Le président Serge Chaléon lors de la présentation du parcours historique.

Dans le contexte des journées du patrimoine, l’association fontainoise Mémoires a organisé un parcours en car pour découvrir l’histoire de la Résistance à Fontaine et de ceux qui y ont participé, trop souvent en y laissant la vie.

L’association Mémoires (Fontaine) organisait au cours des journées du patrimoine un parcours mémoriel sur le chemin des résistants (39-45). Deux groupes ont suivi un parcours en autocar pendant deux heures trente, pour sept arrêts au cours desquels les responsables de Mémoires ont présenté l’histoire. Le président, Serge Chaléon introduisait la visite samedi 17 septembre ainsi :

« Cette journée qui s’inscrit sans aucun doute dans l’esprit des journées du patrimoine, seul événement local pouvant s’inscrire dans cette lignée. Fontaine n’a pas eu de passé médiéval (*), pas de château féodal, pas de combats d’escrime, le seul combat étant celui mené contre le Dragon, nom donné au Drac, qui jusqu’à son endiguement qui lui donnera un lit rectiligne et confortable, inondait et ruinait les espoirs des paysans de notre petit bourg réfugié aux points hauts de la commune, La Poya ou les Bois de Vouillants.

C’est cela que nous allons vous faire découvrir, par quelques exemples choisis, et nous évoquerons aussi au gré de notre cheminement quelques autres faits de résistance ou le nom de certains qui auront marqué notre histoire. Nous allons prendre la chronologie des faits des plus récents au plus anciens. Fontaine a été libéré le 22 août 1944. Nous allons commencer notre rencontre avec l’histoire le 2 août 1944 par un événement oublié jusqu’aux années 1988 où à l’occasion de la venue d’une délégation de jeunes étudiants de notre ville jumelle, Schmalkalden, (le mur n’était pas encore tombé) qui participait au fleurissement de la tombe des jeunes du Centre Bayard morts pour la France, des questions sur la résistance ont fusé. Le gardien factotum, monsieur Villa, de cet établissement devenu lycée Jacques Prévert, m’a dit, je vais vous faire voir quelque chose qui va vous intéresser et les intéresser. Et de m’emmener à travers un sentier peu accessible jusqu’à une plaque fixée dans la paroi de la falaise proche , et une tombe creusée dans le sol et flanquée d’une petite bois en croix. Avaient été enfouis- là trois corps de maquisards. Ce sera le début de notre visite. »

Résistance Fontaine Vercors Hermitte

Square André Hermitte, du nom du résistant fontainois mort en déportation.

Puis les visiteurs ont été au lycée Prévert, reçus par le proviseur, au cimetière, puis devant les stèles de plusieurs résistants dont Jean Bocq, Paul Vallier, Antoine Polotti, le commandant Lenoir, André Hermitte…

Vallier

Le monument qui témoigne de l’assassinat de Paul Gariboldy, dit Vallier, le 24 mars 1944, par les hommes de la Milice et des Waffen SS à Fontaine. Paul Gariboldy était le chef du groupe franc du mouvement ”Combat”.

Devant le monument de l’abbé Vincent, M. Serge Huet a évoqué le grand résistant que fut cette personnalité fontainoise.
«  Curé de Corrençon, rentré dans la résistance dès 1941 (32 ans), a mérité par son activité le surnom de « curé terroriste », dont la tête fut mise à prix à un million par les Allemands. Il participa à l’organisation du camp Collomb, et des services de renseignements de toute la région. En avril 1943 sauve par son sang-froid le chef du C2 des F.T.P.F. des Ravières et ses hommes cernés par les Italiens.

Aumônier en 1939 dans un régiment d’infanterie alpine il est démobilisé après la défaite de 1940. Nommé curé de Corrençon, il intègre le mouvement Combat. La cure de Corrençon servait de boîte à lettre aux jeunes réfractaires au STO. L’abbé Vincent assure le ravitaillement et la liaison avec les premiers camps du Vercors. Lors de l’inauguration de cette stèle, le maire, Yannick Boulard, rappelle un épisode :  » un jour de 1943, bréviaire en main, il a interdit l’entrée de son église aux occupants alors que des FTP étaient cachés dans un placard de sa sacristie. »

En 1977, l’abbé Vincent a été accueilli au sein des Justes à Jérusalem. Un arbre, à son nom, a été planté sur l’esplanade de l’holocauste. La communauté juive de Grenoble et de Fontaine y fut présente en souvenir des 155 juifs qui échappèrent à la déportation et à la mort, grâce à l’abbé Vincent. Début 1942, il organise les premiers camps de camouflage des juifs. « Comme j’étais à la fois curé et secrétaire de la mairie de Corrençon, dit-il, je pouvais établir très facilement faux extraits de baptême et faux états-civils que le préfet du moment, qui était Frank, signait sans sourciller. Il faisait confiance au maire ».

joannes vincent vercors

A la mémoire de l’abbé Joannes Vincent.

En fin d’une visite riche en évocations historiques, très sensible, l’association Mémoires a remis aux participants une plaquette douze pages présentant les résistants de Fontaine les noms des rues et équipements publics liés à la résistance et à la déportation.

Fontaine, le Moyen-Âge et la Résistance

(*) Nombre de visiteurs ont été choqués par l’absence des élus de la nouvelle majorité municipale de droite, engagés dans la fête municipale autour du Moyen-Âge, à l’exception dans l’après-midi de Suzette Rosset, conseillère municipale déléguée au patrimoine, et par ailleurs membre du conseil d’administration de Mémoires.
La municipalité avait en outre retiré son engagement financier pour le car assurant le parcours des chemins de la Résistance. Elle l’expliquait en ces termes : « La Ville de Fontaine est engagée dans une démarche vertueuse en matière environnementale et agit quotidiennement pour limiter les déplacements en véhicules thermiques à Fontaine ». Les services ont suggéré qu’en l’absence de car, la visite se fasse par covoiturages.

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Edouard Schoene

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