Annie Breyton, originaire des terres froides en Isère est décédée ce mois de novembre à 82 ans. Après des études de dactylo elle part au Maroc à 19 ans, conseillée par Témoignage chrétien. Elle y restera de 1957 à 1961, comme collaboratrice d’Abraham Serfaty. Dès son retour, Annie travaillera à la ville de Crolles puis deviendra directrice à la MJC de Crolles. Dans son parcours dans l’éducation populaire elle connaîtra Gérard qui sera son mari et qui est décédé il y a un an. Annie et Gérard ont eu deux filles et trois petits enfants.Ils ont été des amoureux de la nature, de la marche.

Très tôt elle sera engagée socialement, syndicalement et politiquement comme militante communiste.

La lecture et la nature, deux passions pour Annie.

Gérard Breyton parle de l’engagement du couple en 1968, dans l’Humanité de mai 2008 : « Mai 1968 : les grandes entreprises grenobloises arrêtent le travail. Notre comité de grève FOL leur propose une aide : organiser des séances de cinéma culturel et de détente. C’est pourquoi je commence ma « tournée » quotidienne : usine des biscuits Brun, usine des pâtes Lustucru, usine Caterpillar et même la fonderie Collignon de Fontaine, dans un décor du XIXe siècle. Et Delphine ? Annie lui donne le sein dans les amphithéâtres où elle doit souvent prendre la parole. Et moi ? Pour la soulager, un jour sur deux je téléphone à l’entreprise du jour et il y a toujours un petit comité de grève féminin pour la prendre en charge…Avec biberons… En route donc avec dans la fourgonnette le Bell-Howell 16 mm., son écran, quelques Huma du jour et le landau de Delphine. »

Cadre administratif à l’université Joseph Fourier (Grenoble), elle est chef de service de la cellule d’orientation des étudiants. Elle s’engage pour l’accès de tous les étudiants à la réussite de leur parcours universitaire. Elle est élue CGT au CA de l’université.

Photo du groupe communiste au conseil régional, prise en juin 1986 devant le siège de la région à Charbonnières, en 1986. De gauche à droite, Théo Vial-Massat, Paul Rochas, Serge Plana, René Bombrun, Fernand Roustit, Guy Fischer, Charles Fiterman, Roger Gandet, Marc Bruyère, Yvonne Allégret, Serge Feugère, Annie Ferri et Annie Breyton.

Jean-François Daïan se souvient : « Ce qui m’a frappé chez elle, c’est sa détermination farouche à défendre ses convictions. Elle ne lâchait jamais le morceau, et n’envoyait pas dire ce qu’elle pensait. Une rare combativité, bien nécessaire dans ces instances universitaires où la complaisance envers les autorités était trop souvent la règle. Et quand quelque chose la contrariait dans son syndicat ou son parti, elle le faisait savoir avec tout autant de vigueur. Mais chacun comprenait qu’en aucun cas cela ne remettrait en cause son engagement : ce n’est pas elle qui aurait menacé de sa démission ou renoncé à ses mandats.
Ce fort tempérament ne l’empêchait pas d’être une remarquable femme de dialogue. Au syndicat, elle était très attentive à tous les militants dans leur diversité, s’appropriait souvent les idées qu’ils exprimaient, et les incitait à prendre des responsabilités.
Ce double aspect de sa personnalité s’est aussi exprimé au cours de ses mandats. Elle a su nouer des liens et parfois dégager des convergences avec des élus hors du groupe PCF.
Je me rappelle particulièrement dans quelle colère l’avait mise en 1998, sous le ministère Voynet, la fermeture brutale et sans concertation de Superphénix, qu’elle considérait comme un élément porteur d’avenir du patrimoine régional. »

Réception d’une délégation de femmes de Palestine en janvier 2010 à Grenoble.

Claudine Kahane évoque également la militante communiste : « à mon arrivée à l’université de Grenoble en 1980, j’ai fait la connaissance d’Annie, avant tout comme militante du parti communiste. Pendant plus de 40 ans nous nous sommes régulièrement retrouvées lors des réunions de cellule, car Annie avait souhaité continuer à être rattachée à la section des Universités à son départ en retraite. D’une fidélité sans faille à nos réunions, organisées, ces quelques quinze dernières années, sous forme de soirées conviviales, Annie participait toujours avec beaucoup de pertinence à nos échanges et nous régalait systématiquement de salades inventives et de délicieux plateaux de fromage, toujours à base de produits locaux, bien sûr ! »
François Auguste, ancien secrétaire départemental du PCF et élu régional, témoigne lui aussi : « Annie Elle aimait le débat, même contradictoire . Elle respectait ses interlocuteurs , elle avait la passion de raisonner, de convaincre . Elle était curieuse des autres et des connaissances . »

Annie Breyton sera candidate aux élections cantonales à Eybens puis élue à la région Rhône-Alpes de 1986 à 1998, en charge des dossiers université-recherche, candidate aux élections européennes en 1989. Très active dans la solidarité à Echirolles, Annie s’investira notamment dans l’aide aux devoirs sur Echirolles (collège) et la solidarité avec la Palestine (AFPS). Annie et Gérard ont été des militants infatigables de la solidarité avec le peuple palestinien. Annie animera pendant six ans (90-96) avec le philosophe Jacques Milhau et Floriane Benoit, journaliste à l’Humanité, « Controverses en Dauphiné ».

Annie et Gérard Breyton.

Claire Tranchant se souvient :  » Je ne peux penser à Annie sans l’unir à Gérard. Un couple d’humanistes engagés dans de nombreuses batailles pour les droits des peuples :  palestinien bien sûr, algérien, kurde et bien d’autres. Pas une manifestation, un rassemblement sans eux. Aux jeunesses communistes, dont j’étais responsable, nous menions un combat intensif pour la libération de Mandela et la fin de l’apartheid. Ils étaient présents à toutes nos initiatives publiques. Ensuite avec Annie nous avons beaucoup travaillé sur les questions de formation pour  proposer dans les lycées techniques de nouvelles filières. C’était l’époque de Marcel Rigout ministre et la JC menait une grande bataille sur ce sujet.  Très vite, j’ai apprécié sa rigueur, son exigence, sa réflexion, son écoute et nous avons poursuivi des combats communs. Je me souviens d’une de ses interventions alors qu’elle était conseillère régionale au sujet d’une éventuelle fermeture de gare sur la ligne Grenoble Chambéry:  » même si il n’y a qu’un seul passager, le service public a obligation d’être assuré » ».

Annie Breyton, en mai 2017.

Jean-François Daïan évoque les années 2010 à aujourd’hui : « J’ai retrouvé Annie à l’occasion de mon engagement à l’AFPS. Avec Gérard, elle était une militante passionnée de la cause du peuple palestinien. Ils ont visité à plusieurs reprises la Cisjordanie, participé plusieurs fois à la récolte des olives, activité éprouvante à laquelle Annie a pris part malgré les problèmes de santé qui l’affectaient. En France ils ont à plusieurs reprises organisé le séjour à Echirolles d’une troupe de jeunes danseurs et danseuses palestiniens du camp de réfugiés d’Askar près de Naplouse. Ils ont également fortement participé à la vente solidaire d’huile d’olive de Palestine à Echirolles. Enfin, comment ne pas évoquer l’exceptionnel courage avec lequel Annie a affronté les graves problèmes de santé dont elle a souffert. La surdité a été pour elle une grande souffrance compromettant son activité militante. Elle l’a supportée tant que c’était possible, assidue aux réunions bien qu’elle ait de grandes difficultés à suivre les débats, heureuse du peu qu’elle parvenait à saisir. Même ténacité dans la résistance aux nombreuses épreuves, fractures, opérations lourdes, qu’elle a dû affronter. Chaque fois, à peine remise, elle revenait à l’activité sans s’accorder un jour de repos de trop. »

Annie Breyton a été appréciée partout où elle est passée dans sa vie professionnelle et militante. Nous avons reçu un grand nombre de témoignages au journal.

Le Travailleur alpin présente ses condoléances à la famille et aux amis.

A Echirolles, en septembre 2017.
En septembre 2016.
Annie Breyton, militante de l’Association France Palestine solidarité.
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Edouard Schoene

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