Grenoble. Retraites, emplois, salaires… Les manifestants présentent la facture au Medef

Par Manuel Pavard

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La banderole de tête, avec une revendication phare inchangée contre la retraite à 64 ans.
Environ 400 personnes ont défilé ce jeudi 5 juin à Grenoble, à l'appel de la CGT et de la FSU, à l'occasion de la journée interprofessionnelle de grève et de manifestation pour les retraites, les emplois et les salaires. À l'arrivée du cortège à Europole, les représentants syndicaux sont allés remettre à la chambre de commerce et d'industrie (CCI) une facture de 37 milliards d'euros - montant estimé du financement des retraites.

Trente-sept mil­liards d’eu­ros. C’est le mon­tant, ver­ti­gi­neux, figu­rant sur la fac­ture que Nico­las Benoit, secré­taire dépar­te­men­tal de la CGT, et Manon Per­oz, repré­sen­tante de la FSU, sont allés remettre à la CCI de Gre­noble jeu­di 5 juin, à l’ar­ri­vée de la mani­fes­ta­tion, place Robert-Schu­man. Des­ti­née au Medef, celle-ci a pour objet le finan­ce­ment des retraites. Le docu­ment est certes sym­bo­lique mais la somme due a, elle, été chif­frée très pré­ci­sé­ment par la CGT.

Nico­las Benoit et Eli­sa Bales­trie­ri (CGT) ont remis avec Manon Per­oz (FSU) la fac­ture de 37 mil­liards d’eu­ros à la CCI.

Dans le détail, cela repré­sente ain­si 6 mil­liards d’eu­ros pour garan­tir l’é­ga­li­té sala­riale femmes/hommes, 8 mil­liards pour lut­ter contre la fraude aux coti­sa­tions sociales, 4 mil­liards pour faire coti­ser toutes les rému­né­ra­tions (par­ti­ci­pa­tion et inté­res­se­ment), 6 mil­liards pour aug­men­ter de 1% les coti­sa­tions vieillesse (part employeur), 10 mil­liards pour faire contri­buer les reve­nus finan­ciers et 3 mil­liards pour récu­pé­rer les exo­né­ra­tions non com­pen­sées. Soit un chèque de 37 mil­liards d’eu­ros « à adres­ser aux caisses de retraites ».

Les agents de la fonc­tion publique étaient lar­ge­ment repré­sen­tés dans le cor­tège.

La dis­tri­bu­tion — effec­tive — est venue ponc­tuer le défi­lé par­ti de la place de Ver­dun. Un cor­tège réunis­sant près de 400 per­sonnes, à l’ap­pel de la CGT, ini­tia­trice de cette jour­née natio­nale inter­pro­fes­sion­nelle de grève et de mani­fes­ta­tion, et donc de la FSU, qui a rejoint la mobi­li­sa­tion en Isère (comme dans d’autres dépar­te­ments). « L’i­dée, c’est d’al­ler por­ter la fac­ture au patro­nat et à la finance. C’est pour ça qu’on cible Euro­pole », explique Nico­las Benoit. « On demande 37 mil­liards pour le finan­ce­ment de nos retraites, on sait où aller les cher­cher. »

Les députés communistes sanctionnent (symboliquement) le gouvernement

Cette jour­née était ain­si conçue autour d’un trip­tyque « retraites, emplois, salaires ». Trois thèmes et mots d’ordre intrin­sè­que­ment liés les uns aux autres. Des salaires plus éle­vés, c’est en effet plus de coti­sa­tions pour la Sécu­ri­té sociale, donc de meilleures retraites, mieux finan­cées. « Main­te­nir et sécu­ri­ser l’emploi » demeure en outre un impé­ra­tif pour la CGT, sou­ligne le res­pon­sable syn­di­cal, évo­quant le cas emblé­ma­tique de Ven­co­rex. « L’É­tat a com­plè­te­ment aban­don­né le sec­teur de la chi­mie en Isère, c’est un désastre », dénonce-t-il.

Les retrai­tés CGT exigent l’aug­men­ta­tion des pen­sions.

La mobi­li­sa­tion était donc en lien direct avec l’ac­tua­li­té locale, mais éga­le­ment natio­nale. Car ce jeu­di 5 juin, c’é­tait aus­si « le jour du fameux vote à l’As­sem­blée natio­nale où les dépu­tés com­mu­nistes ont déjoué les méthodes d’obs­truc­tion par­le­men­taire pour sou­mettre aux voix la volon­té d’a­bro­ga­tion de la réforme des retraites », pré­cise Jéré­mie Gio­no, secré­taire dépar­te­men­tal du PCF, pré­sent dans le cor­tège aux côtés de nom­breux mili­tants com­mu­nistes.

À l’ins­tar de Clau­dine Didier (PCF Fon­taine), de nom­breux mili­tants com­mu­nistes étaient pré­sents.

Si la réso­lu­tion por­tée par le groupe Gauche démo­crate et répu­bli­caine (GDR) était non contrai­gnante, son vote per­met tou­te­fois de mettre la pres­sion sur le gou­ver­ne­ment, en met­tant en mino­ri­té les par­ti­sans de la retraite à 64 ans au Par­le­ment. Dans ce contexte, « évi­dem­ment que notre place est ici », assène le res­pon­sable de la fédé­ra­tion isé­roise. « Et au-delà, il faut faire vivre la lutte col­lec­tive parce que c’est par le rap­port de force qu’on arri­ve­ra à faire bou­ger les choses », ajoute-t-il.

Exemple à ne pas suivre, la retraite à 70 ans au Danemark

Au terme du par­cours, les repré­sen­tants syn­di­caux ont pris la parole, à Euro­pole, pour rap­pe­ler leurs reven­di­ca­tions et réaf­fir­mer leur déter­mi­na­tion à abro­ger le report de l’âge légal de départ à 64 ans. Nico­las Benoit et Manon Per­oz ont tous deux mis en garde le gou­ver­ne­ment contre la ten­ta­tion de s’ins­pi­rer du Dane­mark, qui vient de fixer l’âge de la retraite à 70 ans.

Nico­las Benoit (CGT) et Manon Per­oz (FSU) ont pris la parole à la fin de la mani­fes­ta­tion, place Robert-Schu­man.

L’en­sei­gnante et syn­di­ca­liste FSU alerte par ailleurs, s’ex­pri­mant au nom de l’en­semble des fonc­tion­naires : « Si les agents sont mal­trai­tés, ce sont tous les ser­vices ren­dus au public qui sont mal­trai­tés. » Et Manon Per­oz de conclure par un appel à « construire un mou­ve­ment d’am­pleur et dans la durée. Ser­vice public, emploi, salaires, pen­sions, bud­get 2026… Mobi­li­sons-nous, met­tons-nous en grève dans tous les sec­teurs ! »

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