Le 11 novembre a été commémoré à Fontaine l’armistice de la guerre 14-18 et un hommage aux victimes de la répression du 11 novembre 1943 à Grenoble a été rendu.
Antonine Ronseaux, représentante des Amis de la fondation pour la mémoire de la déportation (A.F.M.D) a pris la parole.

Les représentants de l’AFMD pendant le discours de Mme Antonine Ronseaux.

« Il y a maintenant 74 ans.
Par tract émanant de la Résistance, la population dauphinoise est appelée à manifester lors de la commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918. Manifestation interdite. Le monument aux morts de la porte de France est inabordable ; présence de gardes mobiles.
1500 manifestants se rendent au monument des Diables bleus, parc Paul Mistral. Ici les forces allemandes les encerclent. 600 personnes seront arrêtées, 369 seront déportées et 102 en reviendront.
Ce 11 novembre 1943 s’inscrit dans la Résistance.
Depuis 1940, au lendemain de la demande d’armistice par le maréchal Pétain, le refus de la capitulation existe. Spontanément, des personnes, appartenant à différents milieux sociaux, sans relations entre elles, entrent en résistance et s’organisent progressivement.

Le 1er janvier 1942 jean Moulin devient le représentant du général de Gaulle afin d’unifier l’ensemble des mouvements de Résistance. En décembre 1942 le maquis du Vercors s’installe. Le 27 mai 43 à Paris se tient la 1re réunion du CNR. Le 8 juillet 1943 jean Moulin meurt pendant son transfert en Allemagne. Dénoncé, capturé, torturé, il ne parlera pas et sauvera le CNR.
Septembre 1943, les armées allemandes remplacent les troupes italiennes dans la zone Sud. C’est dans ce contexte d’actions intenses de la Résistance que se situe le 11 novembre 43.
Puis Grenoble connaîtra une période douloureuse : collaboration, dénonciations, arrestations, assassinats, emprisonnements, déportation entre le 25 et le 30 novembre. Ce fut la St Barthélémy grenobloise.
Comment en est on arrivé là ? De renoncement en trahison,
De lâcheté en délation.

Devant le monument érigé en la mémoire des manifestants du 11 novembre 1943.

Aujourd’hui, à l’aube de mes 81 ans, je suis remplie d’une profonde tristesse. A quoi auront servi ces vies fauchées ? A quoi aura servi cette réflexion généreuse, ce regard altruiste porté sur la société, ce regard sur les gens que nous sommes aujourd’hui grâce au programme porté par le CNR ?
C’est une peine profonde mais aussi une grande inquiétude, face à ce climat délétère, le racisme, la xénophobie, l’intolérance sous toutes ses formes, relayés par les médias.
Allons nous vivre, pouvons nous vivre dans un climat de peur de suspicion ? Allons nous épier notre voisin, ses habitudes, son mode de vie, ses coutumes ? Allons nous observer notre collègue de travail, ses vêtements, ses loisirs ? Allons nous vérifier ce que mange ou ne mange pas mon camarade de classe ou mon collègue à la cantine ?
Et encore, foulard, pas foulard, chapeau, pas chapeau, cheveux longs, tresses, barbe, moustache, jupe, pantalons, hétéro, homo, sédentaire, nomade, gilets jaunes, gilets roses,…
La liste pourrait s’allonger.
Est-ce vraiment ce qui nous préoccupe actuellement ? Quelle réponse sera apportée au grand défi du 21è siècle ? Où allons nous ?
Si les êtres humains vivent mieux, la terre vivra mieux. En sauvant l’homme, on sauvera la planète. Aujourd’hui, le nombre de rescapés de la déportation s’amenuise.
Nous, les enfants, petits enfants, les frères et sœurs de déportés, nous ne pouvons témoigner pour nos parents, mais nous savons que la déportation a marqué leur vie et la nôtre durablement.
Vous voilà témoins de notre histoire familiale, mais qui est votre histoire aussi. Vous savez. Résistons à ce climat de méfiance.
Les discours haineux favorisent le passage à l’acte !
Mesdames, Messieurs, chers amis, je vous remercie » .

La délégation de la municipalité de Fontaine après le dépôt d’une gerbe.
Le monument aux morts de la guerre de 14-18.
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