Saint-Egrève. La gratuité des transports en débat
Par Travailleur Alpin
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Mercredi 28 janvier, les communistes de Saint-Egrève et Saint-Martin-le-Vinoux organisaient une réunion publique dédiée à la gratuité des transports publics dans l’agglomération grenobloise. L’objectif : débattre des enjeux climatiques, sociaux et économiques liés à cette mesure. Une vingtaine de personnes ont répondu présent. La soirée s’est terminée par un débat et un pot de l’amitié.
Monique Bassols, secrétaire de la section du PCF, a ouvert la réunion en rappelant l’engagement du Parti communiste français sur les questions écologiques. Elle a notamment évoqué le travail de la commission écologie du PCF, synthétisé dans l’ouvrage « Empreinte 2050 – Plan climat pour la France ». Ce document souligne l’urgence d’agir pour limiter le réchauffement climatique, en réduisant drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, dont les transports sont le premier émetteur en France.
350 000 véhicules entrent et sortent quotidiennement de l’agglo
Laurent Terrier, représentant de l’Union pour la gratuité et le développement des transports publics Isère (UGDT), a développé les arguments en faveur de la gratuité totale des transports en commun. Il s’appuie tout d’abord sur les conclusion du Giec. Pour préserver l’habitabilité de la planète, il est indispensable de réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre. Ce qui implique, notamment, de doubler par rapport à 2004 la part des transports en commun. Dans l’agglomération grenobloise, plus de 350 000 véhicules entrent et sortent quotidiennement, contribuant à la pollution atmosphérique responsable de 150 morts prématurés par an.
La gratuité des transports est également une réponse à la précarité et aux inégalités. En France, 15 millions de personnes sont en situation de précarité mobilité, dont 10 millions sous le seuil de pauvreté. Ce qui a des conséquences concrètes : l’impossibilité de se déplacer prive certains citoyens d’accès à l’emploi, à la formation ou aux soins. Or les dispositifs actuels (gratuité selon le quotient familial) montrent leurs limites, avec un taux élevé de non-recours. Laurent Terrier souligne que la mobilité est un droit fondamental pour tous. La gratuité des transports en commun s’inscrit dans la continuité de droits sociaux fondamentaux, comme l’école gratuite. La gratuité envoie un message fort : la mobilité est un droit, pas un privilège.
Un taux élevé de non recours à la tarification sociale
C’est aussi une question de justice sociale et fiscale. La gratuité des transports interroge la répartition des richesses en France. Par exemple, 211 milliards d’euros sont attribués chaque année aux entreprises, sans contrepartie ni contrôle, ainsi que l’a révélé le rapport du sénateur communiste Fabien Gay – rapport adopté à l’unanimité du Sénat. Ce montant pourrait financer des politiques publiques ambitieuses, comme la gratuité des transports.
Côté bilan économique et financier, Laurent Terrier rappelle quelques chiffres. Le coût de la pollution est évalué à 100 milliards d’euros par an. Celui des accidents de la route à 50 milliards et celui de l’inactivité à 180 milliards. Dans le même temps, au niveau national, les recettes de la billetterie s’élèvent à 10 milliards par an, ce qui représente 14 % du financement des transports en commun, proportion qui s’élève à 20 % dans les grandes villes.
Et Laurent Terrier rappelle que les voitures électriques ne résolvent pas tout : particules fines par les pneus et le freinage, dépendance aux métaux rares, et persistance des bouchons.
Plusieurs grandes villes ont déjà expérimenté la gratuité. C’est le cas de Dunkerque où la fréquentation des transports en commun a doublé en deux ans. A Montpellier, la hausse est de 30 % en un an. On constate partout la baisse des incivilités et une meilleure attractivité des réseaux.
La gestion des fonds publics, un choix politique
C’est naturellement la question du financement qui est mise en avant par les opposants au passage à la gratuité. Laurent Terrier décrit les ressources actuelles dont disposent les transports en commun : la participation des entreprises de plus de onze salariés au taux maximum de 2 % de la masse salariale, 3,2 % en Île de France, la contribution des collectivités locales et la billetterie. A Grenoble, le coût de la gratuité totale est évalué à 50 millions d’euros. Il relève qu’il s’agit d’un choix politique : utiliser le fruit des impôts pour des aides sans contreparties au entreprises, choisir de se priver de ressources pour ménager le gonflement des grandes fortunes, ou investir dans le bien commun, par exemple dans les transports en commun ?
Laurent Terrier propose de marcher par étape en instaurant la gratuité le week-end tout en investissant dans les réseaux, le RER grenoblois par exemple, et les matériels roulants (bus et rames de tram) pour augmenter l’attractivité du réseau.
Le débat s’est poursuivi dans la salle avec la volonté d’agir. La gratuité des transports en commun est une mesure puissante pour changer les comportements et réduire l’empreinte carbone. Elle s’impose comme une solution écologique, sociale et économique, à mettre en œuvre sans tarder.
Les communistes ont décidé de s’adresser à la population. « Et vous, que pensez-vous de cette proposition ? Comment imaginez-vous la mobilité de demain dans l’agglomération grenobloise ? » Vos analyses et commentaires peuvent leur être adressés à l’adresse : pcfsaintegreve@gmail.com
Jacques Rolland


