Bourse du travail de Grenoble : les syndicats interpellent les candidats aux municipales
Par Manuel Pavard
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L’année prochaine, la bourse du travail de Grenoble fêtera ses cinquante ans d’existence. Elle a en effet été créée et inaugurée en 1977 par la municipalité Dubedout, pour remplacer les locaux situés rue Berthe de Boissieux, devenus inadaptés. Mais un demi-siècle plus tard, le bâtiment de l’avenue de l’Europe, bordant le quartier de la Villeneuve, a clairement « besoin d’un certain rafraîchissement pour répondre aux attentes des syndicats mais aussi pour accueillir du public dans de bonnes conditions. Et pour répondre aux nouveaux besoins issus de la modification du paritarisme, de l’évolution du monde et des enjeux climatiques », explique Nicolas Benoit.
Le secrétaire général de la CGT Isère s’exprimait lors d’une conférence de presse réunissant l’ensemble des organisations syndicales utilisatrices des lieux (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC, UNSA, FSU et Solidaires), lundi 2 février. Objectif : profiter des élections municipales à venir pour interpeller les candidats sur ce dossier. Ceci, en leur présentant le cahier d’acteurs pour la rénovation de la bourse du travail, conçu collectivement par l’intersyndicale.
« Une vraie passoire thermique »
« Depuis quelques années, on constate les difficultés d’un débat apaisé avec les différents acteurs que sont la ville de Grenoble, la métropole et le département », déplore Nicolas Benoit, regrettant que les syndicats « paient les pots cassés » des dissensions politiques entre ces collectivités. Sans compter la volonté de désengagement du département de l’Isère — la bourse du travail ayant la particularité d’être un bâtiment communal recevant des gens venus de tout le département. Pourtant, le responsable de l’UD CGT en est convaincu, « ce qui pu être fait il y a cinquante ans par le courage de la municipalité de l’époque peut être fait à nouveau ».

Pour les représentants syndicaux, il y a urgence tant les problèmes s’accumulent, à l’image de l’isolation d’un bâtiment qui « n’a jamais été entretenu depuis sa construction », souligne Philippe Beaufort (FO). En clair, « c’est une vraie passoire thermique : on a très chaud l’été et froid l’hiver ! » Aujourd’hui, « l’état du bâti et des communs, l’accessibilité, la performance énergétique, les conditions d’accueil du public et les conditions de travail des équipes ne sont plus au niveau attendu pour un service de proximité aux travailleurs », constatent les syndicats, unanimes.
Un programme pluriannuel de rénovation et valorisation
Ces derniers demandent donc l’inscription, dès le mandat municipal 2026–2032, d’un programme pluriannuel de rénovation et de valorisation de la bourse du travail. Condition sine qua non pour que celle-ci puisse assurer l’ensemble de ses missions : accueil, information et accompagnement des salariés, formation syndicale pour les adhérents, défense prud’homale…
Les propositions regroupées dans le cahier d’acteurs sont déclinées en trois phases. La première (2026–2027) — la plus urgente — comprend « diagnostic technique, mise en sécurité, remise à niveau électrique, rénovation des sanitaires/PMR, traitement des accès et de la dalle », détaille Bernard Cruz (CFE-CGC). Seconde phase (2026–2030), la consolidation : il s’agit de « la rénovation thermique (isolation, protections solaires), la modernisation des éclairages, équipements numériques et audiovisuels, l’isolation acoustique », poursuit-il. Enfin, une dernière séquence (2030–2032) de valorisation visant à la « création d’un amphithéâtre, de salles complémentaires, d’une salle d’exposition ».
Réunion quadripartite et comité de pilotage
Quid du montant et du financement ? « On ne peut rien chiffrer à ce stade », répond Nicolas Benoit, concédant toutefois qu’un tel projet impliquera « un investissement massif ». Mais il faudra d’abord réaliser une première étude et beaucoup de paramètres sont à prendre en compte, de la volonté de la future municipalité aux décisions des exécutifs métropolitain et départemental. L’intersyndicale souhaite d’ailleurs être associée à une réunion quadripartite avec ces trois collectivités.
Dans un premier temps, les syndicats demandent déjà aux candidats aux municipales de prendre trois engagements, dans le cadre de la campagne :
- Inscrire au programme de mandat un plan pluriannuel de rénovation et de mise aux normes de la bourse du travail, assorti d’un calendrier et d’une enveloppe budgétaire.
- Installer dès 2026 une instance de pilotage et de concertation avec les organisations syndicales signataires, pour conduire un diagnostic partagé, prioriser les travaux et assurer la continuité d’activité.
- Renforcer la visibilité et l’accessibilité de la bourse du travail comme lieu d’accueil du public et de démocratie sociale (signalétique, accès, numérique, sécurité), en cohérence avec les projets urbains du secteur.
Pour le reste, Nicolas Benoit souhaiterait que la bourse du travail s’intègre pleinement, à terme, dans le projet GrandAlpe, avec une rénovation totale du site, une dalle végétalisée… Quant à l’option d’une relocalisation — à envisager si l’état du bâti ou les contraintes d’exploitation rendent la rénovation non soutenable -, celle-ci n’est pas totalement exclue mais n’est pas le scénario privilégié par les organisations syndicales. Aux candidats de se prononcer maintenant.


