Les syndicats CGT de la culture appelaient à un rassemblement au centre ville de Grenoble vendredi 13 novembre à midi. La détermination des responsables syndicaux d’un secteur très atteint par la crise était forte puisqu’un premier appel à se rassembler avait été interdit à la dernière minute par le préfet huit jours auparavant. Une centaine de personnes du milieu du spectacle et de citoyens engagés pour la culture étaient là : comédiens, gens du cirque, techniciens, musiciens,…

Michel Szempruch, pour le collectif, introduisait la rencontre dont l’appel alertait l’opinion publique : « Les annonces sans concertation du couvre-feu puis du nouveau confinement, amené à durer bien au-delà d’un mois, mettent le spectacle, le cinéma, l’audiovisuel dans une situation catastrophique. L’ensemble du secteur culturel est en grand danger ! La deuxième vague du virus était pourtant prévisible et prédite par les personnels de santé qui réclament pour nous toutes et nous tous des moyens pour l’hôpital public. Aujourd’hui des milliers de professionnel.les permanent.es, intermittent.es du spectacle voient leur activité arrêtée nette. Si l’audiovisuel et le cinéma continuent de travailler, le ralentissement risque de se produire brutalement avec la fermeture des salles et l’arrêt des recettes liées. La situation des autrices et auteurs est particulièrement catastrophique. Sans prendre de risques pour notre santé et celle du public, nous voulons toutes et tous vivre de nos métiers : le gouvernement doit nous entendre au-delà des sympathiques mais insuffisantes déclarations de « compréhension ».

Nous demandons :

– le droit de travailler pour pouvoir exercer nos activités. Puisque les répétitions et les résidences sont possibles, il faut que des aides publiques massives interviennent pour soutenir l’emploi et financer notamment les créations, lesquelles seront prêtes pour les représentations ;

la garantie de tous les droits sociaux : une assurance-chômage prolongée après la fin de toutes les impossibilités à travailler;

l’arrêt de la réforme du régime général, un accès garanti aux congés maternité/ maladie, à la formation continue, à la protection complémentaire, à la médecine du travail, etc. ;

Les moyens de travailler en bonne santé : avec les protections sanitaires suffisantes, l’accès aux soins et aux tests sans chantage et sous l’égide des professionnels de santé.

Nous dénonçons l’instrumentalisation politique de la crise sanitaire, par le gouvernement pour réduire les libertés individuelles et collectives. »

Claude Belmudes pour le SNAM énonçait une série de propositions dont le souhait que les bars accueillent dès leur réouverture des musiciens, pour lesquels des dispositifs d’aides publiques ont été décidées.

Un représentant du Synptac énonçait l’enjeu pour les techniciens de la crise et revendiquait des mesures pour l’ensemble des petites structures particulièrement fragilisées.

Patrick Seyer (SFA) au cours de son intervention signale :
« …Cette fois-ci, avec la deuxième vague de pandémie , la situation est différente car le nouveau décret autorise les équipes artistiques à travailler à huis clos : répéter, créer, enregistrer… Mais cette autorisation est largement insuffisante pour sauver notre secteur du naufrage. Les artistes interprètes, et les technicien.nes qui n’ont pas de périodes de création programmées, de résidences prévues, qui ne dirigent pas de lieux ou de compagnies, doivent eux aussi pouvoir travailler, rechercher, continuer à s’exercer et créer… Il faut qu’ils aient aussi leur place dans l’outil de travail sans attendre une hypothétique reprise d’une tournée annulée, de futures auditions ou la remise en route de leurs réseaux professionnel à l’arrêt. Il faut autoriser et faciliter partout les répétitions évidemment dans le strict respect des consignes sanitaires. « 

Et de proposer :

« Il faut ouvrir, selon des modalités à définir par la concertation et la négociation tous les lieux de programmation culturelle, et cela, bien évidemment dans des conditions sanitaires préservant public et salarié.es. … En dehors des financements alloués aux lieux et compagnies subventionnés qui eux conserveraient leurs financements MAIS avec des contraintes concernant l’emploi artistique, ces dispositifs doivent favoriser la mutualisation, la coopération et la collaboration entre artistes, technicien.nes, compagnies, lieux etc… à l’instar du programme « Ouvrir l’horizon » en Pays de Loire mis en place à l’initiative de notre syndicat, le SFA-CGT et du syndicat SYNAVI qui regroupe des employeurs des compagnies de théâtre indépendantes. Dans la crise actuelle les CDN doivent redevenir des outils majeurs pour la fabrication et la production du théâtre, dans un esprit d’ouverture et de partage, notamment par l’accueil d’artistes en résidence. »

Le représentant syndical a ensuite formulé une dizaine de propositions concrètes parmi lesquelles :
– création d’un dispositif de lectures de textes contemporains proposé aux CDN, CDR, Scènes subventionnées etc. et l’étendre à des compagnies qui pourraient investir des lieux autres (théâtres de villes, médiathèques, institutions diverses etc…) 

– apporter un soutien financier et logistique aux artistes qui proposeront des projets chez l’habitant ou dans des lieux « intermédiaires » par exemple les MJC ;

– ouvrir de nouveaux lieux. Il faut que les établissements issus de « la décentralisation » centre nationaux et scènes nationales se remettent enfin au service de l’intérêt général.

« Oui, et je le dis avec force, la culture, le spectacle, les arts sous toutes leurs formes sont plus que jamais des biens essentiels pour notre société. Ils ont été de tous temps, des lumières indispensables dans les temps de grisaille. Public, plus que jamais soutenez les artistes et la culture. Réapprenons ensemble à rêver ! », lançait Patrick Seyer.

La rencontre s’est conclue par des prises de paroles très fortes, témoignages d’une volonté énorme des artistes de travailler et rencontrer leurs publics.

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Edouard Schoene

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