Grenoble. Meeting de Laurence Ruffin : un « choix entre deux projets de société »
Par Manuel Pavard
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Dimanche 22 mars, les Grenoblois auront « le choix entre deux projets de société », résume Laurence Ruffin. « Le service public ou le modèle privé », selon Philippe Rio. « Le rejet de l’autre ou la main tendue », pour Guillaume Gontard. « Soit la première femme maire, soit le premier maire condamné », compare Cyrielle Chatelain. « Est-ce que vous voulez la honte ? Est-ce que vous voulez la fierté ? », demande François Ruffin au public.

Intervenus à tour de rôle sur la scène du Palais des sports, ce mercredi 18 mars au soir, pour ce dernier grand meeting de la campagne municipale, les différents orateurs ont tous insisté sur ce point. Après la « fusion technique » entre la liste Oui Grenoble et celle de la France insoumise, le second tour donnera en effet lieu à un duel entre deux options antagonistes : Laurence Ruffin, candidate de l’union de la gauche, ou Alain Carignon, celui de LR mais aussi de l’union des droites.
« Le Nouveau Front populaire grenoblois »
La tête de liste de Oui Grenoble rappelle d’ailleurs que l’ancien maire, arrivé avec 0,7 % d’avance au premier tour, a « siphonné les voix de toute la droite, du macronisme jusqu’à l’extrême droite ». En face, une « gauche dispersée » mais néanmoins majoritaire, avec un peu plus de 58 % des suffrages en additionnant l’ensemble des listes. Une gauche qui a « su s’unir » en vingt-quatre heures, regroupant désormais quatorze partis — même si LFI n’entend pas faire partie d’une éventuelle majorité municipale. « Nous avons fait ici le Nouveau Front populaire grenoblois », se félicite Laurence Ruffin.

La candidate se dit « fière de Grenoble, ville de la Résistance et compagnon de la Libération. C’est la ville du premier Planning familial, de la municipalisation de l’eau, de Mounier. Et c’est dans cette trajectoire qu’on s’inscrit aujourd’hui », explique-t-elle. « Grenoble inspire par son histoire, sa remise en question sans cesse, son municipalisme », abonde le maire PCF de Grigny (Essonne) Philippe Rio, président de la Coopérative des élus communistes, républicains et citoyens, citant lui aussi « la municipalisation de l’eau » et celle « du gaz », tout comme les « avancées écologiques et démocratiques ».
« Des espaces de résistance et d’espoir »
« Grenoble doit rester à gauche dimanche », implore l’édile francilien, réélu au premier tour, le 15 mars, pour un troisième mandat, et élu « meilleur maire du monde » en 2021. Car, ajoute-t-il, « les élections municipales vont donner une tonalité à ce qui va se passer l’an prochain », avec le double rendez-vous des présidentielles et législatives. Chaque commune et chaque métropole remportées par la gauche seront « des espaces de résistance et d’espoir pour gagner en 2027 », affirme Philippe Rio. Et celui-ci de saluer ses camarades communistes présents dans la salle : David Queiros, réélu à Saint-Martin-d’Hères, et Amandine Demore, en ballottage très favorable à Échirolles. « Il y a deux nouveaux maires au féminin que l’on doit élire dimanche : ici, Laurence, et à Échirolles, Amandine », s’exclame-t-il.

Pour Philippe Rio, à Grigny comme à Grenoble, « l’union de la gauche, des écologistes et de tant d’autres » est une condition sine qua non à la victoire. Des militants qui, estime-t-il, « ont compris l’essentiel. Face au danger de la droite et de l’extrême droite, face aux crises sociales, démocratiques, écologiques, nous avons une responsabilité qui nous oblige et nous n’avons pas le droit de nous diviser. Nous n’avons pas ce luxe. »

L’élu communiste illustre ses propos en évoquant « l’attachement aux services publics » des Grenoblois. Là aussi, « deux projets de société » s’opposent, souligne-t-il : « Celui du patrimoine de ceux qui n’en ont pas et qui en auront toujours besoin pour faire société. Et ceux qui voudront les privatiser, pour enrichir les actionnaires et les rendre inaccessibles, pour les classes populaires d’abord mais aussi pour les classes moyennes. Et ainsi continuer à diviser notre société. »
« Alain Carignon n’aime pas Grenoble, il s’en sert »
Sur la scène du Palais des sports, tous les intervenants insistent sur ce danger représenté par la droite et sur l’espoir qu’incarne l’union de la gauche. Le vote, ce dimanche, sera scruté de près car « Grenoble a toujours été une ville ouverte sur le monde, en avance », vante le sénateur de l’Isère Guillaume Gontard, citant Hubert Dubedout, la municipalisation de l’eau, le Planning familial, la participation citoyenne…

Pour le président du groupe écologiste au Sénat, « le choix est plus que simple. Soit un projet qui permet de poursuivre l’adaptation au changement climatique, aux changements sociaux, soit un projet passéiste. Une ville qui tend la main ou une ville qui montre du doigt. » Guillaume Gontard en est convaincu, « en réalité, Alain Carignon n’aime pas Grenoble. Il s’en sert pour la corruption et pour ses magouilles. Mais Grenoble ne mérite pas ça. »
« Comme Thomas Ramos à la 82e minute »
Cyrielle Chatelain, députée de la deuxième circonscription de l’Isère, dénonce quant à elle le programme du candidat Les Républicains et ses « idées en commun avec le Rassemblement national ». Le 31 janvier dernier, rappelle la présidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, « Alain Carignon et Thierry Perez [NDLR : député RN de la dixième circonscription de l’Isère] défilaient derrière la bannière d’Alliance police nationale ».

Alain Carignon, ironise de son côté François Ruffin, a monté « une école de formation de la corruption : il n’y a que des gens condamnés autour de lui ». Reliant la tête de liste de la droite aux Trump, Poutine, Netanyahou et Milei actuellement au pouvoir, le député de la Somme fait l’éloge, en comparaison, de « l’obsession de la coopération » manifestée par sa sœur. « C’est sa vraie originalité, son apport politique. Elle est habitée par ce désir de faire avec les gens », assure-t-il.

Évoquant « la soif d’unité des gens de gauche, depuis le 12 février 1934 » jusqu’à aujourd’hui, François Ruffin est persuadé que « les Grenoblois sauront trancher entre les deux bulletins ». Et ce, y compris dans la dernière ligne droite, « comme Thomas Ramos inscrivant la pénalité gagnante à la 82e minute » lors du France-Angleterre clôturant le Tournoi des six nations.
« Une maire au travail ou un champion du clientélisme »
« Les heures devant nous sont cruciales », confirme Laurence Ruffin, qui appelle à la mobilisation et « remercie le Grenoble Alpes collectif » dont deux militantes sont venues réitérer leur soutien pour le second tour au Palais des sports. L’ancienne dirigeante de la Scop Alma s’adresse aux électeurs de gauche mais également à ceux de Place publique ou d’Hervé Gerbi, indique-t-elle. Et « à tous les Grenoblois », inquiets du projet d’Alain Carignon.

Laurence Ruffin boucle alors la boucle en décrivant le choix que ces derniers auront à faire, dimanche 22 mars, « entre l’hospitalité et l’émancipation ou la régression sociale, entre une maire au travail ou un champion du clientélisme, entre deux méthodes, la corruption ou la coopération ». Et de conclure, sous les acclamations : « Faisons en sorte qu’aucune voix ne manque. Non à la corruption, non à Carignon, oui à Grenoble ! »


