Grenoble Alpes Métropole. Quels rapports de forces pour quelle majorité ?

Par Travailleur Alpin

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Le conseil métropolitain en 2023, époque où les divisions de la gauche atteignaient leur paroxysme.
Après le second tour des élections municipales, un « troisième tour » se tient dans les établissements publics de coopérations intercommunaux (communautés de communes, agglomérations et métropoles). À Grenoble Alpes Métropole, depuis 2014, ce troisième tour est un moment important de redéfinition des équilibres politiques sur le territoire. Faisons le point, à l'approche de la séance d'installation du nouveau conseil métropolitain - qui doit se tenir d'ici le 24 avril.

Depuis 1995 et la vic­toire de Michel Des­tot (PS) à Gre­noble face à Alain Cari­gnon, il y a deux constantes à la métro­pole gre­no­bloise : elle est gou­ver­née par une majo­ri­té de gauche, et elle n’est pas pré­si­dée par une élue de la ville-centre.

L’élargissement réa­li­sé entre 2004 et 2014, avec l’intégration des com­mu­nau­tés de com­munes du Pays de Vif (2004), de Venon (2009), Miri­bel-Lan­châtre (2012), puis des com­mu­nau­tés de com­munes du Sud Gre­no­blois et des Bal­cons Sud de Char­treuse (2014), intro­duit une dimen­sion « ter­ri­to­riale » plus forte. Sous l’impulsion de Marc Baïet­to (maire d’Eybens & pré­sident de 2010 à 2014), un groupe des « petites com­munes » est créé, deve­nant un pilier essen­tiel des majo­ri­tés de gauche.

En 2014, les éco­lo­gistes entrent en grand dans l’institution, avec leurs vic­toires à Gre­noble et Eybens, et font alors le choix d’une alliance avec une par­tie des socia­listes, en por­tant la can­di­da­ture de Chris­tophe Fer­ra­ri à la pré­si­dence. En face, com­mu­nistes et petites com­munes avaient alors défen­du celle de Jacques Nivon, maire de Champ-sur-Drac.

Six ans plus tard, la situa­tion évo­lue, et c’est désor­mais Chris­tophe Fer­ra­ri qui s’appuie sur les petites com­munes pour contrer la can­di­da­ture de Yann Mon­ga­bu­ru, pré­sident sor­tant du SMMAG sou­te­nu par Eric Piolle. Une élec­tion au carac­tère trau­ma­tique, qui ver­ra l’écologiste arri­ver en tête à deux reprises, puis être bat­tu grâce à l’arbitrage des voix de la droite. Mais là encore, pas de ren­ver­se­ment poli­tique pour autant : exé­cu­tif comme majo­ri­té conser­ve­ront pour péri­mètre l’alliance « gauche & ter­ri­toires ».

En 2026, nouveaux rapports de forces

Les der­nières muni­ci­pales, sans modi­fier l’essentiel des grands équi­libres, viennent tou­te­fois acter plu­sieurs évo­lu­tions.

L’entrée offi­cielle d’un groupe France Insou­mise d’abord, fruit de la fusion tech­nique réa­li­sée avec la liste de Lau­rence Ruf­fin au second tour des muni­ci­pales gre­no­bloises. Les insou­mis étaient en réa­li­té pré­sents depuis 2014 (sous l’étiquette « Par­ti de Gauche » avant 2017), mais dilués dans un groupe com­mun avec les éco­lo­gistes, qui leur avait tou­te­fois per­mis d’accéder à de hautes res­pon­sa­bi­li­tés. Dans la lignée des orien­ta­tions plus offen­sives du mou­ve­ment, ils comptent désor­mais comp­ter en tant que tels, et s’affirmer.

Les conver­gences de la droite ensuite. Leurs élus sié­geaient dans trois groupes dis­tincts aupa­ra­vant (« Métro­pole ter­ri­toires de pro­grès soli­daires (MTPS) » — cen­tristes ; « Com­munes au cœur de la Métro­pole (CCM) — droite répu­bli­caine ; « Socié­té civile, divers-droite et centre (GO-SCDDC) — droite cari­gno­niste). La recom­po­si­tion gre­no­bloise qui a vu le ral­lie­ment d’Émilie Cha­las à Alain Cari­gnon, sou­te­nu par tous les ténors de la droite « répu­bli­caine », puis la démis­sion de ce der­nier suite à sa défaite, pour­rait bien abou­tir à la conver­gence au sein d’un seul groupe, sous la hou­lette du maire de Fon­taine Franck Lon­go.

Le retour du Par­ti socia­liste enfin. Après un man­dat qui aura vu les « pro-Fer­ra­ri » s’opposer aux socia­listes lors des élec­tions inter­mé­diaires locales (dépar­te­men­tales et séna­to­riales), puis des élec­tions muni­ci­pales où cer­tains ont offi­cia­li­sé des alliances avec la droite à Fon­taine et Échi­rolles, le groupe métro­po­li­tain « Arc des com­munes en tran­si­tion éco­lo­giques et sociales » (ACTES) devrait sans sur­prise dis­pa­raitre. Ceci, au pro­fit de trans­ferts vers le groupe des « petites com­munes » et d’un groupe socia­liste auto­nome, même si des évo­lu­tions sont cer­tai­ne­ment encore à venir.

Esti­ma­tion des forces en pré­sence au nou­veau conseil métro­po­li­tain.

Quel(le) président(e) pour quelle majorité ?

Bien plus qu’en 2020, l’élection à la pré­si­dence — qui devrait se tenir au plus tard le 24 avril – sera inti­me­ment liée au péri­mètre d’une future majo­ri­té. Et là, la com­po­si­tion de l’assemblée ne donne que peu d’issues pos­sibles.

D’un côté, la droite espère jouer son va-tout, prô­nant par la voix de Franck Lon­go une « gou­ver­nance trans­par­ti­sane qui se concentre sur les com­pé­tences obli­ga­toires ». Au-delà de l’opportunisme tac­tique – Jérôme Rubes, vice-pré­sident com­mu­niste sor­tant et adjoint à Saint-Martin‑d’Hères, rap­pe­lant que « la droite pro­pose géné­ra­le­ment une ges­tion trans­par­ti­sane lorsqu’elle est mino­ri­taire, mais jamais quand elle est majo­ri­taire… » –, on com­prend en allant dans le détail quelles inflexions des poli­tiques métro­po­li­taines cela sup­po­se­rait.

Dans ce domaine, on peut citer leurs oppo­si­tions ou abs­ten­tions sur plu­sieurs déli­bé­ra­tions concer­nant le por­tage de pro­jets de loge­ments, des modi­fi­ca­tions du Plan local inter­com­mu­nal d’urbanisme, l’égalité femmes-hommes ou encore la ges­tion du Stade des Alpes…

Pour­tant, cer­tains, à l’image de Syl­vain Laval, pré­sident sor­tant du SMMAG et maire de Saint-Mar­tin-le-Vinoux, ont publi­que­ment ouvert la porte à une telle alliance. On parle éga­le­ment d’une poten­tielle can­di­da­ture de Raphaël Guer­re­ro, maire de Jar­rie et vice-pré­sident sor­tant, pour­tant très proche de Chris­tophe Fer­ra­ri. Si le der­nier sié­geait jusqu’à pré­sent au sein du groupe ACTES, les deux pre­miers sont des piliers du groupe des « petites com­munes », arti­sans durant le man­dat pré­cé­dent des affron­te­ments avec la ville-centre.

De l’autre, les élus éco­lo­gistes, socia­listes et com­mu­nistes mul­ti­plient les échanges, sans annon­cer de can­di­da­ture à la pré­si­dence pour le moment. Un proche des dis­cus­sions confie : « Pour nous, l’important n’est pas de com­men­cer par sor­tir un can­di­dat à la pré­si­dence, et d’ensuite fon­cer, mais plu­tôt de construire l’architecture d’un vrai pacte de gou­ver­nance à pro­po­ser aux petites com­munes. Le ou la can­di­date arri­ve­ra après, pour incar­ner cette pro­po­si­tion de contrat de majo­ri­té, en confiance. »

Les noms qui cir­culent à ce stade sont ceux de Guillaume Lis­sy (maire PS de Seys­si­net-Pari­set), Jérôme Rubes (adjoint au maire de Saint-Martin‑d’Hères et vice-pré­sident sor­tant, PCF) et d’Amandine Demore (maire PCF d’Echirolles), Lau­rence Ruf­fin ayant indi­qué qu’elle ne serait can­di­date que si « Gre­noble n’était pas res­pec­tée », ce qui ne devrait pas arri­ver. Une chose est désor­mais presque cer­taine : la tra­di­tion d’une pré­si­dence qui ne soit pas issue de la ville-centre per­du­re­ra, quelle que soit l’issue du conseil métro­po­li­tain.

Pour la majorité, peu d’options viables

Le hic de taille, c’est que ni une alliance « petites com­munes / droite », ni un bloc de gauche sans les petites com­munes ne peuvent être majo­ri­taires et gou­ver­ner demain. Pour la gauche, pas ques­tion de céder aux exi­gences d’une droite qui demeure très lar­ge­ment mino­ri­taire, et qui s’est plu­sieurs fois oppo­sée fron­ta­le­ment aux poli­tiques métro­po­li­taines.

Par consé­quent, une can­di­da­ture por­tée par une alliance « petites com­munes / droite » posi­tion­ne­rait les élus RN et LFI en arbitre per­ma­nent de l’institution, entraî­nant une insta­bi­li­té sans pré­cé­dent.

Un socia­liste livre son com­men­taire – un brin cynique. « On com­prend bien quel inté­rêt aurait la droite, qui tient le Dépar­te­ment, la Région et les ter­ri­toires alen­tour, à bor­dé­li­ser de façon per­ma­nente la métro­pole… Ça serait tout bénèf’ pour eux, et ils pour­raient pré­pa­rer tran­quille­ment la recon­quête de com­munes comme Vif, Noya­rey, Vizille, Eybens, Gières, Le Sap­pey… », anti­cipe-t-il.

Et ce der­nier de conclure : « Il n’y a pas de mys­tère, une seule majo­ri­té stable est pos­sible : un pacte de gou­ver­nance entre la gauche de gou­ver­ne­ment et les petites com­munes, à l’image de ce qui a tou­jours fonc­tion­né dans notre ter­ri­toire. »

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