalement aux politiques métropolitaines.
Par conséquent, une candidature portée par une alliance « petites communes / droite » positionnerait les élus RN et LFI en arbitre permanent de l’institution, entraînant une instabilité sans précédent.
Un socialiste livre son commentaire – un brin cynique. « On comprend bien quel intérêt aurait la droite, qui tient le Département, la Région et les territoires alentour, à bordéliser de façon permanente la métropole… Ça serait tout bénèf’ pour eux, et ils pourraient préparer tranquillement la reconquête de communes comme Vif, Noyarey, Vizille, Eybens, Gières, Le Sappey… », anticipe-t-il.
Et ce dernier de conclure : « Il n’y a pas de mystère, une seule majorité stable est possible : un pacte de gouvernance entre la gauche de gouvernement et les petites communes, à l’image de ce qui a toujours fonctionné dans notre territoire. »
Robert W. Wellnes


