Municipales. Quand les citoyens s’en occupent

Par Luc Renaud

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Nous sommes dans le vif du sujet : la campagne des municipales est lancée. Depuis déjà plusieurs mois dans certaines communes. C’est le cas à Vizille et Pont-de-Claix où les listes conduites par Bernard Ughetto et Simone Torres ont engagé le débat avec la population. Comment et sur quels thèmes ? Reportage.

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À Vizille, au pied du château, la campagne de l'élection municipale qui aura lieu en mars de l'année prochaine est sur les rails.

« L’avenir de la gauche et de Vizille est entre tes mains. » Extrait d’un tex­to. Son heu­reux des­ti­na­taire n’est autre que Ber­nard Ughet­to, chef de file de la liste « Vizille debout, unie et soli­daire ». Et son auteur est un conseiller muni­ci­pal qui siège dans la majo­ri­té de 2014. Il ter­mine son mes­sage par un vigou­reux « si tu as besoin d’aide, compte sur moi ». Des témoi­gnages de ce genre, il en est d’autres. A l’office muni­ci­pal des sports, dans les asso­cia­tions de quar­tier, les clubs spor­tifs… « J’entends sou­vent ‘‘tu es can­di­dat, on vou­drait te voir, il faut qu’on dis­cute » », témoigne Ber­nard Ughet­to. Ce qui motive cet allant, ce sont les Vizillois qui le disent : « tu es humain, tu est près des gens, tout le contraire de la muni­ci­pa­li­té actuelle ». Un SMS, là encore.

Ber­nard Ughet­to. « Vizille veut se faire entendre. »

Et un point com­mun avec la cam­pagne en cours à Pont-de-Claix, sans doute. Là, les com­mu­nistes consultent. Un ques­tion­naire a été édi­té pour deman­der leur avis aux Pon­tois. « Dans notre com­mune, l’abstention est tra­di­tion­nel­le­ment mas­sive, y com­pris au pre­mier tour de la der­nière élec­tion muni­ci­pale où elle dépas­sait 50 %, constate Simone Torres, cheffe de file de la liste Repre­nons la parole, il faut prendre en compte ce divorce entre les habi­tants et leurs élus ». D’où l’idée de deman­der leur avis aux Pon­tois sur ce qu’il faut faire, la défi­ni­tion des prio­ri­tés. Tout y passe : la gra­tui­té des trans­ports, la pro­pre­té urbaine, les crèches, l’emploi… « Nous sou­hai­tons mieux connaître ce qui est prio­ri­taire dans les pré­oc­cu­pa­tions de nos conci­toyens, note Simone Torres, ce qui nous don­ne­ra des infor­ma­tions pré­cieuses pour éla­bo­rer notre pro­gramme et pour­suivre les débats ». Un same­di matin, le 7 sep­tembre, près d’une cen­taine de ques­tion­naires ont été rem­plis. Près d’une cen­taine de débats d’un quart d’heure, aus­si. Et c’est bien de cette recon­quête de la parole des Pon­tois dont la com­mune – et la gauche – a aujourd’hui besoin.

A Vizille, la cam­pagne se déroule dans un autre contexte. Celui des feux de Jar­rie. Car il faut habi­ter à Vizille – en Mathey­sine ou dans l’OIsans – pour mesu­rer la dimen­sion prise par les embou­teillages cau­sés par la mise en place des feux de l’auto-pont de Jar­rie. Résu­mons. La pré­fec­ture a déci­dé, arguant du risque indus­triel, d’empêcher les véhi­cules de sta­tion­ner sur le pont, au droit des usines. Un feu se met au rouge quand il y a trop de voi­tures sur le pont – en fait, il semble bien que la régu­la­tion fonc­tionne mal. « Ce qui est invrai­sem­blable, s’indigne Ber­nard Ughet­to qui a tra­vaillé à la pla­te­forme chi­mique de Pont-de-Claix, c’est d’imaginer que le nuage de chlore va lui aus­si s’arrêter au feu rouge ».

Les jeunes du rugby partagent sur les réseaux

Pen­dant l’été, les com­mu­nistes vizillois et les membres du comi­té de cam­pagne que dirige Chris­tian Fayolle ont dis­tri­bué un tract et mul­ti­plié les ren­contres pour infor­mer la popu­la­tion sur l’ineptie de la régu­la­tion actuelle. Une réunion publique a été orga­ni­sée le 13 sep­tembre, en pré­sence du séna­teur Guillaume Gon­tard, avec une exi­gence : l’amélioration de la situa­tion entre l’aval de Cham­pa­gnier au nord et l’amont du Péage-de-Vizille au sud. Avec aus­si une mise en garde : « pas ques­tion que le pro­jet d’aménagement du rond-point de Vizille – avan­cé comme micro-solu­tion du pro­blème – détruise une por­tion de voie fer­rée ; tout comme il est inima­gi­nable que le pré­fet exclut d’augmenter le nombre de trains entre Gre­noble, Vif, ou Vizille pour le tram-train ». D’ores et déjà dans le concret avec de futurs élus qui défendent l’intérêt géné­ral, comme ils sont là depuis long­temps pour la CPAM ou la poste au Péage-de-Vizille…

Toutes choses qui vont être mises noir sur blanc, en forme de pro­gramme muni­ci­pal. « Les dis­cus­sions que nous avons, des groupes de tra­vail vont plan­cher des­sus pour for­ma­li­ser tout ça », pré­cise Ber­nard Ughet­to. Sans oublier les réseaux sociaux – un car­ton, au club de rug­by notam­ment – où des vidéos ont déjà plu­sieurs mil­liers de vues, les sites inter­net…

La cam­pagne se pour­suit avec une volon­té, celle de ras­sem­bler. « A Pont-de-Claix, nous vou­lons tis­ser des liens nou­veaux entre les quar­tiers, entre les anciens Pon­tois et les nou­veaux arri­vants, entre la ville et la pla­te­forme chi­mique, indique Simone Torres, nous vou­lons recréer ce lien par le débat comme nous vou­lons construire une liste de large ras­sem­ble­ment avec l’ensemble des forces de gauche qui se retrou­ve­ront dans le pro­jet que les Pon­tois sont en train d’élaborer ». Et la pro­chaine étape, ce sera donc la res­ti­tu­tion publique des demandes aujourd’hui for­mu­lées par la popu­la­tion.

Sans oublier la vente de fruits et légumes soli­daire. Du concret et du contact, tou­jours.

Des assem­blées pour construire en direct la ville au futur.

Quand une ville sait ce qu’elle veut (et ne veut pas)

À Échirolles, des citoyens ont pris la parole. Pour s’occuper de la campagne électorale. En affirmant leur soutien à Renzo Sulli.

Tout a com­men­cé ce prin­temps. Des res­pon­sables d’associations dans dif­fé­rents domaines, des amis, des connais­sances – à Échi­rolles, tout le monde se connaît… –- ont vou­lu faire quelque chose. Leur point com­mun ? Un double sou­ci. Que leur ville ne tombe pas aux mains du RN. Et que la gauche se pré­sente unie autour de Ren­zo Sul­li, leur maire.

Une volon­té qui s’est concré­ti­sée par une péti­tion qui recueilli cinq cents signa­tures. Deux réunions ont ras­sem­blé une cen­taine de per­sonnes, en juin puis en sep­tembre –- la der­nière en pré­sence de Ren­zo Sul­li per­met­tant ain­si des échanges directs. Avec des déci­sions concrètes : des groupes de tra­vail thé­ma­tiques seront consti­tués pour contri­buer à l’élaboration du pro­gramme du pro­chain man­dat. Un très beau cadeau, que cet enga­ge­ment. « Nous sommes natu­rel­le­ment très heu­reux de cette ini­tia­tive, com­mente Aman­dine Demore, secré­taire de la sec­tion com­mu­niste et adjointe au maire, elle montre com­bien les Échi­rol­lois sont atta­chés à une muni­ci­pa­li­té à gauche, tou­jours à leur écoute, où la concer­ta­tion est une évi­dence. »

500 signatures pour dire le futur d’Échirolles

Cette aspi­ra­tion de la base, les com­mu­nistes sou­haitent la concré­ti­ser par une liste à la hau­teur de cette ambi­tion. Outre les citoyens de ce col­lec­tif, « nous sommes en contact avec les forces de gauche de la com­mune, les Verts, le PS, la France insou­mise de Zaim Bouafs, Ensemble… pour consti­tuer un beau ras­sem­ble­ment des forces pro­gres­sistes et citoyennes », indique Aman­dine Demore.

À Échi­rolles, la cam­pagne est lan­cée. À l’initiative des Échi­rol­lois.

Trésor public

Débattre et agir, la période s’y prête. Il y a de quoi faire. La réor­ga­ni­sa­tion ter­ri­to­riale – comme il disent pour signi­fier fer­me­ture – pré­voit la dis­pa­ri­tion de la tré­so­re­rie à Échi­rolles. Les com­mu­nistes vont faire signer une péti­tion pour en infor­mer la popu­la­tion, pour com­men­cer. Tou­jours sur le ter­rain, ils ont orga­ni­sé début octobre une vente soli­daire de fruits et légumes. Toutes occa­sions de ren­con­trer, de dis­cu­ter, d’écouter… et donc aus­si d’évoquer l’échéance muni­ci­pale.

14

novembre

Ce sera la pre­mière d’une série de trois réunions au cours des­quelles le bilan de man­dat sera pré­sen­té. Les deux autres auront lieu les 21 et 28 novembre, tou­jours à 18 heures. Elles se dérou­le­ront dans cha­cun des trois pôles de la ville, l’Ouest, le centre et la Ville-Neuve. Un docu­ment réca­pi­tu­la­tif de ce bilan sera dis­po­nible début novembre.

Projet

Ce que sera Échi­rolles dans les années qui viennent, cela se réflé­chit main­te­nant. Des ate­liers se réunissent. Pour Aman­dine Demore, « la prio­ri­té, c’est sans doute la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique et l’adaptation à la mon­tée des tem­pé­ra­tures d’ores et déjà iné­luc­table ». Com­ment le faire à l’échelle d’une ville ? Ques­tion ouverte dans tous les domaines. La tran­quilli­té publique avec la stra­té­gie de la proxi­mi­té ; les trans­ports avec la restruc­tu­ra­tion de la rocade liée aux tra­vaux du Ron­deau ; des rythmes sco­laires adap­tés aux familles ; la soli­da­ri­té, tou­jours au cœur de l’action muni­ci­pale , la réno­va­tion de l’habitat , le grand pro­jet au nord de la rocade qui pré­voit l’implantation d’emplois… Des pistes ouvertes. Et en cours de débat pour être pré­ci­sées dans l’écriture d’un pro­jet par­ta­gé.

Jéré­mie Gio­no, secré­taire dépar­te­men­tal du PCF.

Des listes dans lesquelles les citoyens engagés puissent se reconnaître

La clé du succès pour les prochaines municipales ? Le rassemblement sur des bases claires. Entretien avec Jérémie Giono, secrétaire départemental du PCF.


La proxi­mi­té, bien sûr. Mais bien au-delà. « Les élec­tions muni­ci­pales, c’est le choix entre des ser­vices à la popu­la­tion entre les mains des groupes finan­ciers comme source de pro­fits, ou des ser­vices publics qui répondent aux besoins », sou­ligne Jéré­mie Gio­no, secré­taire dépar­te­men­tal du PCF. Un enjeu de la lutte des classes de notre temps, en somme.

Ain­si de la métro­pole gre­no­bloise. Ce sont « des trans­ports publics, une ges­tion des déchets, du chauf­fage urbain, de l’eau, du loge­ment… plu­sieurs cen­taines de mil­lions d’euros qui échappent à Véo­lia et consorts ». Et c’est natu­rel­le­ment aus­si la ques­tion posée dans les ter­ri­toires où la droite règne sans par­tage.

Gagner, est-ce pos­sible ? « Regar­dons ce qui s’est pas­sé », pro­pose Jéré­mie Gio­no. 2017, c’est l’année du « nou­veau monde ». « La dés­illu­sion d’aujourd’hui – le nou­veau, c’est l’ancien en pire – accroît la défiance vis-à-vis de toutes les pro­messes. » Dans cette situa­tion, « la gauche peut rele­ver la tête, d’autant que l’élection muni­ci­pale a cette par­ti­cu­la­ri­té que les citoyens connaissent ceux pour qui ils vont voter ». Rele­ver la tête, à condi­tion que « le débat soit enga­gé avec les popu­la­tions, qu’il soit sin­cère, que tous les citoyens – ils sont nom­breux – qui s’investissent ici pour la gra­tui­té des trans­ports, là pour la vie asso­cia­tive, l’action syn­di­cale ou le cli­mat se retrouvent, se recon­naissent dans des listes ras­sem­blées ». Bien au-delà d’une col­lec­tion d’étiquettes. C’est pour­quoi « nous avons lan­cé le débat dans les com­munes avec des ques­tion­naires, des ren­contres, des consul­ta­tions sur ce que les citoyens attendent d’une équipe muni­ci­pale ».

Ce que la population attend d’une équipe municipale

Le par­ti socia­liste ? « Pour gagner, il y a une condi­tion : que ce ras­sem­ble­ment s’effectue sur des bases claires, à gauche. » Il n’y a pas d’a prio­ri au ras­sem­ble­ment sur des choix sans ambi­guï­té.

À Gre­noble, notam­ment. « Les com­mu­nistes ne sont pas comp­tables du bilan de l’équipe Piolle, ils ont expri­mé leurs désac­cords – les biblio­thèques, Actis récem­ment… –, un bilan cri­tique au regard de la pro­messe « rouge verte » ini­tiale est néces­saire ; face à la droite – ne sous-esti­mons pas son tra­vail sur les ins­crip­tions élec­to­rales – il est indis­pen­sable que la gauche soit ras­sem­blée sur des choix nou­veaux, à gauche : c’est aus­si la métro­pole qui est en jeu. »

Les citoyens impli­qués dans un pro­jet, c’est aus­si la pos­si­bi­li­té de contre-pou­voirs à la majo­ri­té de droite du conseil dépar­te­men­tal dans de nom­breuses com­munes. « Les com­munes sont des éche­lons de résis­tance à l’austérité, au déve­lop­pe­ment des inéga­li­tés, à la main mise du capi­tal ; elles prennent des coups et elles ont besoin d’élus liés aux citoyens pour mieux jouer ce rôle ; c’est ce à quoi les com­mu­nistes s’emploient. »

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