Le personnel du Centre technique du papier en grève

Par Edouard Schoene

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La moi­tié du per­son­nel du site de Gre­noble du Centre tech­nique du papier (un centre de recherche mon­dia­le­ment connu) était en grève dès 8h30 le mar­di 22 sep­tembre. La pre­mière réponse du direc­teur, M. Lenon a été d’interdire le per­son­nel gré­viste d’accéder à une salle de réunion.

Les sala­riés, ouvriers, employés , tech­ni­ciens, ingé­nieurs et cadres sont exas­pé­rés. Ils ont vou­lu l’exprimer tan­dis que se réunis­sait dans l’après midi, le conseil d’administration du CTP.

En cinq ans, qua­rante sala­riés ont quit­té l’entreprise dont plus de la moi­tié pour des rai­sons de ras le bol, souf­france au tra­vail. L’an pas­sé le CTP a été très lour­de­ment condam­né en prud’hommes pour un licen­cie­ment abu­sif. Il a fait appel… ce qui alour­di­ra sans doute les dépenses pour fautes juri­diques dans le non res­pect des lois pour le mal­heur des sala­riés.

Le direc­teur, par­fois iso­lé dans son comi­té de direc­tion (deux départs de diri­geants récem­ment) reste sourd aux demandes du per­son­nel, des élus et syn­di­cats (CGT, CFDT) d’une prise en compte des attentes en matière d’organisation du tra­vail, du res­pect des sala­riés.

Pen­dant plus d’une heure des dizaines d’intervention détaillées des gré­vistes ont dres­sé un tableau acca­blant de la situa­tion du centre de recherche pape­tier.

Par la conjonc­tion de l’abandon de l’industrie pape­tière de son centre (refus de payer une « taxe affec­tée » à la hau­teur des exi­gences) et de l’Etat macro­nien qui aban­donne ses obli­ga­tions réga­liennes, le finan­ce­ment « assu­ré » est pas­sé de 40 à 20% du bud­get du CTP. Le CTP doit donc aller à la recherche de contrats pri­vés et les effec­tifs ont été réduits ces der­nières années. Un si beau métier, dans un centre bien équi­pé, gâché par une direc­tion des res­sources humaines indigne, cela révolte les « CTpiens ».

Dans une lettre au pré­sident du CA l’administrateur CGT FILPAC met­tait en garde le pré­sident, cet été, sur la situa­tion sociale grave et les res­pon­sa­bi­li­tés pénales qu’encourrait la direc­tion si la situa­tion s’aggravait dans la souf­france des sala­riés dont des res­pon­sables syn­di­caux pous­sés à la démis­sion.

Dans la pour­suite de la jour­née de grève le per­son­nel a peint des ban­de­roles . Dans l’après midi, au cours du CA du CTP, le repré­sen­tant du per­son­nel a don­né lec­ture d’une décla­ra­tion , approu­vée par les gré­vistes, dont on trou­ve­ra le texte ci-après :

Après plu­sieurs inter­pel­la­tions infruc­tueuses, le per­son­nel du CTP sou­haite à nou­veau aler­ter le conseil d’administration sur l’évolution alar­mante de ses condi­tions de tra­vail.
La dimi­nu­tion de plus de 2 M€ du finan­ce­ment public a ren­du caduque le modèle d’innovation anté­rieur qui a fait la renom­mée inter­na­tio­nale du CTP. Face à cette situa­tion subie, notre Direc­teur est dans l’incapacité d’impulser des chan­ge­ments néces­saires pour adap­ter notre modèle d’affaire, notre orga­ni­sa­tion et les com­pé­tences des per­sonnes qui pro­duisent l’innovation et rendent de nom­breux ser­vices à l’industrie. Les chan­ge­ments opé­rés res­tent mar­gi­naux et inadap­tés.
Les consé­quences pour le per­son­nel sont la dété­rio­ra­tion de leur capa­ci­té à inven­ter le futur de la pro­duc­tion pape­tière, la baisse de pro­duc­ti­vi­té liée à l’augmentation des jours de tra­vail consa­crés à la recherche de finan­ce­ment ou la négo­cia­tion de contrats pri­vés et publics au détri­ment du tra­vail pro­duc­tif, ain­si qu’une pres­sion tou­jours crois­sante pour jus­ti­fier finan­ciè­re­ment chaque tâche réa­li­sée. Une autre consé­quence est que la répar­ti­tion de la charge de tra­vail est très dété­rio­rée et génère des ten­sions entre et au sein des équipes. Com­ment deman­der plus d’efforts alors que depuis plus de 12 ans, le déve­lop­pe­ment des com­pé­tences est lais­sé en jachère et la recon­nais­sance sala­riale est en berne ?
Plus de 25 départs non natu­rels ont eu lieu depuis 2015 en rai­son de la perte d’attractivité du CTP et de la souf­france au tra­vail, pro­vo­quant une hémor­ra­gie de com­pé­tences ren­dant encore plus dif­fi­cile l’organisation du tra­vail et la réa­li­sa­tion du chiffre d’affaires. De nom­breuses per­sonnes tra­vaillent encore dans la souf­france, ce qui a déclen­ché une enquête de l’inspection du tra­vail sur les risques psy­cho-sociaux. La pire des consé­quences humaines n’est pas écar­tée. Les élus ont le sen­ti­ment d’un immense gâchis à l’heure où les com­pé­tences du CTP n’ont jamais été aus­si néces­saires à la socié­té. Tous ces points sont déve­lop­pés dans le com­mu­ni­qué joint en annexe et trans­mis par les élus au per­son­nel lors une AG qui a ras­sem­blé plus de 50 per­sonnes le 7 sep­tembre 2020.
Le per­son­nel demande :

• Une réelle prise en compte des situa­tions de souf­france au tra­vail et la réduc­tion des RPS
• Plus de recon­nais­sance et de valo­ri­sa­tion du tra­vail réa­li­sé, en par­ti­cu­lier par une aug­men­ta­tion sala­riale.
• Le sou­tien du CA pour réta­blir un finan­ce­ment col­lec­tif mini­mum de 40 % du bud­get, gage de pro­duc­ti­vi­té pré­ser­vée pour aider à une tran­si­tion durable de l’industrie pape­tière fran­çaise.
• Un chan­ge­ment d’organisation pour favo­ri­ser la répar­ti­tion de la charge de tra­vail, encou­ra­ger l’esprit col­lec­tif plu­tôt que la com­pé­ti­tion.
• Le réta­blis­se­ment du dia­logue social avec une véri­table recon­nais­sance du rôle des IRP.
Le direc­teur du CTP n‘a plus la confiance des sala­riés pour les ame­ner au bout du tun­nel et pré­ser­ver leurs emplois en assu­rant l’avenir du CTP au ser­vice de son indus­trie.
Nous deman­dons donc au conseil d’administration de prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés pour per­mettre le réta­blis­se­ment de condi­tions sociales et éco­no­miques saines, avec si néces­saire un chan­ge­ment de Direc­tion, d’organisation ou de mode de gou­ver­nance.

Les élus du CSE et la délé­guée syn­di­cale CFDT

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