Municipales. Laurence Ruffin, première maire de Grenoble, qui reste à gauche
Par Manuel Pavard
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Si la tendance s’est vite dessinée dans la soirée, l’attente aura été, une nouvelle fois, particulièrement longue, avant l’officialisation des résultats. Il était ainsi 23h30, ce dimanche 22 mars, lorsque l’information a été annoncée, le conditionnel cédant alors enfin la place à l’indicatif : Laurence Ruffin est élue maire de Grenoble, avec 56,59 % des suffrages. Un succès finalement assez confortable, avec un peu plus de treize points d’avance sur Alain Carignon, crédité, lui, de 43,41 %.

Mais pour les militants et colistiers de « Oui Grenoble », rassemblés au local de campagne de la liste d’union de la gauche écologiste et citoyenne, entre les halles Sainte-Claire et la place Notre-Dame, l’explosion de joie ayant suivi la proclamation officielle était à la hauteur de l’angoisse ressentie durant l’entre-deux-tours, dans une bonne partie de la gauche grenobloise. « Heureux » et « rassurés ». C’est d’ailleurs ce mélange de soulagement et d’allégresse qu’exprimaient nombre de partisans de Laurence Ruffin au moment où la nouvelle édile a fait son apparition, quelques minutes plus tard, sur la scène dressée dans la rue du Président-Carnot.
« Un long chemin pour arriver là »
« Pour la première fois, Grenoble a choisi une maire femme », s’est exclamé Éric Piolle, avant de transmettre le flambeau et la parole, « avec une immense fierté », à celle qui lui succède pour les six prochaines années. Une maire qui avait « préparé deux discours » opposés, au cas où. Et qui ne s’est pas fait prier pour déchirer, sous les acclamations du public, le texte devenu inutile, ne gardant que les mots de la victoire.

« Je suis très heureuse car c’est un long chemin pour arriver là », a lancé Laurence Ruffin, très émue, remerciant les militants pour leur investissement durant cette campagne. Avec un chiffre édifiant : les « 42 000 portes » auxquelles ont frappé les membres de son équipe, aux quatre coins de Grenoble. Et ce, malgré une semaine « chahutée », référence au climat délétère de ces derniers jours, largement entretenu par ses adversaires. « C’était compliqué mais l’intérêt général est toujours passé au-dessus. Nous sommes restés soudés », s’est-elle félicitée.
« On va encore devoir résister »
Pour Laurence Ruffin, son élection et son projet s’inscrivent dans la riche histoire de la capitale des Alpes et de ses valeurs. « Grenoble, c’est une ville de résistance, […] une ville qui a résisté au pouvoir royal, qui a animé la Révolution française, qui est Compagnon de la Libération. On a résisté à la corruption, à l’entre-soi… Et on va encore devoir résister », a annoncé l’élue, évoquant ensuite la « ville qui invente ». Celle de « la municipalisation de l’eau, du premier Planning familial, de la démocratie participative », a‑t-elle égrené. « C’est ici qu’on a eu la première ville écolo. Et la première maire femme. »

Laurence Ruffin a bien sûr rappelé l’importance de « l’union de la gauche, des écologistes, des citoyens », dans sa victoire. Rassemblement qui s’est manifesté dès le début de la campagne, avec une coalition de treize partis et mouvements, puis lors du second tour, marqué par la « fusion technique » avec la liste de la France insoumise. Sans oublier les consignes de vote et le soutien apporté au lendemain du premier tour par des candidats — à l’image du Grenoble Alpes collectif ou de Romain Gentil (Place publique) — qu’elle a vivement « remerciés » pour cela.
Premier conseil municipal le 27 mars
« Je voudrais m’adresser à tous les Grenoblois et Grenobloises, pour leur dire qu’à partir de demain, on s’engage à travailler », a poursuivi la nouvelle maire. Dans cette période de turbulences, entre montée du fascisme et dérèglement climatique, elle promet de faire vivre les « valeurs d’antiracisme, de féminisme, de justice sociale, de collectif ». Et d’ajouter : « Très concrètement, on veut aussi améliorer la vie des gens, répondre à toutes les préoccupations et être élus pour tous les Grenoblois, qu’ils aient voté pour nous ou non. »

Laurence Ruffin en a néanmoins conscience, les obstacles à surmonter ne manquent pas. Ceci, dès ce vendredi 27 mars, date de son premier conseil municipal. La maire se retrouvera ainsi face à une droite revancharde — et sans doute aigrie après cette nouvelle élection municipale perdue. Mais également face à une inconnue, à savoir l’attitude des élus LFI et de leur chef de file Allan Brunon qui, après l’accord « technique » du second tour, entendaient rallier l’opposition. De bons nœuds dans le cerveau en perspective certes, mais Oui Grenoble reste majoritaire pour conduire sa politique. Et Laurence Ruffin l’a déjà démontré, elle ne recule pas devant les défis.


