Rives. Une liste de gauche face à trois listes de droite

Par Travailleur Alpin

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Lors de l'inauguration du local de campagne de la liste de gauche « Rives Demain, une ville pour toutes et tous ».
Ce samedi 7 février, Jérôme Barbieri et l’équipe de « Rives demain, une ville pour toutes et tous » inauguraient leur local de campagne pour les élections municipales, situé au 53 rue de la République. Un événement qui a rassemblé plus d’une soixantaine de personnes, témoin de la volonté de changement qui s’exprime dans la commune après un mandat 2020-2026 chaotique. Retour sur l’actualité de cette petite ville de 6500 habitants, au nord de Moirans.

Un maire de droite « mino­ri­taire » [en 2020, Julien Ste­vant l’avait empor­té au second tour avec 46,53% des suf­frages, dans un contexte de tri­an­gu­laire où le maire sor­tant Alain Dezempte (36,87%) devait pâtir de la concur­rence d’une liste de gauche « dis­si­dente » (16,58%), ndlr], jamais la for­mule n’aura eu autant de sens qu’à l’approche du scru­tin des 15 et 22 mars pro­chain.

Une fusion ratée…

Si l’équipe élue en 2020 était le fruit de la fusion des listes de pre­mier tour de Julien Ste­vant (24,82%) et de Laurent Lavost (23,94%), le mariage sera vite consom­mé. En 2023, le tor­chon brûle entre le maire et les anciens colis­tiers de M. Lavost, qui vont jusqu’à récla­mer la démis­sion de M. Ste­vant en plein conseil muni­ci­pal, le 23 février. S’en suit le retrait des délé­ga­tions aux adjoints concer­nés par la « dis­si­dence », et une période d’incertitudes où tout le monde se demande si la com­mune ne va pas finir par être mise sous tutelle par la pré­fec­ture, faute de majo­ri­té pour voter le bud­get. Laurent Lavost, 1er adjoint, déblo­que­ra les choses en ral­liant la majo­ri­té, lais­sant sur le bord ses anciens colis­tiers qui se consi­dèrent désor­mais comme un groupe d’opposition, mené par Jean-Chris­tophe Mar­tin, ex-adjoint aux finances.

Le man­dat se pour­sui­vra cahin-caha, chaque conseil étant l’objet de spé­cu­la­tions sur la capa­ci­té du maire – ne dis­po­sant plus que de 15 élus fidèles sur les 29 du conseil – à ras­sem­bler une majo­ri­té et le quo­rum. Une période qui voit la fin des retrans­mis­sions vidéos du conseil muni­ci­pal (offi­ciel­le­ment pour « rai­son tech­nique »), un état de fait que dénon­ce­ront les élus de l’opposition de gauche, qui n’auront de cesse de récla­mer « une vraie trans­pa­rence » sur les débats qui agitent la repré­sen­ta­tion com­mu­nale.

Deux listes de droite… non, trois !

Alors, effec­ti­ve­ment, tout le monde s’attendait à ce que le match entre « loya­listes » et « dis­si­dents » se rejoue dans les urnes en 2026. Cer­tains se posaient tou­te­fois la ques­tion, car le groupe « dis­si­dent » avait fait le choix de refu­ser de sié­ger pen­dant presque trois ans : n’allaient-ils pas, au final, jeter l’éponge et lais­ser le champ libre à Julien Ste­vant ?

Mais non, le match aura bien lieu : Jean-Chris­tophe Mar­tin annonce sa can­di­da­ture en jan­vier, à la tête du col­lec­tif « Rives au cœur de tout ». Si l’affichage est « sans éti­quette », le ton est, sans sur­prise, à droite : baisses d’impôts, mutua­li­sa­tion des équi­pe­ments spor­tifs et asso­cia­tifs… sans oublier de res­sus­ci­ter une « fake-news » de la cam­pagne de 2020 sur la situa­tion finan­cière d’alors de la com­mune [* voir enca­dré ci-des­sous], une manière de grif­fer une gauche qui s’organise pour la recon­quête.

Jérôme Bar­bie­ri, dési­gné tête de liste dès février 2025 par le col­lec­tif de cam­pagne.

La liste « Rives Demain, une ville pour toutes & tous » est en effet en cam­pagne depuis sep­tembre, l’ancien 1er adjoint Jérôme Bar­bie­ri ayant été dési­gné tête de liste par son col­lec­tif en février 2025, décla­rant sa can­di­da­ture à la ren­trée avec une lettre dif­fu­sée à tous les Rivois. Le col­lec­tif enchaî­ne­ra avec trois ren­contres publiques thé­ma­tiques, pour construire le pro­gramme qu’allait por­ter la liste. « Des échanges très inté­res­sants, avec des inter­ve­nants de grande qua­li­té », des dires d’un colis­tier : ces temps, qui ont ras­sem­blé au total près d’une cen­taine de per­sonnes dif­fé­rentes, ont per­mis à l’équipe d’étoffer un pro­gramme pré­sen­té mi-jan­vier à la popu­la­tion.

Mais la sur­prise est venue de l’autre côté, avec l’annonce de la can­di­da­ture de Franck Rett­meyer, fils de l’industriel et ancien maire (1983–1995) Chris­tian Rett­meyer, une « grande famille patro­nale » de l’industrie pape­tière de Rives. Les Rivois se sou­viennent de l’importance – encore en par­tie actuelle – de la socié­té Alli­mand, modèle de pater­na­lisme patro­nale. Franck Rett­meyer reven­dique expli­ci­te­ment cet héri­tage, se van­tant dans les colonnes du Dau­phi­né Libé­ré de ce que « en 25 ans de pré­si­dence chez Alli­mand, je n’ai jamais connu une heure, ou même une minute de grève. J’étais un pré­sident social et dans le consen­sus ». Ce qui ne l’empêchera pas de céder sa socié­té à un fonds d’investissement à son départ en retraite, en 2023.

Un troi­sième lar­ron s’est fina­le­ment invi­té à la table de la droite.

Une liste bap­ti­sée « Union pour Rives », et qui peut comp­ter sur l’implication de… deux adjoints res­tés jusque là fidèles à Julien Ste­vant : Jean-Paul Gout (adjoint en charge de l’aménagement, des tra­vaux, de l’urbanisme et de l’environnement) et Jean-Luc Fon­taine (adjoint aux finances, qui a suc­cé­dé à Jean-Chris­tophe Mar­tin en 2023). Il se mur­mure aus­si que Laurent Lavost, 1er adjoint en charge de la sécu­ri­té et de la média­tion, serait fina­le­ment sur cette liste éga­le­ment.

André Valini et Sandrine Nosbe

C’est dans ce contexte que l’équipe de Jérôme Bar­bie­ri inau­gu­rait son local de cam­pagne, ce same­di 7 février, en pré­sence de plus d’une soixan­taine de Rivois, sou­tiens ou simples curieux. Un évé­ne­ment qui aura vu deux sou­tiens de poids s’afficher en faveur du can­di­dat.

André Val­li­ni, conseiller dépar­te­men­tal du can­ton, ancien pré­sident du Dépar­te­ment et ancien dépu­té puis séna­teur, a réaf­fir­mé au micro son atta­che­ment à la com­mune de Rives, rap­pe­lant l’héritage « irrem­pla­çable » de Robert Vey­ret (conseiller géné­ral du can­ton de 1976 à 2015), et ses pre­miers pas en poli­tique à Tul­lins, aux côtés du maire d’alors, un cer­tain… Yves Bar­bie­ri, père de Jérôme Bar­bie­ri.

San­drine Nosbe, dépu­tée Nou­veau Front popu­laire de la cir­cons­crip­tion depuis la dis­so­lu­tion de 2024, a quant à elle rap­pe­lé l’importance d’avoir des listes de gauche avec un pro­gramme ambi­tieux, pour « chan­ger vrai­ment la vie des gens », et remer­cié les mili­tants rivois pour « tous ces porte-à-porte que nous avons fait ensemble en mai et juin 2024 », se décla­rant dis­po­nible pour « venir don­ner un coup de main dans cette belle cam­pagne ».

« Rives demain » peut comp­ter sur une belle dyna­mique, en lien avec son pro­gramme, lis­tant 49 pro­po­si­tions dont 15 mesures phares. Mais aus­si sur une attente : après un man­dat jugé chao­tique par beau­coup, et dont la concur­rence en mars de pas moins de trois listes issues de l’équipe élue en 2020 est le der­nier symp­tôme, Rivoises et Rivois sont nom­breux à sou­hai­ter un apai­se­ment et un retour à une sta­bi­li­té. C’est ce que pro­met « Rives demain » : « une méthode repo­sant sur le tra­vail et le dia­logue, et une équipe sou­dée ».

Peut-être aus­si un moyen de conju­rer une nou­velle fusion « ban­cale » entre listes de droite au soir du pre­mier tour ?

Robert W. Wellnes

« Rives au bord de la mise sous tutelle » en 2020 : retour sur une fake-news qui a la vie dure

Les dif­fé­rentes listes qui s’opposaient au maire sor­tant Alain Dezempte en 2020 repre­naient toutes en cœur un « argu­ment » : la ville serait au bord de la faillite, vic­time d’une ges­tion « cala­mi­teuse », voir au bord de la mise sous tutelle par la pré­fec­ture… le can­di­dat Jean-Chris­tophe Mar­tin a res­sus­ci­té cet argu­ment dans sa lettre de can­di­da­ture pour 2026.

Pour­tant, les faits sont têtus, et le groupe des élus « Rives Gauche » [ndlr : nom de la liste Dezempte en 2020] avaient déjà pro­duit un tract sur le sujet en avril 2025. Extraits.

« L’audit com­man­di­té par M. Ste­vant lui-même est clair : entre 2014 et 2020, sta­bi­li­té des res­sources et réduc­tions des charges de fonc­tion­ne­ment de 1,6 % par an ; entre 2022 et 2025, +21 % de d’augmentation en 4 ans »

« Depuis 2020, la dette est pas­sé de 4,7 mil­lions d’euros à 7,7 mil­lions »

« La capa­ci­té de désen­det­te­ment a presque dou­blée, pas­sant de 3,46 ans en 2020 à 8,89 ans en 2026 »

« Aucune maî­trise des dépenses, ce qui conduit à une épargne néga­tive : en 2025, la com­mune s’endette pour rem­bour­ser ses emprunts ! »

Mais comme dit le pro­verbe, « calom­niez, calom­niez, il en res­te­ra tou­jours quelque chose »…

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