Éboulement à La Rivière. Deux dirigeants de la carrière renvoyés devant la justice
Par Manuel Pavard
/

Les gérants de la SAS Carrière de La Rivière ont-ils sciemment dissimulé aux pouvoirs publics un premier éboulement intervenu en 2019 ? C’est, selon le procureur de la République de Grenoble, l’un des éléments justifiant le renvoi devant la justice du président et du directeur général de l’entreprise. Un an et demi après l’effondrement d’un million de mètres cubes de roches sur la RD 1532, l’enquête vient ainsi de connaître un développement majeur. Étienne Manteaux l’a indiqué lors d’une conférence de presse au palais de justice, ce mercredi 7 janvier, confirmant les informations du Dauphiné libéré : les deux dirigeants, placés la veille en garde à vue, seront jugés au tribunal correctionnel de Grenoble le 31 mars prochain.

Tous deux sont poursuivis — ainsi que la société en tant que personne morale — pour manquement dans l’exploitation d’une installation classée soumise à une autorisation et atteinte grave à l’environnement. « S’il n’y avait pas eu de carrière au pied de ce flanc de montagne, il n’y aurait pas eu d’effondrement », affirme le procureur, pointant la « causalité », attestée par plusieurs rapports, entre l’exploitation de la carrière et l’éboulement du 25 juillet 2024.
Un éboulement « caché » aux autorités en 2019
Au vu de l’impressionnant pan de montagne s’étant écroulé ce jour-là sur la route départementale, l’absence de victime est « quasi-miraculeuse », estime le magistrat. Cela aurait en effet pu se traduire par « des voitures englouties sous 20 à 30 mètres de gravats avec des morts qui auraient pu advenir de façon tragique », souligne-t-il. Si le pire a ainsi été évité, il n’en reste pas moins qu’une série de manquements émanant des responsables de la carrière a été identifiée par les enquêteurs de la compagnie de gendarmerie de Saint-Marcellin.
Parmi eux figure donc l’éboulement de 50 000 mètres cubes de roches sur la carrière, en mars 2019, à la suite d’un tir de mine. Un « évènement central » pour la compréhension de ce dossier, estime Étienne Manteaux. Car « cet incident majeur d’exploitation ne sera signalé à aucune autorité administrative » et sera même « caché », s’étonne-t-il. Or, il survenait deux mois avant l’expiration de l’arrêté d’exploitation de la carrière et son renouvellement éventuel par la préfecture. Laquelle avait alors, « dans l’ignorance de cet évènement, autorisé la poursuite de l’exploitation ».

D’autres irrégularités seront en outre constatées par la suite, à l’instar des enregistrements des vibrations émises par les tirs de mine, qui n’ont pas été réalisés par l’exploitant de la carrière. Et ce, alors que ceux-ci sont pourtant imposés par l’arrêté préfectoral. La société sera même mise en demeure à ce sujet en février 2023. Ce qui ne l’empêchera pas, après avoir obtempéré dans les premiers mois, de ne plus respecter l’injonction ensuite. D’après le procureur, « il n’y a plus d’enregistrement sur les treize tirs effectués du mois de mars au 22 juillet 2024 ».
Des signaux d’alerte
Les signaux d’alerte n’ont par ailleurs pas manqué dans les semaines précédant l’effondrement. Des riverains ont ainsi signalé aux élus locaux « des craquements sonores, des éboulements de gros rochers de 1 à 2 mètres cubes ». D’où une analyse menée par le service de restauration des terrains en montagne (RTM), dont un agent enverra d’ailleurs un rapport d’alerte le 24 juillet 2024 au soir… À la veille de l’éboulement.
Entendus par les enquêteurs, les dirigeants de la carrière contestent « formellement » toute responsabilité. Et préfèrent invoquer les pluies abondantes du début d’été 2024 — thèse pourtant démentie par les analyses de Météo France. Ils encourent jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende.


