Rassemblement en hommage aux victimes iraniennes

Par Maryvonne Mathéoud

/

Image principale
Ce lundi 2 février un rassemblement en hommage aux victimes iraniennes a lieu rue Félix Poulat à Grenoble. © Mariano Bona
Le régime des mollahs n’hésite pas à utiliser des armes de guerre pour mater la contestation du peuple iranien.

Le 28 décembre 2025 des mani­fes­tions de masse éclatent dans plu­sieurs villes d’I­ran dans un contexte de crise éco­no­mique et de mécon­ten­te­ment à l’é­gard du gou­ver­ne­ment des mol­lahs. C’est le cin­quième sou­lè­ve­ment depuis 2017. Ces sou­lè­ve­ments d’ampleur inédite depuis la révo­lu­tion de 1979 évo­luent en un mou­ve­ment plus large récla­mant la fin du régime actuel. Une répres­sion féroce à l’arme de guerre s’abat contre les mani­fes­tants.

« Il est très com­pli­qué de dire le nombre de morts exact car le régime fait tout pour mini­mi­ser sa répres­sion et cacher l’ampleur du mas­sacre qu’il a per­pé­tré mais ce qu’on sait par les orga­ni­sa­tions des droits de l’homme (Iran Human Right Watch et Hen­gaw notam­ment) et qui ont recou­pé des infor­ma­tions venues du minis­tère de la san­té ira­nienne, des hôpi­taux et des méde­cins, il y a énor­mé­ment de morts, plu­sieurs dizaines de mil­liers sans doute. Le gou­ver­ne­ment lui-même a authen­ti­fié 6 900 morts. 10 000 dos­siers de dis­pa­rus et de morts avé­rés sont étu­diés par les orga­ni­sa­tions de défense des droits humain car il n’y a pas d’informations exactes, offi­cielles fiables. Le chiffre de 30 000 morts paraît pos­sible parce qu’il y a énor­mé­ment de fosses com­munes dans les cime­tières, des fosses qui ont été creu­sées à la va-vite. Des camions entiers déversent des corps non iden­ti­fiés. Il y a énor­mé­ment de dis­pa­rus dont les parents cherchent encore les corps. Quelques quar­tiers de Téhé­ran n’ont pas été tou­chés et cer­taines régions moins que d’autres, mais glo­ba­le­ment c’est l’ensemble du pays qui s’est sou­le­vé à part des régions qui avaient été dure­ment répri­mées lors de pré­cé­dents sou­lè­ve­ments, notam­ment durant le mou­ve­ment Femme, vie, liber­té. Quoi qu’il en soit, nous avons affaire à un régime à bout de souffle, sans légi­ti­mi­té popu­laire. Il ne tient que par la répres­sion san­glante, les pen­dai­sons et la peur. La popu­la­tion conti­nue­ra de se sou­le­ver et ce jusqu’au ren­ver­se­ment de la Répu­blique isla­mique d’Iran. Toute inter­ven­tion impé­ria­liste ne fera qu’aggraver la situa­tion. De même, les négo­cia­tions entre Trump et le régime ira­nien se font sur le dos des vic­times de la répres­sion et de l’immense majo­ri­té de la popu­la­tion. C’est aux peuples d’Iran de déci­der de leur ave­nir », indique Maz­dak Kafai, mili­tant ira­nien.

Amnes­ty Inter­na­tio­nal enquête sur les vio­la­tions des droits humains per­pé­trées par les forces ira­niennes. « Nous avons véri­fié et ana­ly­sé des vidéos, des pho­tos dis­po­nibles en accès libre et direc­te­ment envoyées à l’organisation par de per­sonnes se trou­vant en Iran, indique une repré­sen­tante d’Amnesty Inter­na­tio­nal, il est urgent de déployer une action diplo­ma­tique. Aidez nous à mettre fin aux mas­sacres et à obte­nir des comtes, non seule­ment dans le contexte de la répres­sion en cours mais aus­si pour tous les crimes per­pé­trés lors des mou­ve­ments de pro­tes­ta­tion pré­cé­dents. »

Droits bafoués de manière constante à partir du XVIIIe siècle

Les peuples, quels qu’ils soient, ont droit au droit. Le pre­mier d’entre eux, c’est celui de l’au­to­dé­ter­mi­na­tion. Si aujourd’­hui, nous vivons des situa­tions com­pli­quées, c’est parce que ces droits ont été bafoués de manière constante à par­tir du XVIIIe siècle. La situa­tion à laquelle nous fai­sons face aujourd’­hui est une situa­tion qui résulte du déni de droits à l’é­gard de cer­tains peuples. Le grand drame du monde arabe c’est la rup­ture entre les peuples et leurs diri­geants. Il n’existe pas aujourd’­hui, dans le monde arabe, de peuples dont les droits sont res­pec­tés. On lui concède quelques droits, mais en tout cas, celui de dis­po­ser, de déci­der de la manière dont il devrait être diri­gé, de la manière dont les affaires publiques devraient être menées, ce droit n’existe pas.

Il y a des sys­tèmes auto­ri­ta­ristes, des sys­tèmes dic­ta­to­riaux, des sys­tèmes monar­chiques, des monar­chies abso­lues, et la ques­tion du droit est fon­da­men­tale et essen­tielle dans le moyen Orient à un moment où tous ces monarques, tous ces auto­ri­ta­ristes, sont heu­reux de voir que le droit, dans d’autres pays qui se récla­maient comme étant des exemples en matière d’É­tat de droit, est en train de se déli­ter.

© Maria­no Bona

Ce qui se passe aux États-Unis aujourd’­hui, a pour effet, de ren­for­cer les tenants de l’au­to­ri­ta­risme, les tenants de la théo­rie selon laquelle les peuples sont trop bêtes pour qu’on les laisse déci­der par eux-mêmes de ce que doit être leur ave­nir. C’est quelque chose de nou­veau dans la géo­po­li­tique, dans l’a­na­lyse glo­bale de la situa­tion au Proche-Orient.

Cela vaut aus­si en matière de res­pect des droits des mino­ri­tés.

Pour­quoi du jour au len­de­main, un monarque ou un tyran arabe res­pec­te­rait les droits de ces mino­ri­tés, s’il voit la manière dont sont trai­tés les Pales­ti­niens qui n’ap­pelle aucune sanc­tion ?

Pour­tant même si les Nations Unies n’ont que peu de poids face à tous ces défer­le­ment de vio­lence il n’y a pas d’autres struc­tures et nous devons conti­nuer à défendre le droit inter­na­tio­nal avec l’ONU.

Partager cet article

Avant de partir

Votre soutien compte pour nous

Le Travailleur alpin vit depuis 1928 grâce à l’engagement de ses lecteurs. Aujourd’hui encore, ce média propose un autre regard sur vos espoirs, vos luttes, vos aspirations. Une voix unique dans la presse d’information départementale.

Pour protéger l’indépendance du Travailleur alpin, assurer son développement, vos dons nous sont précieux – nous assurons leur traitement en partenariat avec la fondation l’Humanité en partage.

Merci d’avance.

Faire un don défiscalisé maintenant

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *