Éboulement à La Rivière. Deux dirigeants de la carrière renvoyés devant la justice

Par Manuel Pavard

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Étienne Manteaux, procureur de la République de Grenoble, et Hamdi Gharbi, commandant de la compagnie de gendarmerie de Saint-Marcellin, lors de la conférence de presse tenue au palais de justice mercredi 7 janvier 2026.
Placés en garde à vue mardi 6 janvier, le président et le directeur général de la société Carrière de La Rivière sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Grenoble le 31 mars, a annoncé le procureur de la République ce mercredi 7 janvier. Les deux dirigeants sont poursuivis pour manquement dans l'exploitation de la carrière et "atteinte grave à l'environnement", dans le cadre de l'enquête sur l'énorme éboulement rocheux survenu en juillet 2024.

Les gérants de la SAS Car­rière de La Rivière ont-ils sciem­ment dis­si­mu­lé aux pou­voirs publics un pre­mier ébou­le­ment inter­ve­nu en 2019 ? C’est, selon le pro­cu­reur de la Répu­blique de Gre­noble, l’un des élé­ments jus­ti­fiant le ren­voi devant la jus­tice du pré­sident et du direc­teur géné­ral de l’en­tre­prise. Un an et demi après l’ef­fon­dre­ment d’un mil­lion de mètres cubes de roches sur la RD 1532, l’en­quête vient ain­si de connaître un déve­lop­pe­ment majeur. Étienne Man­teaux l’a indi­qué lors d’une confé­rence de presse au palais de jus­tice, ce mer­cre­di 7 jan­vier, confir­mant les infor­ma­tions du Dau­phi­né libé­ré : les deux diri­geants, pla­cés la veille en garde à vue, seront jugés au tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Gre­noble le 31 mars pro­chain.

Un mil­lion de mètres cubes de roches ont déva­lé sur la RD 1532 le 25 juillet 2024, soit tout un pan de la mon­tagne qui s’est effon­dré. © Manuel Pavard

Tous deux sont pour­sui­vis — ain­si que la socié­té en tant que per­sonne morale — pour man­que­ment dans l’ex­ploi­ta­tion d’une ins­tal­la­tion clas­sée sou­mise à une auto­ri­sa­tion et atteinte grave à l’en­vi­ron­ne­ment. « S’il n’y avait pas eu de car­rière au pied de ce flanc de mon­tagne, il n’y aurait pas eu d’effondrement », affirme le pro­cu­reur, poin­tant la « cau­sa­li­té », attes­tée par plu­sieurs rap­ports, entre l’ex­ploi­ta­tion de la car­rière et l’é­bou­le­ment du 25 juillet 2024.

Un éboulement « caché » aux autorités en 2019

Au vu de l’im­pres­sion­nant pan de mon­tagne s’é­tant écrou­lé ce jour-là sur la route dépar­te­men­tale, l’ab­sence de vic­time est « qua­si-mira­cu­leuse », estime le magis­trat. Cela aurait en effet pu se tra­duire par « des voi­tures englou­ties sous 20 à 30 mètres de gra­vats avec des morts qui auraient pu adve­nir de façon tra­gique », sou­ligne-t-il. Si le pire a ain­si été évi­té, il n’en reste pas moins qu’une série de man­que­ments éma­nant des res­pon­sables de la car­rière a été iden­ti­fiée par les enquê­teurs de la com­pa­gnie de gen­dar­me­rie de Saint-Mar­cel­lin.

Par­mi eux figure donc l’é­bou­le­ment de 50 000 mètres cubes de roches sur la car­rière, en mars 2019, à la suite d’un tir de mine. Un « évè­ne­ment cen­tral » pour la com­pré­hen­sion de ce dos­sier, estime Étienne Man­teaux. Car « cet inci­dent majeur d’ex­ploi­ta­tion ne sera signa­lé à aucune auto­ri­té admi­nis­tra­tive » et sera même « caché », s’é­tonne-t-il. Or, il sur­ve­nait deux mois avant l’ex­pi­ra­tion de l’ar­rê­té d’ex­ploi­ta­tion de la car­rière et son renou­vel­le­ment éven­tuel par la pré­fec­ture. Laquelle avait alors, « dans l’i­gno­rance de cet évè­ne­ment, auto­ri­sé la pour­suite de l’ex­ploi­ta­tion ».

Les gérants de la car­rière avaient connais­sance de la fra­gi­li­té du sec­teur depuis 2019, selon le pro­cu­reur. © Manuel Pavard

D’autres irré­gu­la­ri­tés seront en outre consta­tées par la suite, à l’ins­tar des enre­gis­tre­ments des vibra­tions émises par les tirs de mine, qui n’ont pas été réa­li­sés par l’ex­ploi­tant de la car­rière. Et ce, alors que ceux-ci sont pour­tant impo­sés par l’ar­rê­té pré­fec­to­ral. La socié­té sera même mise en demeure à ce sujet en février 2023. Ce qui ne l’empêchera pas, après avoir obtem­pé­ré dans les pre­miers mois, de ne plus res­pec­ter l’in­jonc­tion ensuite. D’a­près le pro­cu­reur, « il n’y a plus d’en­re­gis­tre­ment sur les treize tirs effec­tués du mois de mars au 22 juillet 2024 ».

Des signaux d’alerte

Les signaux d’a­lerte n’ont par ailleurs pas man­qué dans les semaines pré­cé­dant l’ef­fon­dre­ment. Des rive­rains ont ain­si signa­lé aux élus locaux « des cra­que­ments sonores, des ébou­le­ments de gros rochers de 1 à 2 mètres cubes ». D’où une ana­lyse menée par le ser­vice de res­tau­ra­tion des ter­rains en mon­tagne (RTM), dont un agent enver­ra d’ailleurs un rap­port d’a­lerte le 24 juillet 2024 au soir… À la veille de l’é­bou­le­ment.

Enten­dus par les enquê­teurs, les diri­geants de la car­rière contestent « for­mel­le­ment » toute res­pon­sa­bi­li­té. Et pré­fèrent invo­quer les pluies abon­dantes du début d’é­té 2024 — thèse pour­tant démen­tie par les ana­lyses de Météo France. Ils encourent jus­qu’à trois ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende.

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