Rives. Une liste de gauche face à trois listes de droite
Par Travailleur Alpin
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Un maire de droite « minoritaire » [en 2020, Julien Stevant l’avait emporté au second tour avec 46,53% des suffrages, dans un contexte de triangulaire où le maire sortant Alain Dezempte (36,87%) devait pâtir de la concurrence d’une liste de gauche « dissidente » (16,58%), ndlr], jamais la formule n’aura eu autant de sens qu’à l’approche du scrutin des 15 et 22 mars prochain.
Une fusion ratée…
Si l’équipe élue en 2020 était le fruit de la fusion des listes de premier tour de Julien Stevant (24,82%) et de Laurent Lavost (23,94%), le mariage sera vite consommé. En 2023, le torchon brûle entre le maire et les anciens colistiers de M. Lavost, qui vont jusqu’à réclamer la démission de M. Stevant en plein conseil municipal, le 23 février. S’en suit le retrait des délégations aux adjoints concernés par la « dissidence », et une période d’incertitudes où tout le monde se demande si la commune ne va pas finir par être mise sous tutelle par la préfecture, faute de majorité pour voter le budget. Laurent Lavost, 1er adjoint, débloquera les choses en ralliant la majorité, laissant sur le bord ses anciens colistiers qui se considèrent désormais comme un groupe d’opposition, mené par Jean-Christophe Martin, ex-adjoint aux finances.
Le mandat se poursuivra cahin-caha, chaque conseil étant l’objet de spéculations sur la capacité du maire – ne disposant plus que de 15 élus fidèles sur les 29 du conseil – à rassembler une majorité et le quorum. Une période qui voit la fin des retransmissions vidéos du conseil municipal (officiellement pour « raison technique »), un état de fait que dénonceront les élus de l’opposition de gauche, qui n’auront de cesse de réclamer « une vraie transparence » sur les débats qui agitent la représentation communale.
Deux listes de droite… non, trois !
Alors, effectivement, tout le monde s’attendait à ce que le match entre « loyalistes » et « dissidents » se rejoue dans les urnes en 2026. Certains se posaient toutefois la question, car le groupe « dissident » avait fait le choix de refuser de siéger pendant presque trois ans : n’allaient-ils pas, au final, jeter l’éponge et laisser le champ libre à Julien Stevant ?
Mais non, le match aura bien lieu : Jean-Christophe Martin annonce sa candidature en janvier, à la tête du collectif « Rives au cœur de tout ». Si l’affichage est « sans étiquette », le ton est, sans surprise, à droite : baisses d’impôts, mutualisation des équipements sportifs et associatifs… sans oublier de ressusciter une « fake-news » de la campagne de 2020 sur la situation financière d’alors de la commune [* voir encadré ci-dessous], une manière de griffer une gauche qui s’organise pour la reconquête.

La liste « Rives Demain, une ville pour toutes & tous » est en effet en campagne depuis septembre, l’ancien 1er adjoint Jérôme Barbieri ayant été désigné tête de liste par son collectif en février 2025, déclarant sa candidature à la rentrée avec une lettre diffusée à tous les Rivois. Le collectif enchaînera avec trois rencontres publiques thématiques, pour construire le programme qu’allait porter la liste. « Des échanges très intéressants, avec des intervenants de grande qualité », des dires d’un colistier : ces temps, qui ont rassemblé au total près d’une centaine de personnes différentes, ont permis à l’équipe d’étoffer un programme présenté mi-janvier à la population.
Mais la surprise est venue de l’autre côté, avec l’annonce de la candidature de Franck Rettmeyer, fils de l’industriel et ancien maire (1983–1995) Christian Rettmeyer, une « grande famille patronale » de l’industrie papetière de Rives. Les Rivois se souviennent de l’importance – encore en partie actuelle – de la société Allimand, modèle de paternalisme patronale. Franck Rettmeyer revendique explicitement cet héritage, se vantant dans les colonnes du Dauphiné Libéré de ce que « en 25 ans de présidence chez Allimand, je n’ai jamais connu une heure, ou même une minute de grève. J’étais un président social et dans le consensus ». Ce qui ne l’empêchera pas de céder sa société à un fonds d’investissement à son départ en retraite, en 2023.

Une liste baptisée « Union pour Rives », et qui peut compter sur l’implication de… deux adjoints restés jusque là fidèles à Julien Stevant : Jean-Paul Gout (adjoint en charge de l’aménagement, des travaux, de l’urbanisme et de l’environnement) et Jean-Luc Fontaine (adjoint aux finances, qui a succédé à Jean-Christophe Martin en 2023). Il se murmure aussi que Laurent Lavost, 1er adjoint en charge de la sécurité et de la médiation, serait finalement sur cette liste également.
André Valini et Sandrine Nosbe
C’est dans ce contexte que l’équipe de Jérôme Barbieri inaugurait son local de campagne, ce samedi 7 février, en présence de plus d’une soixantaine de Rivois, soutiens ou simples curieux. Un événement qui aura vu deux soutiens de poids s’afficher en faveur du candidat.
André Vallini, conseiller départemental du canton, ancien président du Département et ancien député puis sénateur, a réaffirmé au micro son attachement à la commune de Rives, rappelant l’héritage « irremplaçable » de Robert Veyret (conseiller général du canton de 1976 à 2015), et ses premiers pas en politique à Tullins, aux côtés du maire d’alors, un certain… Yves Barbieri, père de Jérôme Barbieri.
Sandrine Nosbe, députée Nouveau Front populaire de la circonscription depuis la dissolution de 2024, a quant à elle rappelé l’importance d’avoir des listes de gauche avec un programme ambitieux, pour « changer vraiment la vie des gens », et remercié les militants rivois pour « tous ces porte-à-porte que nous avons fait ensemble en mai et juin 2024 », se déclarant disponible pour « venir donner un coup de main dans cette belle campagne ».
« Rives demain » peut compter sur une belle dynamique, en lien avec son programme, listant 49 propositions dont 15 mesures phares. Mais aussi sur une attente : après un mandat jugé chaotique par beaucoup, et dont la concurrence en mars de pas moins de trois listes issues de l’équipe élue en 2020 est le dernier symptôme, Rivoises et Rivois sont nombreux à souhaiter un apaisement et un retour à une stabilité. C’est ce que promet « Rives demain » : « une méthode reposant sur le travail et le dialogue, et une équipe soudée ».
Peut-être aussi un moyen de conjurer une nouvelle fusion « bancale » entre listes de droite au soir du premier tour ?
Robert W. Wellnes
« Rives au bord de la mise sous tutelle » en 2020 : retour sur une fake-news qui a la vie dure
Les différentes listes qui s’opposaient au maire sortant Alain Dezempte en 2020 reprenaient toutes en cœur un « argument » : la ville serait au bord de la faillite, victime d’une gestion « calamiteuse », voir au bord de la mise sous tutelle par la préfecture… le candidat Jean-Christophe Martin a ressuscité cet argument dans sa lettre de candidature pour 2026.
Pourtant, les faits sont têtus, et le groupe des élus « Rives Gauche » [ndlr : nom de la liste Dezempte en 2020] avaient déjà produit un tract sur le sujet en avril 2025. Extraits.
« L’audit commandité par M. Stevant lui-même est clair : entre 2014 et 2020, stabilité des ressources et réductions des charges de fonctionnement de 1,6 % par an ; entre 2022 et 2025, +21 % de d’augmentation en 4 ans »
« Depuis 2020, la dette est passé de 4,7 millions d’euros à 7,7 millions »
« La capacité de désendettement a presque doublée, passant de 3,46 ans en 2020 à 8,89 ans en 2026 »
« Aucune maîtrise des dépenses, ce qui conduit à une épargne négative : en 2025, la commune s’endette pour rembourser ses emprunts ! »
Mais comme dit le proverbe, « calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose »…


