Fontaine. Vivre avec un trouble bipolaire, le combat de Maryvonne

Par Edouard Schoene

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Maryvonne Mathéoud (à gauche) et le Dr Ollivrin, auteur de la postface, ont été interrogés par l'animatrice du débat, Marie Vachetta.
La médiathèque Paul-Eluard de Fontaine accueillait Maryvonne Mathéoud, ce samedi 19 octobre, dans le cadre de la Semaine d'information sur la santé mentale. La militante communiste et féministe, présidente de l'Association iséroise des amis des Kurdes (Aiak), venait débattre de son second livre, ... et 100 fois se relever. Le « témoignage d'une bipolaire diagnostiquée à 55 ans ».

La ren­contre, orga­ni­sée ce same­di 19 octobre par la média­thèque Paul-Eluard de Fon­taine, s’inscrivait dans la Semaine d’information sur la san­té men­tale, en par­te­na­riat avec le ser­vice san­té de la ville. Une tren­taine de per­sonnes sont venues écou­ter les deux invi­tés, Mary­vonne Mathéoud et le Dr Nico­las Olli­vrin, res­pec­ti­ve­ment autrice et post­fa­cier du livre … et 100 fois se rele­ver (édi­tions Valeurs d’a­ve­nir).

La pre­mière est « Fon­tai­noise et bien connue dans l’ag­glo­mé­ra­tion gre­no­bloise pour [son] enga­ge­ment mili­tant envers les droits des femmes en par­ti­cu­lier et envers les peuples oppri­més en géné­ral », a rap­pe­lé Marie Vachet­ta, ani­ma­trice du débat. Avant de pour­suivre : « Vous êtes à l’i­ni­tia­tive de plu­sieurs asso­cia­tions mili­tantes et vous écri­vez pour le Tra­vailleur alpin. »

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Mary­vonne Mathéoud a dédi­ca­cé ses deux livres.

« Mais si vous êtes là aujourd’­hui, c’est pour nous par­ler de votre deuxième livre », a expli­qué la biblio­thé­caire, s’adressant à Mary­vonne Mathéoud. « Son titre évo­ca­teur, …et 100 fois se rele­ver, énonce tout à fait ce que vous avez vécu toute votre vie. Il relate votre par­cours de com­bat­tante face à un mal qui n’a été nom­mé que récem­ment, le trouble bipo­laire. »

« Il faut apprendre à vivre avec la vie telle qu’elle est »

L’animatrice s’est ensuite tour­née vers le méde­cin : « Dr Olli­vrin, vous êtes psy­chiatre. C’est vous qui avez nom­mé le trouble dont souffre Mary­vonne et qui l’ac­com­pa­gnez en psy­cho­thé­ra­pie. » Puis, elle a enga­gé le dia­logue : « Mary­vonne, vous avez écrit en exergue de votre livre une cita­tion : “Vous ne pou­vez pas arrê­ter les vagues mais vous pou­vez apprendre à sur­fer”. Pour­quoi ? »

Réponse de l’autrice : « Cette phrase, je l’ai faite mienne car ma mala­die est là et je dois faire avec. Plus lar­ge­ment, je pense qu’il faut apprendre à vivre avec la vie telle qu’elle est : rece­voir des coups, agir, mili­ter, faire bou­ger les choses, (…) en sachant qu’on peut être auteur de sa vie. »

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Elise Turon, direc­trice de la média­thèque, Mary­vonne Mathéoud, le Dr Olli­vrin et l’a­ni­ma­trice Marie Vachet­ta.

Tout le dia­logue qui a sui­vi entre les deux invi­tés, l’animatrice et la salle a por­té sur la com­pré­hen­sion de ce trouble psy­chique. Et ce, grâce aux témoi­gnages d’une per­sonne éner­gique et déter­mi­née et de son thé­ra­peute.

Mary­vonne Mathéoud a ain­si fait preuve, comme l’ont sou­li­gné de nom­breux membres du public, d’une grande sin­cé­ri­té et d’un cou­rage pour mettre à nu sa mala­die, son expé­rience de vie. Ce vent de sin­cé­ri­té a conduit des inter­ve­nants à ques­tion­ner le psy­chiatre en se livrant inti­me­ment, devant une assis­tance très atten­tive.

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Une tren­taine de per­sonnes ont assis­té à la ren­contre, à la média­thèque Paul-Eluard.

L’animatrice a, elle, inter­ro­gé son invi­tée sur ses deux ouvrages (… et 100 fois se rele­ver, mais aus­si Une vie volée, publié en 2020) : « J’ai remar­qué comme une ryth­mique qui suit les vagues que vous fait endu­rer la mala­die. J’ai res­sen­ti une accé­lé­ra­tion de votre écri­ture lors des phases maniaques. Puis un ralen­tis­se­ment lors des périodes dépres­sives. »

Mary­vonne a pu confir­mer la force indes­crip­tible des vagues la fai­sant mon­ter dans des phases maniaques jouis­sives et retom­ber bru­ta­le­ment dans des dépres­sions fra­cas­santes.

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Mary­vonne Mathéoud a décrit l’in­fluence de la mala­die sur son écri­ture.

Quant au Dr Olli­vrin, celui-ci a appor­té des pré­ci­sions sur les diag­nos­tics de la mala­die, les accom­pa­gne­ments qui concernent l’environnement social, l’environnement fami­lial et intime, les trai­te­ments médi­caux. « L’accompagnement pour l’acceptation, pour ce trouble chro­nique par­ti­cu­liè­re­ment, est dif­fi­cile, parce que cela ne se voit pas », a expli­qué le psy­chiatre. « Ce n’est pas recon­nu par l’entourage. On est face à soi-même et dedans. À recon­naître, c’est dif­fi­cile ; à accep­ter, encore plus dif­fi­cile. Il y a donc d’abord ce tra­vail à faire. »

Il existe tou­te­fois des pro­grammes thé­ra­peu­tiques et d’éducation sur la mala­die, a indi­qué le Dr Olli­vrin. Mal­heu­reu­se­ment, a‑t-il déplo­ré, « on manque de psy­chiatres en France, de struc­tures d’accueil pour les bipo­laires. Psy­cho­thé­ra­pie, hygiène de vie, trai­te­ments médi­ca­men­teux sont com­plé­men­taires. »

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Le Dr Olli­vrin, qui a diag­nos­ti­qué le trouble bipo­laire de l’au­trice, a écrit la post­face de son livre.

De nom­breuses idées fausses ont par ailleurs été balayées au cours de ces échanges. Ain­si, l’idée que la mala­die soit géné­ti­que­ment trans­mis­sible a été écar­tée par le pra­ti­cien. D’après lui, le trouble bipo­laire touche 1 à 2 % de la popu­la­tion, un enfant de bipo­laire étant lui-même bipo­laire dans 10 à 15 % des cas.

Après avoir remer­cié ses invi­tés, l’animatrice a conclu la ren­contre avec un mes­sage des­ti­né à Mary­vonne : « Mer­ci pour la fran­chise et l’amour », lui a‑t-elle lan­cé.

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La cou­ver­ture du der­nier livre de Mary­vonne Mathéoud, publié en 2023.

Où trouver les livres de Maryvonne Mathéoud ?

Les deux livres écrits par Mary­vonne Mathéoud, … et 100 fois se rele­ver et Une vie volée, sont dis­po­nibles en prêt à la média­thèque de Fon­taine. Ils sont éga­le­ment en vente à la librai­rie La nou­velle Dérive, à Gre­noble (10 place Sainte-Claire).

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