La disparition d’une militante, Annie Breyton

Par Edouard Schoene

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Annie Brey­ton, ori­gi­naire des terres froides en Isère est décé­dée ce mois de novembre à 82 ans. Après des études de dac­ty­lo elle part au Maroc à 19 ans, conseillée par Témoi­gnage chré­tien. Elle y res­te­ra de 1957 à 1961, comme col­la­bo­ra­trice d’Abraham Ser­fa­ty. Dès son retour, Annie tra­vaille­ra à la ville de Crolles puis devien­dra direc­trice à la MJC de Crolles. Dans son par­cours dans l’éducation popu­laire elle connaî­tra Gérard qui sera son mari et qui est décé­dé il y a un an. Annie et Gérard ont eu deux filles et trois petits enfants.Ils ont été des amou­reux de la nature, de la marche.

Très tôt elle sera enga­gée socia­le­ment, syn­di­ca­le­ment et poli­ti­que­ment comme mili­tante com­mu­niste.

La lec­ture et la nature, deux pas­sions pour Annie.

Gérard Brey­ton parle de l’engagement du couple en 1968, dans l’Humanité de mai 2008 : « Mai 1968 : les grandes entre­prises gre­no­bloises arrêtent le tra­vail. Notre comi­té de grève FOL leur pro­pose une aide : orga­ni­ser des séances de ciné­ma cultu­rel et de détente. C’est pour­quoi je com­mence ma « tour­née » quo­ti­dienne : usine des bis­cuits Brun, usine des pâtes Lus­tu­cru, usine Cater­pillar et même la fon­de­rie Col­li­gnon de Fon­taine, dans un décor du XIXe siècle. Et Del­phine ? Annie lui donne le sein dans les amphi­théâtres où elle doit sou­vent prendre la parole. Et moi ? Pour la sou­la­ger, un jour sur deux je télé­phone à l’en­tre­prise du jour et il y a tou­jours un petit comi­té de grève fémi­nin pour la prendre en charge…Avec bibe­rons… En route donc avec dans la four­gon­nette le Bell-Howell 16 mm., son écran, quelques Huma du jour et le lan­dau de Del­phine. »

Cadre admi­nis­tra­tif à l’université Joseph Fou­rier (Gre­noble), elle est chef de ser­vice de la cel­lule d’orientation des étu­diants. Elle s’engage pour l’accès de tous les étu­diants à la réus­site de leur par­cours uni­ver­si­taire. Elle est élue CGT au CA de l’université.

Pho­to du groupe com­mu­niste au conseil régio­nal, prise en juin 1986 devant le siège de la région à Char­bon­nières, en 1986. De gauche à droite, Théo Vial-Mas­sat, Paul Rochas, Serge Pla­na, René Bom­brun, Fer­nand Rous­tit, Guy Fischer, Charles Fiter­man, Roger Gan­det, Marc Bruyère, Yvonne Allé­gret, Serge Feu­gère, Annie Fer­ri et Annie Brey­ton.

Jean-Fran­çois Daïan se sou­vient : « Ce qui m’a frap­pé chez elle, c’est sa déter­mi­na­tion farouche à défendre ses convic­tions. Elle ne lâchait jamais le mor­ceau, et n’envoyait pas dire ce qu’elle pen­sait. Une rare com­ba­ti­vi­té, bien néces­saire dans ces ins­tances uni­ver­si­taires où la com­plai­sance envers les auto­ri­tés était trop sou­vent la règle. Et quand quelque chose la contra­riait dans son syn­di­cat ou son par­ti, elle le fai­sait savoir avec tout autant de vigueur. Mais cha­cun com­pre­nait qu’en aucun cas cela ne remet­trait en cause son enga­ge­ment : ce n’est pas elle qui aurait mena­cé de sa démis­sion ou renon­cé à ses man­dats.
Ce fort tem­pé­ra­ment ne l’empêchait pas d’être une remar­quable femme de dia­logue. Au syn­di­cat, elle était très atten­tive à tous les mili­tants dans leur diver­si­té, s’appropriait sou­vent les idées qu’ils expri­maient, et les inci­tait à prendre des res­pon­sa­bi­li­tés.
Ce double aspect de sa per­son­na­li­té s’est aus­si expri­mé au cours de ses man­dats. Elle a su nouer des liens et par­fois déga­ger des conver­gences avec des élus hors du groupe PCF.
Je me rap­pelle par­ti­cu­liè­re­ment dans quelle colère l’avait mise en 1998, sous le minis­tère Voy­net, la fer­me­ture bru­tale et sans concer­ta­tion de Super­phé­nix, qu’elle consi­dé­rait comme un élé­ment por­teur d’avenir du patri­moine régio­nal. »

Récep­tion d’une délé­ga­tion de femmes de Pales­tine en jan­vier 2010 à Gre­noble.

Clau­dine Kahane évoque éga­le­ment la mili­tante com­mu­niste : « à mon arri­vée à l’université de Gre­noble en 1980, j’ai fait la connais­sance d’Annie, avant tout comme mili­tante du par­ti com­mu­niste. Pen­dant plus de 40 ans nous nous sommes régu­liè­re­ment retrou­vées lors des réunions de cel­lule, car Annie avait sou­hai­té conti­nuer à être rat­ta­chée à la sec­tion des Uni­ver­si­tés à son départ en retraite. D’une fidé­li­té sans faille à nos réunions, orga­ni­sées, ces quelques quinze der­nières années, sous forme de soi­rées convi­viales, Annie par­ti­ci­pait tou­jours avec beau­coup de per­ti­nence à nos échanges et nous réga­lait sys­té­ma­ti­que­ment de salades inven­tives et de déli­cieux pla­teaux de fro­mage, tou­jours à base de pro­duits locaux, bien sûr ! »
Fran­çois Auguste, ancien secré­taire dépar­te­men­tal du PCF et élu régio­nal, témoigne lui aus­si : « Annie Elle aimait le débat, même contra­dic­toire . Elle res­pec­tait ses inter­lo­cu­teurs , elle avait la pas­sion de rai­son­ner, de convaincre . Elle était curieuse des autres et des connais­sances . »

Annie Brey­ton sera can­di­date aux élec­tions can­to­nales à Eybens puis élue à la région Rhône-Alpes de 1986 à 1998, en charge des dos­siers uni­ver­si­té-recherche, can­di­date aux élec­tions euro­péennes en 1989. Très active dans la soli­da­ri­té à Echi­rolles, Annie s’investira notam­ment dans l’aide aux devoirs sur Echi­rolles (col­lège) et la soli­da­ri­té avec la Pales­tine (AFPS). Annie et Gérard ont été des mili­tants infa­ti­gables de la soli­da­ri­té avec le peuple pales­ti­nien. Annie ani­me­ra pen­dant six ans (90–96) avec le phi­lo­sophe Jacques Mil­hau et Flo­riane Benoit, jour­na­liste à l’Humanité, « Contro­verses en Dau­phi­né ».

Annie et Gérard Brey­ton.

Claire Tran­chant se sou­vient :  » Je ne peux pen­ser à Annie sans l’u­nir à Gérard. Un couple d’hu­ma­nistes enga­gés dans de nom­breuses batailles pour les droits des peuples :  pales­ti­nien bien sûr, algé­rien, kurde et bien d’autres. Pas une mani­fes­ta­tion, un ras­sem­ble­ment sans eux. Aux jeu­nesses com­mu­nistes, dont j’étais res­pon­sable, nous menions un com­bat inten­sif pour la libé­ra­tion de Man­de­la et la fin de l’a­par­theid. Ils étaient pré­sents à toutes nos ini­tia­tives publiques. Ensuite avec Annie nous avons beau­coup tra­vaillé sur les ques­tions de for­ma­tion pour  pro­po­ser dans les lycées tech­niques de nou­velles filières. C’é­tait l’é­poque de Mar­cel Rigout ministre et la JC menait une grande bataille sur ce sujet.  Très vite, j’ai appré­cié sa rigueur, son exi­gence, sa réflexion, son écoute et nous avons pour­sui­vi des com­bats com­muns. Je me sou­viens d’une de ses inter­ven­tions alors qu’elle était conseillère régio­nale au sujet d’une éven­tuelle fer­me­ture de gare sur la ligne Gre­noble Cham­bé­ry :  » même si il n’y a qu’un seul pas­sa­ger, le ser­vice public a obli­ga­tion d’être assu­ré » ».

Annie Brey­ton, en mai 2017.

Jean-Fran­çois Daïan évoque les années 2010 à aujourd’hui : « J’ai retrou­vé Annie à l’occasion de mon enga­ge­ment à l’AFPS. Avec Gérard, elle était une mili­tante pas­sion­née de la cause du peuple pales­ti­nien. Ils ont visi­té à plu­sieurs reprises la Cis­jor­da­nie, par­ti­ci­pé plu­sieurs fois à la récolte des olives, acti­vi­té éprou­vante à laquelle Annie a pris part mal­gré les pro­blèmes de san­té qui l’affectaient. En France ils ont à plu­sieurs reprises orga­ni­sé le séjour à Echi­rolles d’une troupe de jeunes dan­seurs et dan­seuses pales­ti­niens du camp de réfu­giés d’Askar près de Naplouse. Ils ont éga­le­ment for­te­ment par­ti­ci­pé à la vente soli­daire d’huile d’olive de Pales­tine à Echi­rolles. Enfin, com­ment ne pas évo­quer l’exceptionnel cou­rage avec lequel Annie a affron­té les graves pro­blèmes de san­té dont elle a souf­fert. La sur­di­té a été pour elle une grande souf­france com­pro­met­tant son acti­vi­té mili­tante. Elle l’a sup­por­tée tant que c’était pos­sible, assi­due aux réunions bien qu’elle ait de grandes dif­fi­cul­tés à suivre les débats, heu­reuse du peu qu’elle par­ve­nait à sai­sir. Même téna­ci­té dans la résis­tance aux nom­breuses épreuves, frac­tures, opé­ra­tions lourdes, qu’elle a dû affron­ter. Chaque fois, à peine remise, elle reve­nait à l’activité sans s’accorder un jour de repos de trop. »

Annie Brey­ton a été appré­ciée par­tout où elle est pas­sée dans sa vie pro­fes­sion­nelle et mili­tante. Nous avons reçu un grand nombre de témoi­gnages au jour­nal.

Le Tra­vailleur alpin pré­sente ses condo­léances à la famille et aux amis.

A Echi­rolles, en sep­tembre 2017.
En sep­tembre 2016.
Annie Brey­ton, mili­tante de l’Association France Pales­tine soli­da­ri­té.

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4 Commentaires

  • Triste nou­velle !!! J’ai le sou­ve­nir d’une grande dame par ses enga­ge­ments,

    son huma­nisme et je lui dois beau­coup. Sin­cères condo­léances.

  • Super article , elle méri­tait bien çà , couple remar­quable dont on se sou­vien­dra , ils ont tel­le­ment fait par­tie de nos vies .

  • Mer­ci Edouard d’a­voir retrans­crit le par­cours d’une mili­tante comme Annie. J’ai eu le grand plai­sir de ren­con­trer et mili­ter avec Gérard et Annie depuis qu’ils habi­taient à Echi­rolles.
    Avec eux, j’ai pu défendre dif­fé­rentes causes et notam­ment la défense du peuple pales­ti­nien et avec Annie par­ti­ci­per au Conseil consul­ta­tif des retrai­tés d’E­chi­rolles où elle a per­mis de nous faire prendre conscience des dif­fi­cul­tés des mal­en­ten­dants.
    Je gar­de­rai d’eux, des sou­ve­nirs de citoyens enga­gés pour défendre les injus­tices et causes dans dif­fé­rents domaines.

  • Avec mon beau sou­ve­nir d Annie que j appre­ciais beau­coup lors de nos ren­contres, elle repré­sen­tait la femme enga­gée, mili­tante, sin­cère à qui on pou­vait confier ses pré­oc­cu­pa­tions poli­tiques.