La moitié du personnel du site de Grenoble du Centre technique du papier (un centre de recherche mondialement connu) était en grève dès 8h30 le mardi 22 septembre. La première réponse du directeur, M. Lenon a été d’interdire le personnel gréviste d’accéder à une salle de réunion.

Les salariés, ouvriers, employés , techniciens, ingénieurs et cadres sont exaspérés. Ils ont voulu l’exprimer tandis que se réunissait dans l’après midi, le conseil d’administration du CTP.

En cinq ans, quarante salariés ont quitté l’entreprise dont plus de la moitié pour des raisons de ras le bol, souffrance au travail. L’an passé le CTP a été très lourdement condamné en prud’hommes pour un licenciement abusif. Il a fait appel… ce qui alourdira sans doute les dépenses pour fautes juridiques dans le non respect des lois pour le malheur des salariés.

Le directeur, parfois isolé dans son comité de direction (deux départs de dirigeants récemment) reste sourd aux demandes du personnel, des élus et syndicats (CGT, CFDT) d’une prise en compte des attentes en matière d’organisation du travail, du respect des salariés.

Pendant plus d’une heure des dizaines d’intervention détaillées des grévistes ont dressé un tableau accablant de la situation du centre de recherche papetier.

Par la conjonction de l’abandon de l’industrie papetière de son centre (refus de payer une « taxe affectée » à la hauteur des exigences) et de l’Etat macronien qui abandonne ses obligations régaliennes, le financement « assuré » est passé de 40 à 20% du budget du CTP. Le CTP doit donc aller à la recherche de contrats privés et les effectifs ont été réduits ces dernières années. Un si beau métier, dans un centre bien équipé, gâché par une direction des ressources humaines indigne, cela révolte les « CTpiens ».

Dans une lettre au président du CA l’administrateur CGT FILPAC mettait en garde le président, cet été, sur la situation sociale grave et les responsabilités pénales qu’encourrait la direction si la situation s’aggravait dans la souffrance des salariés dont des responsables syndicaux poussés à la démission.

Dans la poursuite de la journée de grève le personnel a peint des banderoles . Dans l’après midi, au cours du CA du CTP, le représentant du personnel a donné lecture d’une déclaration , approuvée par les grévistes, dont on trouvera le texte ci-après :

Après plusieurs interpellations infructueuses, le personnel du CTP souhaite à nouveau alerter le conseil d’administration sur l’évolution alarmante de ses conditions de travail.
La diminution de plus de 2 M€ du financement public a rendu caduque le modèle d’innovation antérieur qui a fait la renommée internationale du CTP. Face à cette situation subie, notre Directeur est dans l’incapacité d’impulser des changements nécessaires pour adapter notre modèle d’affaire, notre organisation et les compétences des personnes qui produisent l’innovation et rendent de nombreux services à l’industrie. Les changements opérés restent marginaux et inadaptés.
Les conséquences pour le personnel sont la détérioration de leur capacité à inventer le futur de la production papetière, la baisse de productivité liée à l’augmentation des jours de travail consacrés à la recherche de financement ou la négociation de contrats privés et publics au détriment du travail productif, ainsi qu’une pression toujours croissante pour justifier financièrement chaque tâche réalisée. Une autre conséquence est que la répartition de la charge de travail est très détériorée et génère des tensions entre et au sein des équipes. Comment demander plus d’efforts alors que depuis plus de 12 ans, le développement des compétences est laissé en jachère et la reconnaissance salariale est en berne ?
Plus de 25 départs non naturels ont eu lieu depuis 2015 en raison de la perte d’attractivité du CTP et de la souffrance au travail, provoquant une hémorragie de compétences rendant encore plus difficile l’organisation du travail et la réalisation du chiffre d’affaires. De nombreuses personnes travaillent encore dans la souffrance, ce qui a déclenché une enquête de l’inspection du travail sur les risques psycho-sociaux. La pire des conséquences humaines n’est pas écartée. Les élus ont le sentiment d’un immense gâchis à l’heure où les compétences du CTP n’ont jamais été aussi nécessaires à la société. Tous ces points sont développés dans le communiqué joint en annexe et transmis par les élus au personnel lors une AG qui a rassemblé plus de 50 personnes le 7 septembre 2020.
Le personnel demande :

• Une réelle prise en compte des situations de souffrance au travail et la réduction des RPS
• Plus de reconnaissance et de valorisation du travail réalisé, en particulier par une augmentation salariale.
• Le soutien du CA pour rétablir un financement collectif minimum de 40 % du budget, gage de productivité préservée pour aider à une transition durable de l’industrie papetière française.
• Un changement d’organisation pour favoriser la répartition de la charge de travail, encourager l’esprit collectif plutôt que la compétition.
• Le rétablissement du dialogue social avec une véritable reconnaissance du rôle des IRP.
Le directeur du CTP n‘a plus la confiance des salariés pour les amener au bout du tunnel et préserver leurs emplois en assurant l’avenir du CTP au service de son industrie.
Nous demandons donc au conseil d’administration de prendre ses responsabilités pour permettre le rétablissement de conditions sociales et économiques saines, avec si nécessaire un changement de Direction, d’organisation ou de mode de gouvernance.

Les élus du CSE et la déléguée syndicale CFDT
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